Le sucré est partout, gare à l’indigestion

20140223_162408

Quand la société créatrice de Candy Crush entre en Bourse avec une valorisation à 7 milliards de dollars, on se dit que l’addiction aux bonbons peut mener très loin. Non content d’avoir occupé nos insomnies et généré de vrais bonbons à grignoter (en vente notamment à la boutique du cinéma MK2 Bibliothèque à Paris, voir ci-dessus), le jeu inventé par King Digital Entertainment a marqué l’apogée d’une déferlante de sucre dans nos modes de consommation.

Les exemples abondent, dans tous les domaines : les gels douches Dop aux parfums d’enfance, guimauve, bonbon cola ou pomme d’amour ; l’ouverture du restaurant Dessance, rue des Archives à Paris, entièrement consacré aux desserts ; le prochain salon Sugar Paris au Parc Floral du 4 au 6 avril, dédié à la pâtisserie décorative.

produit3

En parfum, ce n’est plus une tendance, c’est quasiment la nouvelle norme. Le succès du moment, La vie est belle de Lancôme, est un hymne aux senteurs sucrées et addictives, quand son concurrent, La Petite robe Noire de Guerlain, évoque la confiture de griotte, tandis que Nina Ricci compose un jus aux notes de macaron en collaboration avec Ladurée.

5.Packshot Ambiance La Tentation de Nina

En maquillage, Revlon lance au printemps des vernis à ongles Sun Candy aux couleurs de bonbons acidulés, Sephora propose en série limitée des vernis effet barbe à papa, Paul & Joe s’inspire des crèmes glacées dans une collection très appétissante. A l’inverse, les éclairs Fauchon flirtent avec le nail art.

14su_icecreampalour_colton

Eclair_week_700x400

Sans oublier les blogs par centaines (l’un d’eux, Fairy Cakes, est devenu une authentique boutique rue Condorcet à Paris), les émissions de télé (Le meilleur pâtissier sur M6), les livres (celui de Marabout sur les recettes au Nutella est un best seller), les pâtissiers stars (Christophe Michalak, Pierre Hermé, Philippe Conticini). En grande surface aussi, les propositions deviennent plus complexes : les traditionnelles infusions aux fruits rouges deviennent des thés façon muffin à la myrtille ou cupcake aux fraises chez Lipton.

1662-433611-Th-fon-muffin-Myrtille 300

Je ne peux pas non plus passer sous silence la marque d’accessoires érotiques Au Moulin Rose qui propose de « célébrer Pâques autrement » avec de nouveaux usages du chocolat, à peindre ou saupoudrer sur le corps…

Laurence Bethines, la directrice du département innovation de l’agence Team Créatif, qui a consacré une étude à ce sujet, retient le côté positif de la tendance : « Le sucré contient une notion de douceur et de réconfort, permet l’expression de soi, la créativité, apporte aussi des opportunités entrepreneuriales par le développement des blogs et des salons. » Il est vrai que l’agence travaille largement pour l’industrie agro-alimentaire et s’appuie sur ses études pour donner des idées d’innovations à ses clients.

Sans vouloir voir le mal partout, je trouve ce repli sur des valeurs d’enfance plutôt suspect. Que dit de notre époque ce besoin d’odeurs-doudous, de goûts rassurants? Quelle névrose cache cette obsession à aligner trois berlingots pour les écraser, comme ces personnes qui trouvent du plaisir à éclater des plastiques à bulles? Sommes-nous vraiment si inquiets de l’avenir, que nous ayons besoin de nous complaire dans des plaisirs régressifs? La sempiternelle crise y est pour beaucoup, mais les développements de la chimie aussi. Dans un monde saturé de parfums d’intérieur et d’arômes de synthèse, les industriels doivent surenchérir de propositions pour continuer d’intéresser nos papilles et nos narines devenues insensibles à la subtilité.

A l’instar du slow food, qui prône la redécouverte du vrai goût des produits de saison, on pourrait imaginer le slow perfume, des parfums que l’on prend le temps de s’approprier, qui ne nous agressent pas les sens quand on entre chez Sephora. Un article du FT sur le premier parfum Bottega Veneta en parlait parfaitement : c’est un parfum subtil, masculin-féminin, qui prend le temps de s’épanouir sur la peau. Et pourtant, c’est un développement du groupe Coty, le même qui commercialise les parfums David Beckham ou Céline Dion aux ambitions beaucoup plus commerciales. Industriels, encore un effort, et vive la pâtisserie créative à la maison.

ld_937b44b1974ba983c0af9e2bad3e5105

Publicités

2 réflexions au sujet de « Le sucré est partout, gare à l’indigestion »

  1. Ping : Sus au sucre, Finley réhabilite l’amer | Une bonne idée par jour

  2. Ping : Farm Heroes, green in the city | Une bonne idée par jour

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s