Moutai, l’eau de vie chinoise qui veut convertir les Français

Ce voyage de presse dans le Guizhou, à l’invitation de l’eau de vie Moutai en juin dernier, a été assurément le reportage le plus mémorable de 2018. C’était une occasion unique de découvrir une province peu fréquentée par les touristes (dans le Sud-Ouest du pays, capitale Guiyang), la première industrie d’alcool au monde (loin devant le whisky et le cognac) et une tradition du baiju (l’eau de vie chinoise) qui aurait assuré la longévité du président Mao.

 

Les Chinois sont redoutables, non seulement par leurs spiritueux à vous décoller la glotte mais aussi par leur capacité à confondre journalisme et propagande. Lors de notre séjour, nous avons observé, derrière des baies vitrées, la mise en cartons manuelle des bouteilles mais nous n’avons jamais pu accéder à la fabrication de l’eau de vie elle-même -ce pour quoi nous avions traversé la moitié du globe! La fermentation du blé et du sorgho nous a été expliquée dans une scénographie très détaillée, l’histoire du Moutai et sa conservation dans des jarres en terre pendant plusieurs années n’a plus de secret pour nous, mais nous n’avons pas assisté à la distillation. Un veto justifié par des raisons d’hygiène (?) qui serait impensable lors d’un voyage de presse en France, ou dans tout autre pays démocratique.

Surprise du chef, l’entreprise (qui comme tout le secteur privé en Chine est intimement liée au Parti communiste au pouvoir) m’a demandé ainsi qu’à un confrère d’interroger le directeur de l’usine lors d’une interview filmée destinée à être diffusée sur la chaîne locale. Non seulement cet arrangement ne nous avait pas été signifié à l’avance, mais il était hors de question que je me prête -en engageant la réputation du Journal du dimanche- à une opération de communication dont j’ignorais l’usage qui pouvait être fait. Il n’a pas été facile de se sortir de ce traquenard car il ne s’agissait pas de faire perdre la face à nos hôtes, mais ils ont fini par entendre nos arguments et le séjour a pu se poursuivre sereinement, très souvent autour de tables bien garnies!

Loin de moi l’idée de faire du « China bashing », ce pays à l’histoire millénaire et dont la population a beaucoup souffert inspire mon respect, et je n’ai pas l’habitude de confondre un peuple avec ses dirigeants. Un milliard et demi d’êtres humains ne peuvent pas avoir entièrement tort, et si leurs codes culturels ne sont pas les mêmes que les nôtres, c’est le moins qu’on puisse dire, nous autres occidentaux ne sommes pas en position de donner des leçons. L’Asie du Sud-Est se développe à toute vitesse, avec un appétit de revanche bien compréhensible, et il est passionnant de voir ces petits étals de rue où l’on peut manger de tout (tripes, huîtres ou crevettes grillées) et payer par smartphone via l’appli WeChat.

L’hôtel où nous logions dans la ville de Moutai est un 5 étoiles clinquant qui a poussé en quelques mois et il est probable que d’autres suivront rapidement. À Guiyang, nous avons eu droit à un spectacle édifiant sur l’histoire de la province avec force danses et acrobaties ainsi qu’un hommage aux nombreuses minorités qui sont tolérées tant qu’elles restent folkloriques. La plus grande modernité côtoie l’archaïsme, mais il est triste de voir comment le passé est transformé en musée à l’image du village ancien de Qinyang conservé pour mieux servir de galerie marchande à ciel ouvert. Je retiens quand même les paysages superbes du Guizhou, riche en champs de thé, considéré comme le « poumon vert » de la Chine où les citadins viennent se ressourcer loin des villes polluées. 

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Ce voyage extraordinaire a donné lieu à un article dans le Journal du dimanche paru à l’occasion des fêtes de fin d’année où j’explique comment la Chine veut utiliser sa culture des spiritueux comme un élément de « soft power » en France. Le pays du cognac est réceptif à ces nouvelles saveurs et du caviste Nicolas Julhès au chef barman du Peninsula Mathieu Le Feuvrier, j’ai interrogé des amateurs sur les façons de déguster ce breuvage qui demande assurément une initiation. Certaines cuvées anciennes ont des notes de thé Pu’Er, de cacao, de café qui les rendent très intéressantes. À déguster de préférence lentement et au cours d’un repas plutôt que cul sec à la chinoise!

Une réflexion au sujet de « Moutai, l’eau de vie chinoise qui veut convertir les Français »

  1. Ping : Tequila chic : reportage à l’hacienda Patrón | Une bonne idée par jour

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