L’exemple des moines

En août 2018 j’étais dans le massif de Chartreuse en Isère pour un reportage sur la célèbre liqueur paru dans Le Journal du dimanche. La chartreuse est une liqueur verte à base de plantes aromatiques toujours fabriquée par des moines chartreux qui en gardent jalousement la recette. À cette occasion, j’ai eu un aperçu de leur mode de vie, même si leur monastère ne se visite pas. Leur expérience a des similitudes avec ce que vivent actuellement les personnes isolées en confinement.

Les moines parlent très peu. Ils ont un emploi du temps très codifié rythmé par les prières, des lectures et des tâches dédiées à la communauté comme le jardinage. Puisqu’ils sortent rarement et font peu d’efforts physiques, ils mangent léger. Leur lien avec le monde extérieur se résume aux visites de leur famille, avec qui ils font des promenades dans la forêt voisine. Seuls les moines chargés de la fabrication de la chartreuse sortent du monastère pour surveiller la distillation.

Retirés du monde, les moines sont en pause toute l’année, et nous pour la première fois de notre vie peut-être. Même les bars qui servent leur liqueur en cocktail ont fermé. Sans être croyant, on peut suivre leur exemple et rythmer nos journées de méditations apaisantes. D’autant que s’isoler par choix ne signifie pas « se laver les mains » du monde extérieur. Chartreuse Diffusion, la société qui produit la liqueur, fait partie des distillateurs qui ont offert de l’alcool pour la fabrication de gels hydroalcooliques.

Les youtubeurs en action

Les youtubeurs comme Cyprien, Norman, Squeezie ne sont pas des ados attardés qui font des vidéos dans leur chambre! Depuis leurs débuts, ils sont devenus de vrais auteurs de courts-métrages et si leur public est essentiellement composé d’enfants et d’adolescents, leur production est du divertissement de qualité.

À l’occasion de la crise du coronavirus, ils ont publié la semaine dernière des vidéos à la fois rigolotes et informatives et le résultat est franchement réussi.

Dans l’incapacité de tourner en studio, Norman est revenu aux tournages low cost de ses débuts, qui plus est en partage de connexion avec son portable car il explique être privé d’internet. On rit quand il raconte que son père ne sort plus de chez lui mais nettoie quand même tous les boutons de porte! Mais le message passe : restez chez vous.

Squeezie a réalisé une vidéo très complète qui revient aussi bien sur les origines du virus que sur les bons gestes à adopter et sur les erreurs qui ont été commises. Un bon rappel à l’ordre à sa communauté, parmi laquelle on compte sans doute des flâneurs des Buttes-Chaumont.

Fidèle à son concept du top des pires, Amixem a compilé les vidéos de confinement les plus loufoques venues du monde entier. Il livre au passage quelques conseils utiles car sa femme est médecin et invite même à la détox digitale en cas d’anxiété aiguë.

Le Rire Jaune, alias Kevin Tran, est plus poignant quand il rappelle que sa mère est médecin et qu’il s’inquiète pour sa famille. Il insiste aussi sur le racisme dont a été victime la population d’origine asiatique, et l’on sent qu’il n’a plus envie de rire. Mais il arrive à faire passer les messages essentiels avec le sourire.

Les « influenceurs » auront-ils plus d’influence que les messages officiels? Ils jouent en tout cas un rôle essentiel dans la chaîne de prévention et leurs vidéos qui cumulent plusieurs millions de vues en quelques jours sont une parenthèse réconfortante dans le marasme ambiant.

Une bonne idée par jour : Vénus Beauté (institut)

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J’ai l’impression de vivre dans un épisode de Years and Years à poster des photos de cookies pendant une crise sanitaire mondiale, comme un déni total en pleine catastrophe. Et puis je me raisonne en me disant que la meilleure chose à faire est de rester chez soi à faire des cookies quand on n’est pas professionnel de santé. Se rouler en boule sous la couette ne les aidera pas davantage à tenir le choc.

Years and Years est une excellente série (encore que les scénaristes aient un peu manqué d’imagination) mais ce n’est clairement pas le programme à regarder actuellement pour faire le plein d’idées positives. Arte.tv a la bonne idée de diffuser le film Vénus Beauté (institut) de Tonie Marshall, réalisatrice tristement disparue le 12 mars à l’âge de 68 ans. J’avais beaucoup aimé ce film à sa sortie en 1999, avant l’euro, les applications de rencontres, les applications tout court et même les smartphones. Un monde d’avant où les préoccupations sont les mêmes qu’aujourd’hui, trouver un peu de chaleur humaine dans l’absurdité de la vie. Un film finement écrit avec une distribution étincelante, Nathalie Baye, Bulle Ogier, Mathilde Seigner, Audrey Tautou, Robert Hossein, Samuel Le Bihan, Jacques Bonnaffé, Gilbert Melki, Emmanuelle Riva, Micheline Presle, Edith Scob, Liliane Rovère, Marie Rivière… Un vrai feel good movie français, gouailleur et profondément humaniste.

Une bonne idée par jour : cookies de confinement

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Puisqu’il va falloir s’occuper pendant la longue marche (1) du confinement qui nous attend, puisque j’ai déjà l’habitude de travailler chez moi et que l’écriture est mon métier, puisque mon blog s’appelle « Une bonne idée par jour », je m’en vais poster chaque jour une activité utile, ludique, distrayante. Ou alors complètement inutile et loufoque, on verra bien jusqu’où la distanciation sociale va nous mener. La Chine et l’Italie ont de l’avance sur nous et ils ne s’en tirent pas si mal. Restons calmes et lavons-vous les mains.

Aujourd’hui atelier de fabrication de cookies au chocolat. Aux mauvaises langues qui persiflent déjà que l’on va finir le confinement avec 20 kilos de plus, je précise que je cohabite avec deux ados en pleine croissance qui mangent comme quatre. J’ai l’habitude de cuisiner donc d’avoir des ingrédients d’avance chez moi, et comme il faut éviter de sortir tous les jours au ravitaillement, on est parés pour une semaine.

Sur l’application Marmiton, j’ai trouvé la recette des cookies au chocolat d’Emilie qui est très simple :

125 g de beurre

3 cuillères à soupe de sucre en poudre

3 cuillères à soupe de sucre roux

1 oeuf

1 sachet de sucre vanillé

1 pincée de sel

125g de chocolat noir

1 sachet de levure chimique

150g de farine

Faire fondre le beurre. Y ajouter les différents sucres et le sucre vanillé (personnellement je n’ai que du sucre de canne et ça convient très bien)

Ajouter l’oeuf battu puis petit à petit la farine, la levure et le sel. Continuer de mélanger en versant les pépites de chocolat.

Placer sur une plaque une feuille de papier sulfurisé (je n’en ai pas, je passe au zéro déchet, huiler et fariner la plaque suffisent), y disposer des petits tas de pâte tous les 10 cm (la pâte étant assez ferme, il faut les aplatir avec une cuillère ou à la main => on se lave les mains!)

Faire cuire au four pendant 10 minutes, pas plus, à 180°/thermostat 6 (c’est très important, les cookies seront ainsi bien moelleux car ils durcissent en refroidissant).

Bon appétit et restez chez vous autant que possible 🍪🙏

(1) expression préférée à course de fond sur la suggestion d’une amie car il faut ménager sa monture

(2) ça y est, Marmiton a créé une rubrique spécial confinement avec plein d’idées pour cuisiner les ingrédients longue conservation et éviter le gaspillage

Le Fabriqué en France à l’Élysée

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L’atelier de 1083, fabricant de jeans à Romans-sur-Isère. Un reportage à retrouver bientôt dans le Journal du dimanche – Photo P.C.

Ce week-end a lieu la grande exposition du Fabriqué en France au Palais de l’Élysée. Une reconnaissance pour 120 produits d’entreprises françaises qui font le pari du local, de la création d’emplois, de l’innovation. Les délocalisations de ces dernières années ont permis aux consommateurs de bénéficier de produits à bas coûts et aux marques d’augmenter leurs marges mais ont eu des conséquences en termes de destructions d’emplois en France, de création d’esclaves modernes à l’autre bout du monde et de pollution à tous les niveaux. De nombreux entrepreneurs ont fait le choix de relocaliser pour de pures raisons économiques (manque de réactivité d’une production lointaine) mais aussi de plus en plus pour des raisons éthiques, sociales et environnementales.

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Triste postérité

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Dans “Il est avantageux d’avoir où aller”, Emmanuel Carrère reproduit une lettre de 2012 adressée à son “ami” Renaud Camus (ex-ami désormais) où il explique très bien son cheminement intellectuel d’écrivain confidentiel mais admiré à idéologue du « grand remplacement ». La page reproduite ci-dessus se termine par la phrase “ces convictions délirantes restent celles d’un homme intègre, pas d’une crapule”.

La pièce Les Idoles de Christophe Honoré évoquait aussi la figure de l’auteur en rappelant l’attrait qu’il a exercé sur ses lecteurs jusqu’aux années 90 et le dégoût qu’il a suscité ensuite. Christophe Honoré écrit à peu près “si Renaud Camus était mort du sida dans les années 90, il serait resté comme un grand écrivain”. À moins que ce ne soit “si Jean-Luc Lagarce ou Bernard-Marie Koltès avaient vécu, ils seraient peut-être devenus Renaud Camus.” Je ne me souviens pas des termes exacts mais j’ai en mémoire la cruauté du propos car elle m’a frappée, d’autant que j’ai lu le livre de Carrère peu après.

Je n’ai jamais lu Renaud Camus mais je pense que s’il est avéré que l’auteur de l’attentat islamophobe de Christchurch a été inspiré par ses écrits, les familles des victimes devraient porter plainte contre lui. Les idées tuent.

Les Journalopes, des journalistes « badass »

J’étais le 11 mars à la master class du collectif de femmes journalistes Les Journalopes organisée par l’association des anciens du CFJ. Suite à l’affaire de la ligue du LOL, à la journée internationale des droits des femmes et à la libération de la parole sur le sexisme au quotidien (voir l’enquête sur le milieu de la publicité dans Stratégies de cette semaine), il est essentiel d’entendre ces journalistes indépendantes qui se qualifient elles-mêmes de « badass », qui n’hésitent pas à aller sur les lignes de front en Irak ou en Ukraine mais qui se sont créées un environnement de travail sécurisant. « Lorsque l’on part sur une interview qui peut être problématique, on se prévient entre nous, expliquent-elles. Nous avons été marquées par l’assassinat de la journaliste Kim Wall en Suède, un des pays les plus sûrs du monde. Le traitement médiatique de son décès, à la façon d’un fait divers, a été très peu respectueux de son travail. »

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Plus que jamais, luttons contre le tabou des règles

Depuis que j’ai écrit un article sur la fin du tabou des règles dans Le Journal du dimanche, j’aurais de quoi recommencer l’enquête tant l’actualité s’emballe sur ce sujet -et c’est tant mieux. Il y a le documentaire sur Netflix « Period. End of sentence » sur l’arrivée d’une machine à fabriquer des serviettes hygiéniques dans des villages indiens où les jeunes filles sont frappées de honte et obligées de se cacher lorsqu’elles ont leurs règles. Voir leurs sourires lorsqu’elles tiennent entre leurs mains ces protections bon marché n’a pas de prix.

 

Il y a eu la campagne puissante de Care sur le même thème, qui dénonce la déscolarisation des filles lorsqu’elles sont pubères, parfois simplement à cause de l’absence de toilettes séparées ou de l’accès à des protections hygiéniques (agence CLM BBDO).

 

Chez nous, il y a une floraison de start ups autour des nouvelles protections comme les box sur abonnement (Jho, MyHoly, Gina, Fava…), les coupes menstruelles (Luneale, Meluna, Be’Cup, Lamazuna…), des culottes absorbantes (Blooming, Smoon, Fempo…). J’ai même vu un communiqué sur des protections hygiéniques en soie bio chez PliM. Une nouveauté qui correspond aussi à la tendance du zéro déchet, un peu comme les couches lavables mais de façon moins contraignante (quelques jours par mois vs tous les jours!).

On parle de plus en plus des règles, des maladies comme l’endométriose, peut-être même qu’un jour la ménopause ne sera plus synonyme de mise au ban de la féminité. On parle moins des femmes précaires ou sans abri qui doivent se battre pour se nourrir et se loger chaque jour -mais comment font-elles lorsqu’elles ont leurs règles? J’étais récemment aux Grands Voisins à la soirée de l’association Règles Élémentaires qui collecte des serviettes et tampons. Il faut soutenir cette initiative qui met en évidence une précarité dont on n’a pas forcément conscience et qui s’engage aussi « à briser le tabou des menstruations ». Girl power!

 

À propos de la #ligueduLOL

Depuis que l’affaire de la ligue du LOL a éclaté (particulièrement bien résumée par cet article de Numerama), je suis le feuilleton avec une curiosité malsaine. Je suis effarée par les témoignages de victimes de cyberharcèlement mais, au bout du compte, pas étonnée. J’ignorais l’existence de ce groupe et je ne connaissais les protagonistes que de nom mais je les avais identifiés comme des « grandes gueules » de Twitter, autoproclamées arbitres du cool, autant dire le genre de comptes que j’évite de suivre. Nous ne sommes pas de la même génération, je fuis les débats stériles sur les réseaux sociaux et si j’utilise Twitter dans le cadre professionnel je n’en ai pas besoin pour trouver du travail. La masculinité toxique mise en évidence par l’affaire n’est pas une découverte non plus. Je dirais même que j’ai choisi d’être indépendante pour me protéger de ces ambiances délétères, encore que j’ai vécu ma pire expérience professionnelle avec une femme. Je me garderais bien de généraliser sur un management au féminin qui serait forcément bienveillant.

Quant au fait que les journalistes concernés émanent de médias dits progressistes, ce n’est pas une surprise. La bonne conscience de gauche n’est pas plus immunisée contre l’hypocrisie que le conservatisme de droite. Et même si l’on peut admettre que certains aient changé avec les années, donner des leçons de morale à longueur d’articles quand on a été complice de canulars téléphoniques n’est pas tenable. Au vu de la souffrance infligée aux victimes, la moindre des choses aurait été de faire profil bas.

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Mai 68 et mariage princier inspirent les marques

On récapitule : en ce mois de mai qui voit la commémoration de mai 68 (j’en ai moi-même parlé dans un numéro spécial de Design fax), de nombreuses marques font référence à la révolte étudiante. Rien d’étonnant à cela : le marketing se nourrit de l’air du temps et les anniversaires sont prétextes à profiter de l’actualité.

Sans chercher à être exhaustive, j’ai noté la campagne Chauffeur Privé qui détourne les slogans et les graphismes de l’époque en se positionnant comme l’alternative responsable à Uber (agence Les Gros Mots)

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Citroën et Jean-Charles de Castelbajac qui s’associent pour les 50 de Méhari avec une « Art Car » exclusive

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ou encore Gucci qui ressuscite l’effervescence des Beaux-Arts de Paris

http://www.leluxeestvivant.com/leblog/2018/23/2/campagne-du-jour-gucci-ressuscite-lesprit-de-mai-68?rq=gucci

L’autre actualité de la semaine, c’est le mariage du Prince Harry et de Meghan Markle samedi 19 mai qui affole les gazettes. Les hommages vont du plus kitsch avec Sodastream qui crée une Royal Edition inspirée par les couvre-chefs de la famille royale (en vente aux enchères sur royalsodastream.com au profit de la lutte contre la pollution des plages)

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au plus extravagant avec le coffret du whisky Royal Salute à 10 000 euros (70 exemplaires dans le monde)

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et au carrément inattendu avec l’assiette anglaise de Charal qui lance une gamme de rôtis de boeuf à déguster froids. Opportunisme? Et pourquoi se priver? Un article du New York Times expliquait récemment que la future princesse pourrait rapporter des millions de livres sterling à l’industrie de la mode grâce à son style glamour. Chacun veut sa part du gâteau (de mariage).

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