À propos de la #ligueduLOL

Depuis que l’affaire de la ligue du LOL a éclaté (particulièrement bien résumée par cet article de Numerama), je suis le feuilleton avec une curiosité malsaine. Je suis effarée par les témoignages de victimes de cyberharcèlement mais, au bout du compte, pas étonnée. J’ignorais l’existence de ce groupe et je ne connaissais les protagonistes que de nom mais je les avais identifiés comme des « grandes gueules » de Twitter, autoproclamées arbitres du cool, autant dire le genre de comptes que j’évite de suivre. Nous ne sommes pas de la même génération, je fuis les débats stériles sur les réseaux sociaux et si j’utilise Twitter dans le cadre professionnel je n’en ai pas besoin pour trouver du travail. La masculinité toxique mise en évidence par l’affaire n’est pas une découverte non plus. Je dirais même que j’ai choisi d’être indépendante pour me protéger de ces ambiances délétères, encore que j’ai vécu ma pire expérience professionnelle avec une femme. Je me garderais bien de généraliser sur un management au féminin qui serait forcément bienveillant.

Quant au fait que les journalistes concernés émanent de médias dits progressistes, ce n’est pas une surprise. La bonne conscience de gauche n’est pas plus immunisée contre l’hypocrisie que le conservatisme de droite. Et même si l’on peut admettre que certains aient changé avec les années, donner des leçons de morale à longueur d’articles quand on a été complice de canulars téléphoniques n’est pas tenable. Au vu de la souffrance infligée aux victimes, la moindre des choses aurait été de faire profil bas.

Cette histoire lamentable révèle les mécanismes du harcèlement en meute contre lesquels on doit tous être vigilants mais au-delà, elle met en lumière une réalité des réseaux sociaux à laquelle on est tous susceptibles de participer. Twitter encourage l’invective, l’indignation permanente, la polémique sur tout et rien. Je vois sur mon fil tellement de négativité que je dois être masochiste de m’infliger sa lecture. Je pense que l’on doit tous collectivement se retenir de tweeter, retweeter et commenter à tort et à travers, car la distance de l’écran facilite des débordements que l’on ne se permettrait jamais dans la vie réelle. À ce jeu, les femmes politiques sont souvent les plus exposées quand je vois le torrent de boue que subit Marlène Schiappa à chaque intervention, et avant elle Fleur Pellerin par exemple. Mais on est tenté de se dire « qu’elles l’ont bien cherché » et que leur poste à responsabilité les expose naturellement.

Twitter n’est pas qu’un marigot insalubre, j’apprécie aussi de suivre des journalistes comme Eric Fottorino qui vient de lancer une campagne de financement pour le nouveau magazine Zadig, ou Antoine Sire aux interventions toujours positives, Bernard Pivot pour l’amour des mots, Latifa Ibn Ziaten pour le courage, Ingrid Zerbib pour l’humour, et mes amies journalistes pour savoir ce qu’elles font de beau.

Quand on est journaliste, souhaiter un traitement apaisé de l’information et la mise en avant d’initiatives positives passe souvent pour une faute professionnelle. Et pourtant… De même que l’on recherche une alimentation plus saine et un air plus pur, on veut aussi une relation plus lente et plus approfondie à l’information. Après la slow food, les slow news. Sans aller jusqu’à la détox digitale, avoir une pratique raisonnée des réseaux sociaux est une nécessité, pour sa santé mentale et celle de toute la société. J’ai même un scoop, il y a des gens qui ne sont pas sur Twitter et qui ont des relations sociales, une vie bien remplie, un métier épanouissant. J’en ai un autre, il y a plein de choses à faire à part tweeter : lire, voir une expo, marcher dans la nature -sans prendre de photos pour Instagram- et même se parler en face à face tout simplement. Ça c’est vraiment cool.

 

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