Les bonnes idées de la semaine #8 : spécial Noël

Parfums de créateurs

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Close up d’Olfactive Studio et Ella d’Arquiste, deux coups de coeur parfumés de l’année – photos P.C.

« Quand il n’y a plus rien, il n’y a que le superflu qui compte ». Je pique cette phrase à une interview de Jane Birkin parue dans Grazia la semaine dernière. Elle-même la tenait de sa mère qui, lors des bombardements sur Londres pendant la Seconde guerre mondiale, a emporté avec elle son parfum plutôt que des produits de première nécessité. Je suis persuadée de la justesse de cette phrase, et je pense aussi à mon amie Charlotte, auteure de On ne meurt pas comme ça sur son combat contre le cancer, qui choisissait avec soin son vernis à ongles pour ses séances de chimio. « Ces parures sont mon armure », écrit-elle.

Alors que Noël est la période du consumérisme et des excès en tout genre, je m’appuie sur cette philosophie pour mettre en avant des parfumeurs indépendants, créateurs passionnés hors des circuits traditionnels, qui racontent des histoires sans dépenser des millions d’euros en publicité. Big up à Céline Verleure, une ancienne de L’Oréal qui a lancé sa marque Olfactive Studio par crowdsourcing et qui vient de sortir un nouveau flacon exclusif pour éviter la contrefaçon. Son dernier opus Close up est un boisé fruité (patchouli-griotte) sur fond ambré. Un vrai parfum mixte créé par Annick Menardo (le « nez » de Lolita Lempicka) à partir d’une photo de Suren Manvelyan, selon le concept d’Olfactive Studio qui se retrouve dans le design du flacon évoquant une lentille d’appareil photo.

Gros coup de coeur aussi pour El et Ella d’Arquiste, deux cocktails évoquant des soirées endiablées à Acapulco. Le féminin est sexy avec un coeur de rose turque mais le masculin est presque plus sensuel avec ses herbes aromatiques sur fond de civette et castoréum qui le fait tenir sur la peau comme une chaleur moite. Les deux sont portables indifféremment par les hommes et par les femmes. Arquiste est un projet porté par Carlos Huber, un architecte mexicain qui s’entoure de parfumeurs chevronnés pour recréer des ambiances olfactives -ici, la fin des années 70 avec Rodrigo Flores Roux.

J’ai déjà parlé ici de Pour Toujours, la collection de Martine Denisot basée sur des souvenirs d’enfance. Boule de gomme, Graines, Tudo Bem! ou Bootylicious, chacun trouvera le parfum qui lui convient dans cette série qui revisite aussi les différents registres de la parfumerie, sucré, végétal, fruité ou frais…

Je reviendrai bientôt sur le lancement de la marque de Jean-Michel Duriez, ancien parfumeur de Rochas mais les Parisiens peuvent déjà lui rendre visite dans sa boutique éphémère de la Galerie Vivienne. Il y est jusqu’au 3 janvier pour présenter sa nouvelle création L’étoile et le papillon avant d’arriver en parfumeries en février 2017. Une jolie idée de cadeau en avant-première.

Nez, la revue olfactive

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La couverture de Nez n°2 est assortie à ma déco!

J’en ai tellement parlé que ça devient lassant mais ce bel objet vendu en librairies et en parfumeries indépendantes est un cadeau universel tant le sens olfactif nous concerne tous. C’est la garantie de ravir les yeux et l’esprit avec des articles érudits richement illustrés. Le deuxième numéro au prix modique de 19,90 euros explore les mauvaises odeurs et surtout leur relativité, avec notamment une interview des historiens Alain Corbin et Georges Vigarello. Sentir, c’est intello!

 

Passion céramiques

Rien à voir, mais il n’y a pas que le parfum dans la vie. Mon voyage au Japon l’été dernier m’a donné le goût de la céramique artisanale, comme ces petits gobelets dans lesquels on boit le thé vert brûlant à petites gorgées. Mon amie Laetitia Perrin alias Pinpin Céramiques Paris en conçoit de très belles dans son atelier du 11e arrondissement. On peut la retrouver régulièrement dans des ventes privées en suivant son compte Instagram. Dans un autre style, Laurette Broll, découverte au dernier salon Paris Design Week, crée des vases très délicats aux couleurs pastel. Elle expose actuellement aux Ateliers de Paris parmi d’autres artisans de la capitale. Pour ne pas consommer idiot ce Noël, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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Couleurs et formes délicates des céramiques de Laurette Broll, à « shopper » aux Ateliers de Paris

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J’ai adopté les gobelets de Pinpin Céramiques Paris pour mon thé japonais

Les bonnes idées de la semaine #7

#JesoutiensITELE

 

On peut ne pas être fan de l’info en continu ni même de la télévision en général et être inquiet de ce qui se passe à Itélé. Autant j’ai pu respecter la démarche d’entrepreneur de Vincent Bolloré, autant sa stratégie actuelle est incompréhensible. Apparemment, il veut faire d’Itélé, ou plutôt CNews, le futur nouveau nom de la chaîne, un Fox News à la française, à base d’infotainement et de chroniqueurs forts en gueule. Il est vrai qu’il y a beaucoup de chaînes d’info en France et qu’il faut se différencier. Il est vrai aussi que la télé potache à la Cyril Hanouna est un succès public. Pour autant, on n’est pas obligé de cautionner ce cynisme et cette course à l’audience qui font préférer Jean-Marc Morandini à des reporters de terrain. Tout cela ressemble au bon vouloir d’un autocrate qui prend plaisir à semer la discorde. Un peu comme Donald Trump qui dynamite la routine des élections américaines. Sauf que cette logique détruit de la valeur, puisque Canal + perd des abonnés à vitesse grand V et que les annonceurs désertent la tranche horaire de Morandini. A quand, peut-être, un boycott des Autolib?

La télévision et les réseaux sociaux n’ont pas besoin de plus de shows hystériques et de polémiques qui tournent à vide, quand bien même les médias doivent se réinventer. Pour tout cela, la mobilisation pour la rédaction d’Itélé illustrée par le hashtag #jesoutiensITELE est indispensable.

A lire sur le sujet : L’empire de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, le récit de la main-mise de Vincent Bolloré sur le groupe Canal +, aux éditions Seuil/Les Jours.

Edith, la diva des brosses

fullsizerender-5J’ai déjà parlé ici du combat de Bioseptyl pour conserver une fabrication de brosses à dents en France. Un tout petit combat qui concerne 28 emplois mais le symbole d’une France industrielle qui milite pour maintenir ses savoir-faire -la vallée du Thérain dans l’Oise a connu des milliers d’usines de brosses au XXe siècle, La Brosserie Française/Biospetyl est la dernière. Pour perdurer, l’entreprise doit innover, avec des matériaux recyclés, la vente sur abonnement et depuis peu un nouveau modèle, Edith, à la tête qui tourne (vous voyez l’allusion?). Cette tête amovible permet de diviser la quantité de plastique par cinq et le manche peut être en polypropylène recyclé, à base d’algues, en liège ou en bois de hêtre. On doit tous se laver les dents et les professionnels recommandent de remplacer sa brosse tous les trois mois, alors autant en faire un geste responsable, citoyen et esthétique.

A noter que le salon Made in France se tiendra du 18 au 20 novembre à Paris Porte de Versailles pour mettre en valeur ces entreprises françaises qui défendent l’emploi et l’industrie, loin du French bashing habituel.

L’exposition Roger Tallon aux Arts Décoratifs

J’ai croisé Roger Tallon à mes débuts à Stratégies, quand il travaillait encore chez Euro RSCG Design. J’ai le souvenir d’un homme affable et souriant, toujours passionné par son métier de designer à près de 70 ans. L’exposition que lui consacre le musée des Arts Décoratifs à Paris jusqu’au 8 janvier 2017 est l’occasion de faire découvrir au grand public l’oeuvre de ce touche-à-tout qui mériterait d’être aussi connu que Philippe Starck. Il a dessiné des télévisions, des réfrigérateurs, des machines à écrire, des trains Corail, des TGV et même le funiculaire de Montmartre. On sent qu’il s’est amusé toute sa vie en travaillant et son enthousiasme se ressent dans la diversité de ses projets.

Pour Design fax, j’ai interrogé des anciens d’Euro RSCG Design qui m’ont raconté un collègue qui avait un bon coup de fourchette. Cela me l’a rendu encore plus sympathique.

 

Les bonnes idées de la semaine #6

Plus de 600 000 entrées pour Demain le film

C’est le succès inattendu du moment. Accueilli de façon un peu condescendante par Le Monde à sa sortie (qui y voit un phénomène de société deux mois plus tard), le documentaire Demain a dépassé les 650 000 entrées en 11 semaines d’exploitation. Il est près d’atteindre les 740 000 spectateurs du film Une vérité qui dérange d’Al Gore il y a dix ans. Sauf que Demain va au-delà du constat alarmiste sur le climat pour passer à l’étape suivante : la proposition de solutions. C’est l’exemple type du succès construit sans battage médiatique mais à coup de projections-débats dans toute la France, dont les spectateurs sortent prêts à se retrousser les manches.

Comme je l’écrivais en décembre, si la forme abuse un peu des plans de coupe en voiture et dans les aéroports, le fond est enthousiasmant, qui montre des passionnés menant des actions concrètes et duplicables. Chacun peut agir à son niveau, y compris en ville en consommant local et de saison, en achetant du vrac plutôt que des produits sur-emballés, en utilisant les transports en commun, en encourageant les jardins partagés. Il paraît que l’on peut faire du compost à Paris. Moi je dis oui!

Demain le film est nommé aux Césars. Qu’il gagne ou pas, j’espère que cette exposition médiatique va lui apporter encore plus de spectateurs et diffuser son esprit positif, comme les colibris de Pierre Rabhi.

Heureux comme un Français en France

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Alors là, je bois du petit lait. Dans cet essai publié aux Presses de la Cité, le journaliste Yves Deloison démonte les clichés déclinistes qui font de la France un pays plus pessimiste que l’Irak et l’Afghanistan. Un parti pris qui l’amène par définition à survoler les problèmes réels du pays (chômage, précarité, inégalités) mais qui insiste sur les réussites : la natalité, des entreprises qui exportent, un système social qui tient le coup, une qualité de vie enviable, une créativité non démentie…

Par mes nombreux articles sur les entreprises made in France, y compris dans le secteur des cosmétiques, j’ai pu constater combien les Français peuvent être inventifs et enthousiastes, contre vents et marées. Je persiste à penser que les médias ont une énorme responsabilité dans le climat délétère national, non pas tant en diffusant des mauvaises nouvelles (c’est leur métier) qu’en négligeant de les contrebalancer par des bonnes ou par des propositions. Il est vrai que le Français, râleur par nature (parfois à bon escient), a du mal à voir le verre à moitié plein même si on lui présente un excellent nectar. On dit souvent que les Danois sont le peuple le plus optimiste du monde parce qu’il n’a pas trop d’attente. Il ne peut pas être déçu! Les Français, éternels insatisfaits, aspirent à avoir toujours mieux. Réflexe d’idéaliste, d’enfant gâté, d’adolescent attardé? En tout cas un comportement pas très mature pour un si vieux pays.

Alors, la prochaine fois que votre tonton grincheux déblatèrera sur le déclin de la France, citez-lui les chiffres énumérés par Yves Deloison en fin d’ouvrage, et envoyez-le voir Demain pour se remonter le moral!

Albert Londres, les pigeons et moi

Dorothée Drevon est pigiste, « comme pigeon, avec iste à la fin pour faire expert ». C’est aussi une comédienne-née avec un sacré abattage, capable de croquer en quelques scènes les grandeurs et servitudes du journalisme indépendant, entre rédacteur en chef tyrannique, conseillère Pôle Emploi dépassée et appels à témoins loufoques.

J’ai découvert son one-woman-show « Albert Londres, les pigeons et moi » dans un petit théâtre du 18e arrondissement grâce à une connaissance commune. Elle joue aujourd’hui tous les jeudis soirs au théâtre de Dix Heures en plein Pigalle. Impossible de ne pas s’y reconnaître quand on est freelance. Oui, le coup de fil qui débloque toute une enquête le vendredi à 18h, quand les enfants sont en train de se noyer dans le bain, c’est du vécu. L’interview en pyjama itou (dans le spectacle, c’est plus trash). Mais Dorothée Drevon sait aussi s’adresser à un public de non initiés, avec des témoins d’émissions de télé plus vrais que nature (magnifique Anne-Béa, à retrouver sur Youtube, avec d’autres galeries de portraits). C’est drôle, bien vu, bien joué et mine de rien, c’est un vrai hommage à un métier de vocation. Que dis-je, un sacerdoce.

Les bonnes idées de la semaine #5

Pas de date de parution attitrée pour cette chronique, je publie au gré de mes découvertes. Cette semaine j’ai aimé Ai Weiwei au Bon Marché, le blog A la recherche du pain perdu et le film L’odorat.

Ai Weiwei au Bon Marché

J’admire beaucoup l’oeuvre d’Ai Weiwei, artiste engagé, révolté, assigné à résidence. Je me souviens de sa caméra de surveillance en marbre à la Collection Lambert, dans le cadre carcéral de la prison Saint-Anne à Avignon. Le Bon Marché à Paris lui a commandé une série d’oeuvres exclusives, structures de bambou et de soie représentant des personnages de contes chinois. Les créatures sont suspendues au-dessus de l’espace beauté du grand magasin et c’est drôle de voir un buffle ou un cochon tendre leur museau ou leur postérieur sur les enseignes chics de Serge Lutens ou Carita. Un dragon géant, qui n’a pas la connotation négative des fables occidentales, se déploie en rez-de-chaussée.

Les touristes chinois ne seront pas offusqués par cette installation qui rend hommage à l’artisanat d’art chinois, même si Ai Weiwei a confié vouloir dénoncer la censure pratiquée par la Révolution culturelle contre les traditions ancestrales. A l’issue de l’exposition, les oeuvres rejoindront Berlin, où l’artiste réside désormais, à l’exception d’une seule qui restera la propriété du Bon Marché.

IMG_0489Lors du vernissage de l’exposition, le 18 janvier, Le Bon Marché avait organisé une soirée féérique baignée dans la brume au son de Chopin joué par une pianiste. Ai Weiwei était présent et se prêtait volontiers aux selfies avec les invités. Je me suis tenue à l’écart de l’exercice, chacun ayant à coeur de publier sur les réseaux sociaux sa photo avec l’artiste-people du moment. Je préfèrerais l’interviewer ou passer du temps dans son atelier plutôt que d’échanger trois mots dans une soirée mondaine, mais je reconnais avoir été émue de le voir « en vrai » comme j’aimerais approcher Anish Kapoor ou Christian Boltanski.

Un grand magasin de luxe qui pratique le mécénat d’art contemporain, faut-il s’en réjouir ou le regretter? Nul doute que l’opération attirera des touristes étrangers amateurs d’art, déjà dans la cible du Bon Marché, mais rien n’empêche les visiteurs d’admirer les oeuvres sans acheter, d’autant que les vitrines accueillent aussi l’artiste jusqu’au 20 février. Quand l’art est dans la rue, il n’y a pas d’excuse pour ne pas passer le voir!

Exposition Er Xi, Air de jeux, jusqu’au 20 février au Bon Marché Rive Gauche, 24 rue de Sèvres 75007 Paris.

Le blog A la recherche du pain perdu

C’est le meilleur nom de blog que je connaisse et il annonce bien la couleur : parler à la fois de cuisine et de voyages, deux de mes passions. Je l’ai découvert au hasard d’un fil de commentaires sur Instagram et je suis sous le charme de ses photos qui donnent l’eau à la bouche et l’envie de préparer sa valise illico. Fabienne, son auteur, est d’origine chinoise et connaît bien l’Asie. Comme moi, elle est freelance, vit à Paris, a vécu à Glasgow, ce qui explique peut-être pourquoi je suis sensible à son oeil et à sa plume. Ses bonnes adresses à Paris sont dignes de confiance et ses visites hors des sentiers battus comme dans le quartier musulman de Xi’An valent le détour. Un blog à déguster tout chaud!

Le documentaire L’Odorat

J’ai déjà parlé ici de la nouvelle revue Nez qui paraîtra en avril et à laquelle j’ai le plaisir de collaborer. Encore virtuelle, elle est déjà partenaire d’une sortie de film, le documentaire L’Odorat (Jupiter Films) qui sera sur les écrans le 10 février. J’ai pu assister à une avant-première et pour tout dire, j’en suis sortie avec des impressions mitigées. J’ai trouvé la narration assez décousue. Le réalisateur canadien Kim Nguyen (nommé aux Oscars pour son film de fiction Rebelle) dévie vers l’anecdotique lorsqu’il crée un faux suspense autour de l’ambre gris, ou lorsqu’il donne trop d’importance aux élucubrations du « parfumeur mystique » Guido Lenssen. Il ne manque pourtant pas d’interlocuteurs passionnants, le chef Olivier Roellinger (que l’on aimerait voir aux fourneaux plutôt qu’à son bureau), la spécialiste du thé Yu Hui Tseng ou le sommelier François Chartier. J’ai apprécié aussi le témoignage de la journaliste Molly Birnbaum sur son expérience d’anosmie. Mais comme s’il ne croyait pas suffisamment à son sujet (difficile en effet d’évoquer les odeurs sur un écran), le réalisateur se croit obligé de céder à certaines facilités racoleuses, jusqu’à la scène finale qui frôle le voyeurisme.

Bref, je n’ai pas été entièrement convaincue mais je salue tout de même l’initiative de faire connaître au grand public un sens négligé et des matières premières fascinantes (ambre gris, truffe blanche, safran…). Exactement l’ambition de Nez la revue!

Les bonnes idées de la semaine #4

Terreur dans l’hexagone de Gilles Kepel

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Passées la sidération et l’émotion des attentats qui ont frappé la France, vient le besoin de comprendre comment on en est arrivés là. N’étant pas spécialiste en terrorisme, je m’en remets à la parole de ceux qui travaillent sur cette question depuis des années. Le juge Marc Trévidic et le procureur François Molins sont des voix écoutées, car s’ils ne cachent pas la dangerosité du monde dans lequel nous vivons, ils s’expriment avec une maîtrise et un « self-control » qui rassurent (encore que Marc Trévidic se laisse aller à une exposition médiatique un peu excessive en ce début d’année. Le retrouvera-t-on bientôt égérie publicitaire?).

De même, je me suis plongée dans le dernier essai du spécialiste de l’islam  Gilles Kepel dont j’apprécie le discours à la fois compétent et mesuré. Coécrit avec le sociologue Antoine Jardin, Terreur dans l’hexagone (Gallimard) remet en perspective la « genèse du djihad français » selon son sous-titre, celle-ci remontant aux émeutes de 2005, même s’il évoque aussi le parcours de Khaled Kelkal, le premier djihadiste français connu.

La façon dont les auteurs synthétisent dix ans d’histoire de France, incluant géopolitique, politique française, décryptage des messages d’endoctrinement, culture populaire, errements des intellectuels non sans quelques piques bien senties, donne une vision en grand angle d’une réalité incroyablement complexe. Et pratiquement inextricable, dans les causes sont imbriquées. La seule attitude à ce stade semble être de rester ferme sur nos valeurs sans tomber dans la naïveté, car les extrémistes sont passés maîtres en manipulation et en victimisation de leurs ouailles.

Les robes de la comtesse Greffulhe

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Sans transition, parmi les magnifiques expositions qui font de Paris une capitale culturelle de premier ordre, l’exhumation des tenues de la comtesse Greffulhe au Palais Galliera est un voyage dans le temps à emprunter dans attendre (jusqu’au 20 mars). Elisabeth de Riquet de Caraman-Chimay, épouse du vicomte Greffulhe, fut une mécène des arts, muse de Gabriel Fauré et inspiratrice de Marcel Proust pour son personnage de Mme de Guermantes. Sa grande beauté et son sens esthétique très sûr se retrouvent dans sa garde-robe parfaitement conservée, petites robes noires Lanvin, « tea-gown » Worth, manteau d’Ouzbékistan, vestes japonisantes… Une exposition qui donne envie de bien s’habiller!

Les bons bouillons d’hiver

Je n’ai pas attendu les excès des fêtes pour apprécier les vertus du bouillon  réconfortant, proche des enseignements de la médecine préventive chinoise. Si le chef William Ledeuil lui a consacré un ouvrage (Bouillons, aux éditions de la Martinière), j’ai découvert au restaurant japonais Yen à Paris le rituel de l’eau de cuisson des nouilles au sarrasin à consommer en fin de repas, simplement assaisonnée de sauce soja. C’est déroutant, dépuratif et finalement délicieux. Depuis, je ne jette plus l’eau des pâtes, du riz ou des légumes mais les conserve précieusement pour composer des soupes claires à la sauce soja ou à l’huile de sésame, que l’on peut agrémenter à loisir de miettes de poisson, oeuf, dés de jambon, lamelles de boeuf, sans oublier coriandre ou ciboulette.  Une bonne entrée ou un simple repas du soir à l’issue d’un week-end de festivités par exemple.

Les bonnes idées de la semaine #3

Demain, un film de solutions

Réchauffement climatique, pollution, surpopulation, l’humanité va à sa perte si rien n’est fait d’ici 20 ans. Pour aller au-delà des études catastrophistes, l’auteur du film Demain Cyril Dion a donné la parole à des individus qui agissent à leur niveau : des jardiniers urbains à Détroit, des agriculteurs qui cultivent en permaculture en Normandie, des commerçants qui utilisent de la monnaie locale à Bristol, des éboueurs-recycleurs à San Francisco, des citoyens qui font plier les banques à Reykjavik, un proviseur bienveillant à Helsinki…

On prend beaucoup l’avion et la voiture dans ce film écolo, coréalisé avec Mélanie Laurent qui abuse un peu du regard vague à travers le pare-brise. Mais nul cynisme dans cette entreprise, l’objectif est atteint de montrer des initiatives qui fonctionnent et qui peuvent faire école, à l’image du système éducatif en Finlande. Comme dans la fable du colibri de Pierre Rabhi (qui intervient aussi dans le film), chacun peut prendre sa part, et on sort de la projection gonflé à bloc.

Demain le film, en salles depuis le 2 décembre. Egalement en livre chez Actes Sud.

On ne meurt pas comme ça

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Charlotte a la trentaine, une vie bien remplie, des amies, un métier qui la passionne. Il lui manque le grand amour mais elle est bien décidée à le trouver. Elle cherchait l’amour, elle a trouvé le cancer. Ce n’était pas prévu au programme. Avec la force de vie qui la caractérise, Charlotte va se lancer dans la bataille contre la maladie. Son récit n’élude rien de la souffrance physique et morale, des moments de désespoir et de solitude, de la maladresse des proches. Mais aussi du soutien indéfectible de sa mère qui lance comme un cri du coeur « On ne meurt pas comme ça! ». Et de la coquetterie de la jeune femme qui accompagne ses rendez-vous à l’hôpital de teintes de vernis OPI : Lucky Lucky Lavender pour porter chance, Vodka & Caviar pour subir une chimiothérapie, Siberian Nights pour fêter son anniversaire…

Ce n’est pas exactement un conte de Noël mais on peut dire qu’il finit bien puisque Charlotte Fouilleron, l’auteur, est là pour témoigner que oui, on survit au cancer, en restant féminine, en continuant à sortir et en se découvrant des capacités insoupçonnées dans l’épreuve. Journaliste avec un vrai talent d’écriture, la jeune femme mêle habilement expérience personnelle et emprunts à la chick lit dans sa quête de l’amour qui, sans trop en dévoiler, sera aussi récompensée.

On ne meut pas comme ça est paru cette année chez Max Milo.

Nez, la revue olfactive

Je peux en parler puisque le projet commence à prendre forme et que le pot de bouclage a eu lieu! Nez est une nouvelle revue qui paraîtra en avril 2016 sous l’égide des éditions Le Contrepoint et du site Auparfum. Les premières éditent déjà la revue Omnivore consacrée à la gastronomie et vont décliner le concept sur le thème de l’olfaction, avec la part belle donnée à l’illustration. Le second fédère une communauté de passionnés de parfums, et souhaite passer du virtuel au réel à travers un bel objet riche en contenu. Le premier numéro de Nez traitera des odeurs sous des angles scientifiques, historiques, économiques, critiques… et sentira bon! Une innovation éditoriale à laquelle je suis fière de participer.

Pour en savoir plus sur le projet, le site internet est en ligne et une campagne de crowdfunding démarrera en janvier.

Les bonnes idées de la semaine #2

Les gens du 11

Une super idée, et ce n'est pas un média qui l'a eue

Une super idée, et ce n’est pas un média qui l’a eue – photo P.C.

J’ai habité sept ans dans le 11e arrondissement de Paris, et je suis toujours attachée au village situé entre les métros Saint-Ambroise et Voltaire avec son église qui rythme les heures, son coiffeur iranien, son boucher qui vend de la bonne viande du terroir, sa bibliothèque municipale, sa Poste et son école primaire. Loin des clichés sur le Paris bobo, c’est un quartier où les cultures cohabitent en bonne intelligence et où la municipalité joue son rôle en préemptant des locaux commerciaux pour lutter contre la mono-activité textile (en clair, les grossistes chinois qui étaient devenus omniprésents).

C’est cet équilibre que les terroristes ont attaqué en perpétrant les attentats du 13 novembre (l’un des associés des Cent Kilos, le café à l’angle de la rue Saint-Ambroise, fait partie des victimes) mais l’arrondissement ne s’est pas laissé déstabiliser en contenant le Front National à un petit 5% au deuxième tour des élections régionales (rappel de la moyenne nationale : 27%).

Le compte Instagram Les gens du 11 rend hommage à cette vie de quartier. Placé sous l’égide de la mairie du 11e et réalisé par la maison de production Chaï Chaï Films, il propose une série de portraits, principalement de commerçants, mais on y croise aussi un gardien d’immeuble, un voiturier ou un retraité sur un banc… qui se racontent en quelques questions-réponses. Les personnes rencontrées n’ont rien à vendre, elles ne sont pas des militantes du vivre ensemble, elles en sont la démonstration tout simplement.

J’habite aujourd’hui dans le 12e arrondissement, dans un quartier où la mixité sociale existe et fonctionne aussi. Et si ces microcosmes parisiens étaient des laboratoires de la réhabilitation de la « volonté de vivre ensemble » (poke Ernest Renan), loin des quartiers ghettos (de riches comme de pauvres), des grandes surfaces déshumanisées et des infos anxiogènes? Le problème de la France n’étant évidemment pas le mélange des cultures mais le chômage générateur de désespérance qui entraîne elle-même la recherche de boucs-émissaires (poke René Girard).

Les big data contre le chômage

Pas d'incantations ("il faut..."), des propositions dans le dernier numéro de Society - photo P.C.

Pas d’incantations (« il faut… »), des propositions dans le dernier numéro de Society – photo P.C.

Depuis son lancement en mars 2015, le magazine Society a fait la démonstration qu’on pouvait renouveler la presse française avec des sujets de fond et des angles originaux. De Pablo Escobar à « l’intrigant Florian Philippot », des réfugiés naufragés de Grèce aux Israéliens qui déménagent à Berlin, les reportages sont en prise avec l’époque et le monde.

Le numéro du 11 décembre, paru avant le deuxième tour des élections régionales, ne se contente pas d’incantations (le « Tout changer » de L’Obs la même semaine, riche en réflexions par ailleurs). Il propose des solutions comme le projet du « petit génie » des algorithmes Paul Duan qui s’appuie sur les big data pour développer un portail de recherche d’emploi -une sorte de super Pôle Emploi qui agrège des informations éparpillées sur le web et maximise les chances des candidats. Ou l’interview du philosophe Bernard Stiegler qui propose de généraliser le régime des intermittents du spectacle pour permettre à chacun de se réaliser en assurant un revenu minimal. Utopique? Toutes les avancées sociales ont commencé ainsi et ce n’est pas comme si le système actuel fonctionnait à merveille tel qu’il est. En tous les cas, ces idées méritent des expérimentations locales. Toujours le « think global, act local » qui a fait ses preuves.

Warhol Unlimited

"Shadows", pour la première fois en intégralité - photo P.C.

« Shadows », pour la première fois en intégralité – photo P.C.

L’exposition Andy Warhol au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (jusqu’au 7 février 2016) est un peu décevante au premier abord. On s’attend à voir ses portraits colorés de Marilyn et de Liz Taylor mais parmi les sérigraphies, on retrouve une série de Jackie Kennedy, un Mao Tsé-Toung maquillé comme une pin-up et beaucoup de « Flowers ». L’exposition est surtout un prétexte pour montrer pour la première fois en Europe les 102 tableaux formant l’ensemble « Shadows », une succession d’images abstraites peintes en positif et en négatif. Le vaste espace neutre du musée est parfait pour mettre en valeur ce long ruban à l’effet hypnotique. Andy Warhol lui-même ironisait sur une oeuvre « faite pour décorer une boîte de nuit ».

L’exposition permet de retrouver l’esprit provocateur du patron de la Factory qui sabotait ses interviews à coup de réponses laconiques et dupait les douanes canadiennes avec ses reproductions de lessive Brillo plus vraies que nature. De son vivant, il devait passer pour un histrion superficiel mais le recul du temps donne sa juste mesure à sa critique de la société de consommation et du spectacle, plus féroce que jamais. Son film « Empire », huit heures de plan fixe sur l’Empire State Building, flou en noir et blanc, interroge notre rapport au temps et à la narration, surtout aujourd’hui où nous ne pouvons pas soutenir l’attention plus de quelques minutes, constamment interrompus par nos joujoux électroniques.

Sa série de chaises électriques aux couleurs pop sur fond de papier peint vache qui rit (joli coup de pub pour le groupe Bel, partenaire de l’expo) résonne avec notre époque qui réclame de la violence et de la sécurité comme elle consomme des produits. Quel artiste a une telle force corrosive et visionnaire aujourd’hui?