Référendum sur l’indépendance : l’Ecosse vote pour son avenir

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En visite à Glasgow pour la présentation des travaux de fin d’année des étudiants de l’école des Beaux-Art (j’en parlais ici), j’en ai profité pour prendre le pouls de l’opinion dans la perspective du référendum sur l’indépendance écossaise qui entre dans sa dernière ligne droite. Le scrutin aura lieu le 18 septembre et à mesure que l’échéance se rapproche, les écarts se resserrent, les arguments se mettent en place et les esprits s’échauffent.

Le non est donné généralement gagnant à 60% dans les sondages mais on peut tout faire dire aux chiffres. Une récente étude plaçait le oui à 48% en excluant les indécis. Pour ma part, j’ai pu observer une évolution de l’opinion dans mon entourage. Des amis enclins au statu quo en janvier penchent aujourd’hui pour le oui. Les partisans du non se positionnent sur des bases avant tout rationnelles, tout en convenant que leur coeur les porterait plutôt vers le oui. J’ai entendu des arguments très proches de ce que l’on entend aujourd’hui en France : « Les partis politiques nous ont déçu, gauche ou droite c’est la même impuissance, alors autant essayer ». Sauf que ce discours est utilisé en France pour justifier le vote Front National, choix du désespoir et du repli sur soi. En Ecosse, le oui est un vote de confiance en l’avenir, en ses propres forces, certes porteur d’incertitudes mais comme me l’a souligné le rédacteur en chef du Sunday Herald, seul média à s’être prononcé officiellement pour l’indépendance, « l’incertitude fait partie du monde dans lequel nous vivons. Personne n’avait prévu l’effondrement du système bancaire. En quoi notre monde deviendrait-il plus instable si le oui l’emporte? »

La une du Sunday Herald du 4 mai en faveur du oui. L'exemplaire s'est arraché en quelques heures et s'est retrouvé en vente sur Ebay.

La une du Sunday Herald du 4 mai en faveur du oui. L’exemplaire s’est arraché en quelques heures et s’est retrouvé en vente sur Ebay.

C’est difficile à percevoir en France où l’on a tendance à ranger tous les Britanniques sous le terme d' »Anglais » ou de « rosbifs », mais il y a de grandes différences entre l’Ecosse et l’Angleterre en terme d’histoire, de culture, de mentalité. Et plus encore depuis la Devolution de 1999 qui a accordé à l’Ecosse son propre Parlement et une plus grande autonomie en matière de santé et d’éducation. L’Ecosse ne compte qu’un seul député conservateur au Parlement de Westminster, et pourtant le gouvernement britannique est conservateur ! Ukip a créé un raz-de-marée aux dernières élections européennes dans tout le royaume, sauf en Ecosse. Comment le peuple écossais ne se sentirait pas étranger aux diatribes anti-européennes de leurs voisins du sud de la frontière (« south of the border » comme on dit là-haut), d’autant qu’ils peuvent compter sur les ressources en gaz et en pétrole de la mer du Nord?

Better Together joue à se faire peur

Il faut reconnaître que les derniers jours ont été pénibles pour les modérés, pris entre le « scaremongering » de Better Together, le collectif pro-non qui joue à se faire peur en anticipant les pires avanies si le oui l’emporte, et la surenchère des Yessers qui vilipendent leurs opposants. JK Rowling, l’auteur d’Harry Potter, qui a publié une tribune très raisonnée sur son blog en faveur du non, s’est fait traîner dans la boue sur Twitter. Il est vrai qu’elle a annoncé un don d’1 million de livres en soutien de Better Together. Les militants indépendantistes n’aiment guère les milliardaires qui donnent des leçons au peuple…

Mais si l’on exclut ces débordements, dûment condamnés par le clan du oui, une nation qui passe des mois à débattre de son avenir, de sa place en Europe et dans le monde, de ses forces et de ses faiblesses, c’est un vent de fraîcheur sur un continent morose. L’Ecosse m’a semblé beaucoup plus dynamique et ouverte sur les autres que la France, engluée dans sa déprime. Glasgow, qui accueillera les Jeux du Commonwealth dans un mois, est pavoisée de bannières multicolores, d’importants travaux de rénovation ont eu lieu dans le centre-ville et les commerces sont de retour sur l’artère principale Sauchiehall Street, qui commençait à ressembler à une ville du Far West désertée après la ruée vers l’or.

Quid de la Reine?

Quel que soit le résultat du référendum, le peuple aura fait un choix réfléchi et longuement débattu (rien à voir avec le référendum sur la Crimée, on est bien en démocratie). Si le oui l’emporte, il faudra s’attendre à des années de négociation pour mettre en oeuvre la séparation, sur des sujets concrets : quelle monnaie, quelle place dans l’Union européenne, quel budget pour la défense, quid de la Reine ?! Si le non garde son avance, nul doute que le pouvoir britannique, trop heureux d’avoir évité le délitement de l’Union, aura à coeur d’accorder des faveurs à l’Ecosse. Dans tous les cas, le pays du chardon sera toujours le poil à gratter du royaume, et ce n’est pas pour lui déplaire !

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5 réflexions au sujet de « Référendum sur l’indépendance : l’Ecosse vote pour son avenir »

  1. Trés belle analyse! Pour ma part,l’écosse a une dernière chance de retrouver son identité,sans pour cela se mettre en péril.Elle a toutes les bases pour cela.

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