A propos pascalecaussat

Journaliste indépendante à Paris Freelance journalist living in Paris

Une bonne idée par jour : soupe de conserves

Dans une assiette creuse avec du pain grillé, un dîner presque parfait

Le confinement est l’occasion de redécouvrir ses fonds de placard. Avec des légumes en boîte (petits pois, lentilles, flageolets, haricots blancs, haricots à la tomate…), on peut facilement concocter une soupe onctueuse et savoureuse.

On commence par faire revenir un demi oignon et deux gousses d’ail finement hâchés dans un filet d’huile d’olive. On rajoute le contenu de la boîte et on fait chauffer sans bouillir avec de l’eau (adapter les proportions en fonction de la taille de la boîte et de la consistance désirée). On rajoute du poivre du moulin mais pas de sel, les conserves de légumes sont déjà salées et il vaut mieux rectifier l’assaisonnement dans l’assiette. On mixe pour obtenir une soupe bien lisse.

On peut rajouter du persil ciselé, des croûtons frottés à l’ail, de la crème fraîche ou du fromage si on aime mais on peut préférer le goût du légume seul.

La consommation avant / pendant / après le Covid-19

Jusqu’ici tout va bien (photo DR)

Comme le rappelle l’humoriste Thomas VDB dans une récente chronique sur France Inter, « Ok c’est une pandémie, mais une pandémie avec pâtisseries ouvertes ». Quelles que soient les mauvaises nouvelles et les inquiétudes pour ses proches, et dans le strict respect des gestes barrières, on peut reconnaître que les efforts demandés aux confinés de l’arrière ne sont pas héroïques. Si tant est que les mesures de confinement ne durent pas trop longtemps avec des conséquences inévitables sur les approvisionnements (les chauffeurs routiers commencent à se rebeller), nous n’en sommes pas encore au grand effondrement prédit par les collapsologues. Et l’on peut réfléchir calmement aux conséquences de cette crise mondiale sur la consommation.

Il est intéressant de noter que les entreprises qui jouent un rôle de premier plan dans la gestion de la crise sont aussi celles qui ont été le plus critiquées ces dernières années : l’agroalimentaire qui continue de tourner pour approvisionner les magasins, le transport routier qui assure la logistique, la grande distribution qui reste ouverte pour les achats de première nécessité, l’industrie pharmaceutique qui travaille à la mise au point d’un traitement… On a beaucoup parlé de « l’agribashing », la critique de l’agriculture productiviste utilisatrice de pesticides, mais il ne viendrait à l’esprit de personne d’attaquer à l’heure actuelle les exploitations qui continuent de produire de la viande, du lait, des oeufs, du blé, des fruits et légumes… On peut avoir fait le choix pour soi-même de consommer moins de produits animaux ou d’acheter local mais ces solutions ne sont pas suffisantes pour nourrir un pays de 66 millions d’habitants en confinement.

De même il est paradoxal de vouer aux gémonies les « big pharma », les grosses entreprises pharmaceutiques, quand la sortie de pandémie ne peut passer que par la découverte d’un vaccin ou d’un traitement. À moins de miser cyniquement sur une immunité de groupe avec des millions de morts prématurées à la clé, les « antivax » sont mis face à leurs contradictions : la polio ou la diphtérie n’ont été éradiquées de nos contrées que parce que suffisamment de bébés ont reçu une piqûre dans les fesses.

La crise sera-t-elle favorable aux marques « patrimoniales » comme La Vache qui rit ? (photo Team Créatif)

Concernant les comportements des consommateurs, on suivra de près les études des instituts spécialisés Kantar et Nielsen qui commencent déjà à livrer quelques données sur le début du confinement. Elles donnent des indications sur de grandes tendances, pas encore sur des marques en particulier. Quelles seront les gagnantes et les perdantes de cette période? Une étude d’Havas en 2019 a montré que près de 80% des marques pourraient disparaître dans l’indifférence générale. Elle a provoqué un branle-bas de combat parmi les publicitaires et les marketeurs qui se sont empressés de définir la « raison d’être » de leur marque, afin qu’elle continue d’exister. Pendant la crise sanitaire, les acheteurs se précipitent vers les produits de première nécessité sans se soucier de la marque (pâtes, riz, papier toilette, marqueur de civilisation) mais on peut aussi faire l’hypothèse qu’ils se réfugient vers des références connues, rassurantes : La Vache qui rit, Danette, Nutella, chocolat Milka… pour autant qu’ils en ont les moyens. Autant de marques industrielles mais « patrimoniales », au bon goût de nostalgie. Quand on voit le nombre de comptes Facebook qui affichent des photos d’enfants puisées dans les albums de famille, on se dit qu’on a particulièrement besoin de se raccrocher au passé actuellement. Un indice : Mamie Nova communique ce mois-ci en télévision sur sa gamme « gourmand fondant chocolat ». Recettes de grand-mère + gourmandise + marque de grande consommation = on est en plein dans la tendance!

Une publicité qui respecte les règles du confinement

Et après? La fin de la pandémie verra-t-elle l’adoption d’une consommation frugale parce qu’on aura compris la vraie valeur des choses ou une ruée vers l’hyperconsommation car on aura été privés? Les grands gagnants seront-ils les industriels qui auront prouvé leur force de frappe pendant la crise (les champions français LVMH, L’Oréal, Chanel sont au rendez-vous de l’urgence) ou les petits acteurs réactifs comme 1083 qui fabrique des masques, les producteurs qui livrent localement? Les touristes vont-ils à nouveau se précipiter dans les lieux surexploités qui trouvent un répit actuellement (les eaux claires de Venise en sont le symbole) ou vont-ils accepter de sacrifier des voyages pour le bien de la planète? Et si le monde n’était pas aussi binaire et que l’on pouvait avancer ensemble avec responsabilité? En attendant de le savoir, restons chez nous autant que possible.

Une bonne idée par jour : aider

Quand on est confiné à la maison, on fait ce qu’il y a de mieux à faire (rester chez soi) mais on peut se sentir inutile, impuissant, surtout quand d’autres s’épuisent à soigner ou à faire tourner l’activité. Il existe des solutions pour agir selon ses possibilités :

Le site de la réserve civique du gouvernement met en lien les besoins et les offres de service par municipalité. Ce peut être faire des courses pour les personnes isolées, ou apporter un soutien par téléphone. À chaque fois, il faut bien évaluer le risque : il faut prendre toutes les précautions requises lorsque l’on va dans les magasins afin de ne pas se mettre en danger. De même pour l’aide au téléphone, il faut avoir une vraie disponibilité et ne pas être angoissé soi-même. L’association Petits Frères des Pauvres a réalisé une fiche pratique pour ses bénévoles qui précise bien la démarche. C’est comme dans l’avion, quand on explique qu’il faut d’abord mettre son masque à oxygène avant d’aider les autres.

-Un site spécifique pour aider les soignants en première ligne, qui ont besoin d’aide pour leurs courses, la garde d’enfants… enpremiereligne.fr

L’Etablissement français du sang fait un appel aux dons pendant le confinement. En effet il y a toujours des patients qui ont besoin de transfusion. Là encore il faut bien se renseigner avant de se rendre dans un centre de collecte. Le site recommande de prendre rendez-vous, et un questionnaire permet de savoir si on est éligible ou pas.

Coller un petit mot ou un dessin sur les poubelles. Les éboueurs sont mobilisés pour assurer la continuité de l’activité (pas de télétravail pour eux, et les poubelles doivent quand même être vidées), les remercier à distance est un geste gratuit et solidaire. On en profite pour ne pas surcharger les poubelles de trucs inutiles et on respecte les recommandations d’attendre 24h avant de jeter ses mouchoirs car les éboueurs peuvent se contaminer avec un sac mal fermé. Cette vidéo de Brut explique bien les risques.

-Aider ses voisins : on demande aux personnes que l’on sait isolées si elles ont besoin de quelque chose, on imprime des attestations de sortie car tout le monde n’a pas d’imprimante. Sachant qu’il faut respecter les règles de distanciation et que les sorties sont dérogatoires, la norme est de rester chez soi.

-Une idée toute simple que l’on peut faire de chez soi : écrire à un.e résident.e e Ehpad. L’association 1 lettre 1 sourire propose d’écrire un petit mot de soutien à une personne âgée, qui sera relu puis distribué en fonction des besoins des établissements. Le site est archi simple et cet article de 20 minutes cite une responsable d’Ehpad qui certifie que cette initiative est vraiment importante. Il y a 600000 résident.e.s en Ehpad en France.

-Faire un don à une association, tout simplement : Secours Populaire, Croix Rouge, Petits Frères des Pauvres, Emmaüs, Restos du coeur… Toutes celles qui oeuvrent toute l’année pour les plus fragiles de la société. Et si on ne sait pas laquelle choisir, on peut donner à la Fondation de France qui concentre les dons à la fois pour la recherche, pour l’aide aux soignants et pour les personnes fragiles.

PS. Sinon Marie Darrieussecq a fini son journal de confinement dans Le Point car il n’y a plus rien à dire. C’est triste, c’est pathétique, c’est à la mesure de nos emballements dérisoires face à un événement qui nous dépasse. Chacun réagit comme il peut/veut, tant qu’il ne met pas en danger sa santé et celle des autres.

Une bonne idée par jour : salade pommes-gouda

Pendant le confinement, on n’oublie pas de manger cinq fruits et légumes par jour… Pour varier les plaisirs, on peut accommoder les fruits en salade. Les pommes golden se marient avec du gouda coupé en cubes et des cranberries séchées comme ici, mais d’autres combinaisons sont possibles : feta et graines, emmental et raisins secs, roquefort et noix de cajou… Ça marche aussi avec des poires.

Pour l’assaisonnement, j’utilise des huiles de tournesol, colza ou sésame, de préférence à l’huile d’olive au goût un peu fort. Poivre du moulin, un peu de sel mais pas trop car le fromage est salé. Bon appétit.

Le journalisme à l’épreuve

La presse écrite subit la triple contrainte de la fermeture des kiosques à cause du confinement, de la faillite annoncée du distributeur Presstalis et de la propagation des fake news sur les réseaux sociaux

Alors que nous vivons un événement majeur par son ampleur et ses répercussions, nous avons plus que jamais besoin d’un journalisme pluraliste de qualité, qui vérifie ses sources, qui distingue les faits du commentaire, qui court-circuite les fake news. Car celles-ci se propagent plus vite que le virus dans une population ultra-connectée et légitimement inquiète face à un danger inédit.

À partir de la mise en place du confinement comme stratégie pour ralentir la progression de l’épidémie, les médias ont à la fois réduit la voilure sur les sujets les moins prioritaires et déployé leurs forces sur le suivi de l’actualité. Pour la presse écrite en particulier, la situation est problématique car les kiosques ferment les uns après les autres, la faillite du distributeur Presstalis est imminente et les internautes rechignent à payer pour l’information en ligne. Eric Fottorino, le fondateur du 1, de Zadig et d’America, l’explique très bien dans cette interview à France Info. Certains ont fait le choix de mettre leur contenu en accès libre pendant la durée de la crise au nom du libre accès à l’information vérifiée, comme Challenges qui s’explique par la voix de son directeur de la rédaction Vincent Beaufils : « Dans une période si troublée, il nous semble urgent de ne pas laisser se propager les approximations, pour ne pas parler des fausses informations. »

Un abonnement et un calepin gratuit : l’hebdomadaire économique britannique The Economist a été critiqué pour son marketing opportuniste

D’autres au contraire continuent de faire payer leur contenu, comme Le Monde qui fait un travail remarquable pour couvrir tous les aspects de la crise sanitaire. Cela peut leur être reproché sur le thème « vous profitez de la situation alors que vos informations sont d’utilité publique » mais il faut préciser plusieurs choses :

-les rédactions ne sont pas des services publics, ce sont des entreprises privées et le journalisme de qualité a un coût (le salaire des journalistes en premier lieu, qui n’est franchement pas mirobolant);

la presse régionale papier démontre son rôle de lien social en imprimant les attestations de déplacement dérogatoire pour les personnes qui n’ont ni internet ni imprimante, ça vaut donc la peine de se déplacer dans les quelques kiosques à journaux encore ouverts;

-même l’audiovisuel public n’est pas gratuit, nous y contribuons tous par la redevance. Quant à l’audiovisuel privé, il bénéficie toujours de publicité car les supermarchés sont ouverts et les annonceurs de la distribution et de l’automobile communiquent toujours;

-lors de la sortie du confinement, comment justifier de faire payer un abonnement à des lecteurs qui auront pris l’habitude de la gratuité? Et si l’information, aussi cruciale actuellement, est fournie gratuitement aujourd’hui, pourquoi serait-elle payante dans une situation normale?

À titre d’exemple, j’utilise Twitter comme fil d’info en suivant les comptes des principaux médias, plus quelques journalistes dont la lecture de l’actualité m’intéresse. Ces derniers temps, j’ai pu noter le grand professionnalisme des médias de référence (France Inter, Le Monde, Libération, Le Figaro, BBC, The Guardian, New York Times…) mais des dérapages de la part de journalistes qui cèdent à la panique. Sans citer de noms, j’en ai vu relayer des messages alarmistes non sourcés, des montages vidéo orientés, des informations qui se révèlent fausses, des analyses sur des sujets qui ne sont pas de leur compétence, voire des opinions à l’emporte pièce publiées sous le coup de l’émotion.

Tout le monde est affecté par cette actualité et les réactions épidermiques sont compréhensibles. Mais il est d’autant plus nécessaire de garder son sang froid, surtout lorsque l’on compte plusieurs milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. Nous l’avons déjà vécu lors des attentats : il y a assez de démagogie et de manipulations qui circulent pour que les personnes de bonne volonté gardent la tête froide.

On récapitule pour les journalistes et les autres :

-avant de poster un message sur les réseaux sociaux, on se demande s’il est indispensable, là tout de suite, ou s’il répond à un besoin de se défouler ou d’évacuer son angoisse;

-on ne relaye pas un message non sourcé, non signé, qui provient « du fils du cousin d’un ami médecin »;

-on ne participe pas à la psychose avec des messages inutilement anxiogènes, l’actualité est assez dramatique comme ça;

-on parle pas d’un sujet qu’on ne maîtrise pas, par exemple on ne commence pas un message par « je ne suis pas médecin, mais »;

-on lit un article avant de le commenter sur la base du titre; s’il est payant on ne crie pas au déni de démocratie;

-on ne relaye pas les messages du compte Conflits_fr qui ne vérifie aucune de ses infos. Cet article de Numerama explique très bien son principe. Personnellement je l’ai masqué très tôt;

-on suit les publications d’AFP Factuel, Checknews de Libération et Les Décodeurs du Monde qui font un travail de fourmi pour débusquer les manipulations.

C’est comme respecter la distanciation sociale : si l’on se tient à distance des comptes toxiques, on ralentit la diffusion du virus de la désinformation qui, pas plus que le Sars-Cov-2, ne peut être totalement arrêté, hélas.

Une bonne idée par jour : ranger

Personnellement j’avais déjà rangé mes CD par thème. C’est plus facile pour s’y retrouver 😉

C’est fou tous ces gens qui rangent et qui font le ménage depuis le début du confinement. Cela me fait penser à la manie des femmes enceintes qui sont prises d’une pulsion soudaine de nettoyage en prévision de l’arrivée de leur bébé. On appelle ça la nidification. Face à l’obligation de rester chez soi, beaucoup de personnes ont ressenti instinctivement le besoin de faire leur nid, pour confiner dans de bonnes conditions.

On s’est beaucoup gaussé de la méthode Marie Kondo, l’auteure japonaise de « La magie du rangement », et certaines critiques sont très drôles. Cette conseillère en minimalisme (d’aucun disent prêtresse ou gourou) a mis au point tout un rituel pour se débarrasser des objets qui encombrent nos intérieurs : tout déballer, que ce soit les livres, les vêtements ou les ustensiles de cuisine, et les prendre chacun à son tour dans ses mains en se demandant s’ils nous procurent de la joie (« spark joy », voir aussi la série Netflix déclinée du livre). Si c’est le cas, parce qu’ils nous rappellent un souvenir heureux ou qu’ils nous sont utiles, on les garde. Sinon, on les jette, non sans les avoir auparavant remerciés pour ce qu’ils nous ont apportés. C’est du rangement en pleine conscience en quelque sorte, censé être plus efficace que le grand ménage de printemps que l’on risque de regretter après coup (« zut, j’ai jeté ce petit pull que j’aimais tant »).

Une méthode pas si loufoque qu’elle en a l’air

Cette technique s’adresse à qui veut alléger ses placards, ce n’est pas une injonction ou une religion. Certaines personnes adorent vivre dans le bazar, elles n’ont donc pas besoin de Marie Kondo. D’autres occupent de petits logements et voudraient optimiser l’espace sans savoir par où commencer. D’autres encore souffrent réellement d’être submergées d’objets. C’est le message caché dans le livre, et j’en suis persuadée moi-même pour l’avoir testé : quand on range sa maison, on range aussi sa vie. On fait le tri, au sens propre du terme, entre le superflu et l’important. Ranger, c’est aussi renoncer, accepter de laisser une partie de son passé derrière soi, s’alléger pour mieux avancer.

Cette période de confinement où l’on vit un événement qui nous dépasse, où l’on est confrontés à des sentiments extrêmes, où l’avenir est incertain, est un de ces moments propices à une remise à plat de ce qui compte vraiment, dans sa maison comme dans sa vie. On met de l’ordre dans ses placards, dans sa tête, dans ses relations, pour faire de la place à de nouvelles expériences. Le but n’étant pas de tout remplir à nouveau quand le confinement sera terminé! La démarche est une invitation à réfléchir à sa consommation, pour ne pas recommencer le cycle de l’accumulation.

P.S. N’oublions pas de ranger aussi nos espaces numériques encombrés de mails et de fichiers. Orange a envoyé un message très utile à ses utilisateurs pour alléger l’usage des réseaux.

Une bonne idée par jour : ne rien faire

Allez aujourd’hui on dirait que nous autres, les confinés à la maison, on ne ferait rien? On ne se mettrait pas la pression pour remplir notre journée d’activités utiles. Et on ne culpabiliserait même pas pour ça. Bon dimanche.