La liberté de penser, la seule voie possible

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Il y a des jours où les pensées positives laissent la place à la tristesse et au recueillement. Où l’ambition de diffuser de bonnes idées pour rendre le monde un tout petit peu plus agréable à vivre se fracasse sur la réalité la plus brutale. Assassiner des dessinateurs, des artistes, des hommes libres, des pacifistes qui ne se battaient qu’avec leur plume… Mourir pour ses idées en France en 2015… Une rédaction placée sous protection policière, rien que cela c’était un scandale auquel on s’était habitué trop facilement. L’espoir reviendra, les petits plaisirs de la vie reprendront le dessus mais aujourd’hui, le noir du deuil recouvre tout.

Lors de l’assassinat de l’otage Hervé Gourdel, j’avais déjà ressenti ce sentiment d’abattement face à la mort d’un homme simple, un Français ordinaire qui partait marcher en Algérie. Un homme bon, ça se voyait sur sa photo. Cette fois, cela se passe chez nous, en France, et cela touche des plumes, des voix, des visages familiers. Nous étions en guerre et nous ne le savions pas.

Ce jour de cauchemar, ce « 11 septembre français » comme on le dit déjà, je l’ai passé de la meilleure des façons possibles : en faisant mon travail. Le journal écossais The National m’a contactée pour témoigner de l’émotion ressentie en France. Je suis allée sur place, près du siège de Charlie Hebdo. J’ai discuté avec les policiers, les journalistes, les riverains venus rendre hommage ou voir, tout simplement. Quand le plus grave attentat survient à Paris depuis cinquante ans, cela attire forcément des curieux. Mais surtout, c’était le respect et la tristesse qui dominaient. Comme le soir, lors des magnifiques rassemblements de la place de la République à Paris et ailleurs en France, dans le monde. Espérons que cet élan citoyen perdurera, que les divisions ne balayeront pas tout dans une France qui rime trop souvent avec rance ces derniers temps.

En écoutant les conversations, j’ai saisi le commentaire d’un journaliste d’à peu près mon âge : « Les dessins de Cabu ont baigné toute mon enfance. On le voyait dans les émissions de Dorothée. » Le souvenir m’est revenu de plein fouet. Voilà pourquoi j’étais si triste de la mort violente de Cabu, même si j’appréciais aussi beaucoup la bonhomie de Wolinski, l’élégance d’Honoré, le courage de Charb et la mauvaise foi réjouissante de Bernard Maris. Cabu, sa voix douce, ses yeux rieurs, son humour souvent féroce mais jamais méchant, c’est mon enfance, l’enfance de tous les quadras, l’enfance assassinée.

Que dire aujourd’hui à nos enfants? Comment leur expliquer que oui, parfois, les gentils meurent à la fin? Que la violence des jeux vidéo existe pour de vrai? Et pourtant, quelle autre solution que d’être fidèle à ses valeurs, à l’humanisme, à l’art, à la culture, à la beauté, qui sont des antidotes à la laideur, à la bêtise, à l’ignorance? Comment faire autrement qu’élever ses enfants dans la confiance dans la vie et dans le respect des autres? Nous faire peur, nous bâillonner, nous dresser les uns contre les autres, c’est l’objectif des extrémistes. C’est pourquoi ils s’en prennent aux non-violents, aux innocents, comme Hervé Gourdel, comme le journaliste James Foley, comme à Toulouse… Il ne faut pas céder à leurs intimidations.

Récemment, j’ai eu l’occasion d’expliquer mon métier à des élèves de 6ème, dans le cadre d’un atelier sur les médias. Parmi leurs questions, très pertinentes, il y en a une qui m’a frappée : « Est-ce que votre métier est dangereux? » Je leur ai expliqué que je n’étais pas reporter de guerre, mais que les intimidations, les menaces, les pressions existent. Ce n’est pas un métier confortable, même si l’on nous prend parfois pour des privilégiés. Mais mourir en France parce que l’on s’exprime dans un média, je ne pensais pas que c’était possible.

Alors plus que jamais, parce que c’est nous qui sommes dans le vrai et pas une bande d’illuminés hélas plus nombreux, plus déterminés et plus proches que l’on ne l’imaginait, il faut défendre la liberté d’expression, la liberté de penser et la liberté, même, de choquer.

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