Les Journalopes, des journalistes « badass »

J’étais le 11 mars à la master class du collectif de femmes journalistes Les Journalopes organisée par l’association des anciens du CFJ. Suite à l’affaire de la ligue du LOL, à la journée internationale des droits des femmes et à la libération de la parole sur le sexisme au quotidien (voir l’enquête sur le milieu de la publicité dans Stratégies de cette semaine), il est essentiel d’entendre ces journalistes indépendantes qui se qualifient elles-mêmes de « badass », qui n’hésitent pas à aller sur les lignes de front en Irak ou en Ukraine mais qui se sont créées un environnement de travail sécurisant. « Lorsque l’on part sur une interview qui peut être problématique, on se prévient entre nous, expliquent-elles. Nous avons été marquées par l’assassinat de la journaliste Kim Wall en Suède, un des pays les plus sûrs du monde. Le traitement médiatique de son travail, à la façon d’un fait divers, a été très peu respectueux de son travail. »

Les six jeunes femmes se défendent d’un angle « féminin » sur leurs reportages, mais il est vrai que le sujet de la prostitution en zone de guerre serait moins naturellement abordé par un homme (à retrouver ici, les productions des Journalopes). De même, interpellées sur le fait qu’elles se coltinent des sujets sur les droits des femmes et pas sur l’économie comme les enquêteurs testostéronés des Panama Papers, elles répondent que pour elles l’affaire Baupin est aussi importante que les scandales financiers. Et je suis d’accord : les féminicides qui surviennent tous les trois jours en France ou l’endométriose qui concerne 1 femme sur 10  devraient faire la une des journaux et ne pas être cantonnées aux pages faits divers ou santé! De même d’ailleurs pour les violences sur les enfants qui semblent moins scandaliser les foules que la maltraitance animale (qui est choquante aussi, évidemment). Les sujets qui touchent la moitié de l’humanité sont souvent relégués au second plan car les rédactions en chef sont essentiellement tenues par des hommes ou marquées par une lecture masculine de l’actualité.

Ce que je retiens surtout de l’intervention des Journalopes, c’est la notion de sororité, essentielle à mes yeux et qui influence ma vision du féminisme. « On se serre les coudes, on est solidaires entre nous. Le travail des femmes n’est pas assez visibilisé, en tant que femmes on doit se valoriser. Il ne faut pas hésiter à s’autopromouvoir entre femmes, à partager les travaux de ses amies. Entourez-vous de femmes brillantes, on n’en manque pas. » Cette tirade a été saluée par des applaudissements mérités et là aussi je ne peux qu’approuver. J’admire et je soutiens le travail de mes amies journalistes qui sont spécialisées dans des sujets pointus comme la santé, l’éducation ou l’agriculture et l’on s’échange régulièrement des contacts et des idées. C’est la moindre des choses surtout quand on est pigistes. Mais comme l’ont signalé les Journalopes, qui s’adressaient d’abord aux étudiants du CFJ, « si c’est la mode qui vous passionne, spécialisez-vous dessus, on a besoin de gens cultivés sur ce secteur. » C’est ce que je défends aussi lorsque j’écris des articles économiques sur les parfums.

Lorsque j’ai parlé ici du livre de Mona Chollet Beauté fatale, c’est l’absence de cette notion de sororité qui m’a gênée. Dénoncer les injonctions de la société envers les femmes, c’est une cause indispensable, le faire en critiquant d’autres femmes qui ont fait de leur passion pour la mode ou la beauté leur métier (comme la blogueuse Garance Doré, mise en parallèle avec les manifestantes du Printemps arabe), c’est un coup bas contre-productif à mon avis. Soyons solidaires entre nous, le patriarcat a bien assez d’appuis pour ne pas disperser nos forces!

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