Données personnelles : pas de mesures d’exception

Dévoiler volontairement nos données de santé pour sortir du confinement? Certains s’en inquiètent (photo Pixabay)

La situation exceptionnelle que nous vivons ne doit pas être l’occasion de déroger à la réglementation sur la protection des données personnelles des internautes, le RGPD européen entré en vigueur en mai 2018. Ces temps-ci, dans le cadre de ma profession, je suis obligée de me désabonner plusieurs fois par jour de listes de diffusion auxquelles je ne me suis jamais inscrite, signe que certaines sociétés profitent de la situation pour acquérir des bases de données et faire leur promotion. En vertu du RGPD, une option de désabonnement doit obligatoirement être incluse en bas des messages mais ce n’est pas toujours le cas. La période est aussi l’occasion de se désinscrire de newsletters et autres mailing lists inutiles car les capacités de stockage de nos boîtes mail sont déjà sursollicitées par le télétravail et la numérisation de la plupart de nos activités.

La question des données personnelles et du traçage des citoyens est particulièrement d’actualité alors que le gouvernement nous parle d’un projet d’application mobile qui permettrait d’identifier les personnes ayant été en contact avec le virus. Un dispositif détaillé par le ministre de la Santé et le secrétaire d’Etat au numérique dans un entretien au Monde qui porte le nom de StopCovid. En Corée du Sud, la technologie est un des dispositifs mis en oeuvre pour contrôler la diffusion de l’épidémie et éviter le recours au confinement. En France, l’application serait téléchargée sur la base du volontariat et stockerait les données de façon anonyme pour un temps limité. Des précautions particulièrement attendues concernant des informations sensibles comme les données de santé mais qui sont de toute façon encadrées par la réglementation. La Cnil, le gendarme français des libertés informatiques, est là pour y veiller comme elle le rappelle sur son site.

J’ai eu plusieurs fois l’occasion d’écrire sur le RGPD dans Stratégies, un magazine qui est lu par les publicitaires et les annonceurs directement concernés par les limites mises à la collecte des données personnelles. Le débat semble binaire entre les intérêts des citoyens qui veulent préserver la confidentialité de leur navigation et les intérêts des entreprises qui veulent utiliser leurs données pour leur adresser de la publicité ciblée. Mais la réalité est plus complexe que ça. La publicité est aussi une source de financement essentielle des médias dont l’économie est très fragile, et dans la mesure où elle n’est pas intrusive, elle peut s’insérer dans la lecture sans préjudice pour l’internaute. En exigeant des sites internet qu’ils recueillent le consentement des internautes à l’utilisation de leurs données, le RGPD réduit automatiquement la quantité de données recueillies, mais permet aussi de cibler des utilisateurs volontaires et donc plus réceptifs aux messages publicitaires.

L’autre problème est la place hégémonique occupée par les Gafas, Google et Facebook en tête, qui recueillent le consentement des internautes de facto lorsque ceux-ci souscrivent à leurs services. Tout le monde est content de communiquer avec ses amis par le biais de Facebook en échange de la mise à disposition de ses données démographiques à des fins publicitaires. Mais consentir à de la publicité pour accéder au contenu d’un média serait une atteinte à la vie privée? Rien n’est gratuit dans ce monde, surtout pas le journalisme de qualité, et entre la publicité et l’abonnement il n’y a pas d’alternative à part les informations non vérifiées qui circulent sans filtre sur les réseaux sociaux et qui ont aussi un prix (complotisme, désinformation, agitation…).

La polémique sur l’application StopCovid, dont on ne sait si elle sortira un jour, me semble donc marquée par beaucoup de fantasmes et d’ignorances de la réglementation. Il faut être vigilant, et il est bien normal de pointer les risques, mais s’en scandaliser a priori à coup de déclarations indignées sur Facebook ou Twitter est un non sens : ces applications vivent déjà de la collecte des données de leurs abonnés, ceux-ci y ont consenti en acceptant leurs conditions générales. Et il faut admettre que l’utilisation de ces services n’est pas vitale, alors qu’une technologie qui permettrait de sortir du confinement sans attendre un hypothétique traitement est une option à explorer pour éviter l’effondrement de nos sociétés.

L’anosmie, qu’est-ce que c’est?

Présentation du prochain parfum Louis Vuitton, 26 février 2020

Un des signaux d’alerte de la maladie Covid-19 serait l’anosmie, la perte d’odorat. Un symptôme transitoire, heureusement. Mais qu’est-ce que cela implique exactement? J’en parlais il y a cinq ans sur ce blog à l’occasion d’une exposition. Collaborant à la revue Nez spécialisée dans l’olfaction, je sais combien ce sens est porteur d’émotions et de lien social. L’article est à retrouver ci-dessous ⬇️

https://unebonneideeparjour.wordpress.com/2015/06/12/anosmie-le-handicap-qui-ne-se-sent-pas/

Et pour en savoir plus sur la revue Nez c’est ici ⬇️ 👃

https://unebonneideeparjour.wordpress.com/2016/03/29/nez-prend-forme-mon-portrait-parfume-bientot-milan/

Mode éthique dans Biba

Il est possible d’être « fashion » et responsable

J’ai adoré faire cet article sur la mode éthique et « upcyclée » pour le numéro d’octobre de Biba. L’upcycling, plus que le recyclage, consiste à faire du beau et du mieux à partir d’un objet existant. Dans la mode, Gaëlle Constantini fabrique des manteaux à partir de rideaux du Sénat et des combinaisons avec du linge. Sakina M’sa récupère des tissus de Balenciaga et Saint Laurent. Le phénomène upcycling, c’est aussi le succès de l’application Vinted, qui évite d’acheter du neuf. Un mouvement de fond né de l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble d’ateliers textile au Bangladesh, qui a fait 1130 morts en 2013.

Spécial Achiever Awards du CEW

IMG_3743

Le 14 octobre avait lieu la remise des Achiever Awards 2019 du CEW France au Faust, sous le pont Alexandre III à Paris. À cette occasion, je signais le numéro spécial du magazine BW Confidential diffusé lors de la soirée, avec le portrait des lauréats et l’interview de la présidente, Françoise Montenay, et de la directrice générale Laurence Moulin. Cette association financée par des entreprises des cosmétiques soutient les malades du cancer avec des soins socio-esthétiques dans les hôpitaux, et développe aussi sa fonction de réseau professionnel.

L’intégralité du dossier est à retrouver dans le lien ci-dessous:

Et pour mémoire l’édition 2018 ici.

Le marché du parfum obligé de se réinventer

Coach for men, prix des professionnels du meilleur lancement masculin et du meilleur design aux Fifi Awards 2019 (photo Interparfums)

Comme l’année dernière, j’ai écrit pour BW Confidential le dossier sur les Fifi Awards, les récompenses de la Fragrance Foundation France, remises le 13 juin dernier. Outre les descriptions des lauréats, j’ai enquêté sur les ventes de parfums depuis un an, qui sont structurellement en baisse. Les interviews ont été particulièrement difficiles à organiser cette année, les marques sont discrètes (à l’exception de Coty), signe d’un marché compliqué. Il est plus facile de parler avec des marques de niche ou indépendantes, comme la jeune Sillages Paris ou Affinessence. L’ensemble du dossier, y compris un focus sur les réseaux sociaux et l’e-commerce, est à retrouver ici.

Focus sur les « indie brands » du maquillage

IMG_0231

On parle beaucoup dans le monde de la beauté des « indie brands », ces marques indépendantes qui font de l’ombre (à paupières) aux grandes. Des alternatives qui n’ont rien de marginal puisque Huda Beauty par exemple, création de l’Américaine d’origine irakienne Huda Kattan, réalise 300 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Il faut absolument aller voir son compte Instagram aux 33 millions d’abonnés, c’est un festival de maquillage opulent, faux cils épais, fond de teint ultra-couvrant, « contouring » expert…

Un festival de superficialité mais je ne peux m’empêcher de saluer cette jeune femme issue de la finance qui a fait de sa passion du maquillage un business. Son compte met en avant différents types de beauté comme des jeunes filles voilées et handicapées et son discours est plein d’humour et positif, à l’américaine à coup de « darling » et « gorgeous » adressés à ses fans. Elle a répondu à mes questions sur la façon dont elle a lancé son entreprise et m’a expliqué qu’elle avait travaillé à rebours des marques traditionnelles en construisant d’abord une communauté de fans, devenues naturellement des clientes très loyales.

J’ai dévoré Beauté fatale de Mona Chollet sur l’injonction à la beauté qui aliène les femmes mais je m’incline devant la réussite de femmes indépendantes comme Rihanna (sa ligne Fenty Beauty fait un carton), Anastasia Soare (marque Anastasia Beverly Hills) ou Emilie Weiss de Glossier. Et même Kylie Jenner, désignée plus jeune « self-made milliardaire » par Forbes à 21 ans. Grâce à des rouges à lèvres certes, mais il y a du travail derrière. Je suis convaincue que l’on peut être féministe, entrepreneure, intello et aimer le maquillage. Ce que passe sous silence Mona Chollet dans son essai, c’est à quel point les produits de beauté peuvent être un réconfort face aux épreuves, il suffit de voir l’effet de l’association CEW auprès des femmes atteintes de cancer ou de Joséphine sur les femmes précaires (j’en ai parlé ici).

Bref, je m’égare, je voulais parler de l’enquête que j’ai consacrée aux « indie brands » dans le collector luxe de CB News paru en fin d’année dernière.

IMG_0232

 

Yellow vests : what’s going on?

Le journal écossais The National, dans son édition du dimanche, m’a demandé d’expliquer la crise des gilets jaunes à ses lecteurs. Embourbés dans le Brexit, les Britanniques (et plus encore les Ecossais qui ont massivement voté pour le maintien dans l’Union européenne) ont leurs propres emmerdes problèmes à gérer mais les violences répétées lors des manifestations du samedi inquiètent et interrogent. Surtout vues de loin où l’on a du mal à imaginer que la France va si mal. Nous sommes l’un des pays les plus riches de la planète, nous avons une qualité de vie que le monde nous envie, nous bénéficions d’une protection sociale qui amortit les accidents de la vie, et pourtant une large part de la population se sent négligée, abandonnée, laissée pour compte. Ce sont ces inégalités et ces injustices que dénonce légitimement le mouvement des gilets jaunes, mais le déchaînement de violence qui a affecté les commerces et les entreprises juste avant Noël ne peut être que contreproductif pour les salariés modestes. Par ailleurs, l’aspiration à la consommation et à un mode de vie fondé sur la voiture (illustré dans cet article polémique du Monde) s’entrechoque avec les impératifs écologiques. Facile à dire quand on n’a pas de problème de fin de mois mais la demande d’une société plus juste s’exprime souvent dans une injonction à taxer les riches plutôt qu’à changer collectivement de modèle de consommation. Et le gouvernement actuel n’a clairement pas été innovant en la matière comme l’a démontré la démission tonitruante de Nicolas Hulot.

Lire la suite

Plastique : le design en première ligne

Kochi

Cimetière de tongs sur une plage de Kochi, Inde, août 2018 (photo P.C.)

La lutte contre la dépendance au plastique est un enjeu majeur pour l’avenir de la planète. J’en ai pris conscience lors d’un voyage en Inde cet été car si la pollution et le gaspillage sont criants dans nos pays riches, elles sont choquantes dans des sociétés qui manquent de tout (je sais qu’il est paradoxal d’avoir des convictions écologiques et de prendre des vols long courrier, mais les voyages sont un plaisir auquel j’ai du mal à renoncer).

Pour Design fax, j’ai abordé ce thème sous l’angle des actions que peuvent mener les designers en termes de recyclage, éco-conception, utilisation de matériaux alternatifs… L’agence Market Value a réalisé une exposition pendant la Paris Design Week sur ces initiatives de start ups et fabricants pour lutter contre les déchets, comme des revêtements de sol réalisés à partir de plastique échoué sur les plages (les filets de pêche représentent à eux seuls 10% de la pollution plastique des océans).

 

Dorénavant, je n’aborde pas un sujet sans cet angle de vue et je peste contre le manque de responsabilité des industriels qui pratiquent encore le suremballage plastique. Je suis à l’affût des solutions « zéro plastique » comme ces pailles… en paille que j’ai repérées au salon Equiphotel en novembre dernier ou la société savoyarde Cosse qui produit des emballages végétaux réutilisables pour remplacer l’affreux film étirable. Il est certain que nous devons tous nous habituer à une consommation plus frugale. La prise de conscience commence à peine pour la plupart d’entre nous, surtout quand on est habitués aux voyages lointains…

IMG_9576

Pailles de la société Comatec Packaging à Equiphotel. Hôteliers, restaurateurs, arrêtez les pailles en plastiques par pitié pour la planète! (photo P.C.)

 

Les Achiever Awards du CEW, édition 2018

Capture d’écran 2019-09-13 à 11.23.21Le CEW (Cosmetic Executive Women) est un réseau professionnel et caritatif du secteur de la beauté qui finance notamment des soins esthétiques dans les hôpitaux. Par rapport à son intitulé d’origine, il s’est ouvert à des adhérents hommes et est devenu un lieu d’échanges autour des enjeux de l’industrie. Tous les ans, il remet les Achiever Awards, qui récompensent des professionnels aguerris et des jeunes entrepreneurs. J’ai réalisé le dossier sur les lauréats accompagnant la soirée de remise des prix qui s’est tenue le 15 octobre. À retrouver dans ce lien.

Précieux rouges

Ce dossier sur les innovations dans les rouges à lèvres (formats, formules, packagings) est paru en mai dans Formes de luxe, magazine professionnel sur l’emballage des parfums, cosmétiques et spiritueux.