Mes meilleurs films de 2021

J’aime le cinéma, et si l’on trouve de très bons films sur les plateformes, je suis attachée au rituel de la salle obscure, fauteuils rouges et bandes annonces comprises. La fermeture des salles pendant les différents confinements a été un crève-coeur, et j’espère de toutes mes forces que la situation sanitaire n’imposera pas cette mesure à nouveau. Je n’ai pas vu tous les films sortis cette année, loin s’en faut, mais suffisamment pour retenir quelques pépites qui restent durablement en mémoire. Sélection absolument subjective.

1- Illusions perdues. Le génie est chez Balzac, mais Xavier Giannoli réussit à condenser son récit dans un film brillant où pratiquement tout est parfait : l’interprétation, les dialogues, le rythme, le souci du détail dans les costumes et les décors, et ses thèmes si contemporains, particulièrement pertinents quand on est journaliste.

2- Nomadland. L’Oscar du meilleur film 2021 est le portrait d’une femme qui choisit son destin au lieu de le subir, une ode aux grands espaces filmés par la caméra sensible de Chloé Zhao dont j’avais déjà aimé The Rider. Ken Loach en aurait fait un film social, Nomadland est un poème, à voir absolument sur grand écran.

3- Julie en 12 chapitres. Rien à voir avec Nomadland, mais c’est encore le portrait d’une femme qui cherche sa place dans le monde, et le trouve, en déjouant tous les clichés. Au-delà, c’est aussi un portrait de l’époque, d’une génération, qui frôle le mélo sans y tomber.

4- Bergman Island. J’aime le cinéma de Mia Hansen-Love (Le père de mes enfants, Eden, L’avenir), je pourrais vivre dans ses films empreints de douceur et de mélancolie. Un cinéma impressionniste où le récit compte moins que l’atmosphère, comme cet hommage à Bergman avec des acteurs attachants (Vicky Krieps, Tim Roth), qui donne envie de partir dans une île pour écrire!

5- L’événement. Un film puissant, radical, révoltant, sur ce qu’était l’avortement à une époque où l’acte était non seulement condamné par la loi mais dangereux pour la vie des femmes (comme aujourd’hui en Pologne). La caméra suit l’héroïne au plus près, scrute son grain de peau, son regard farouche, sa rage de poursuivre ses études en dépit de cette grossesse non désirée.

6- Drive my car. Dans le huis-clos d’une petite voiture rouge au Japon, deux solitudes se rapprochent, tandis que des comédiens répètent une pièce de théâtre russe dans plusieurs langues. Un film qui prend son temps, le temps qu’il faut pour que la confiance s’installe entre les protagonistes et que les secrets se révèlent. Un film universel.

7- Un héros. Les films de Asghar Farhadi (A propos d’Elly, Une séparation, Le passé, Nobody knows) jouent toujours sur les mêmes ressorts : un dilemme moral, la recherche de la vérité, la complexité des êtres humains. Le dispositif est parfois un peu artificiel mais on est pris par le sort de ce « héros » victime de ses choix et de l’oppression de la société iranienne.

8- House of Gucci. Malgré l’histoire tragique (l’assassinat de l’héritier de la maison Gucci par son épouse jalouse), c’est le film le plus léger de la sélection. Les acteurs américains jouent les Italiens avec un accent à couper au couteau (Lady Gaga, Jared Leto, Adam Driver, Al Pacino) et en font des tonnes pour notre plus grand plaisir. Martin Scorsese en aurait sûrement fait un film plus nerveux, il y a des baisses de rythme, mais ça reste très plaisant.

9- ADN. J’aime aussi le cinéma de Maïwenn (Polisse, Mon roi), ses excès qui me rappellent Maurice Pialat et qui sont une tentative d’approcher la vérité humaine. Le face-à-face entre Maïwenn et Fanny Ardant est inoubliable, Dylan Robert crève l’écran, le sujet sur la quête d’identité est on ne peut plus actuel.

10- Titane. Chef d’oeuvre ou navet, la Palme d’or 2021? Ni l’un ni l’autre, mais un film unique, gonflé, grotesque, où je retiens avant tout la performance de Vincent Lindon très (très) loin de ses rôles de syndicalistes. Ça fait plaisir de voir un grand acteur français bousculer autant son image.

Voilà, une belle année de cinéma se termine avec une parité parfaite hommes/femmes, cinq films français dont un tourné en Suède, un film américain signé par une Chinoise, des films norvégien, japonais, iranien. Toute la richesse du cinéma.

Et aussi : Gagarine (très joli film loin du misérabilisme sur les grands ensembles), Le sommet des dieux (beau film d’animation sur la passion dévorante pour l’alpinisme), Boîte Noire (un bon suspens), Médecin de nuit (un bon film noir), Les 2 Alfred (une bonne comédie), Bac Nord (de l’ambition, de bons acteurs mais un sentiment de gêne face à la déshumanisation de l’adversaire).

Je laisse : Madres Paralelas (comme toujours chez Almodovar, la direction artistique est superbe, mais l’articulation des deux histoires, les maternités jumelles et les disparus de la guerre civile, ne fonctionne pas), Onoda (la folie d’un soldat japonais fanatisé filmée comme un Terrence Malick : un parti pris esthétique qui me dérange), Les Olympiades (la vie sexuelle des jeunes filmée comme un documentaire sur un peuple étrange), Annette (vacuité totale), Eiffel (une reconstitution intéressante mais une romance vraiment cucul), OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire (marrant mais sans plus, l’inspiration s’est tarie), Présidents (moche, fade, pas drôle du tout).

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