Les scénarios de l’après-crise

Une analyse de L’Échangeur BNP Paribas Personal Finance

La semaine dernière, L’Échangeur BNP Paribas Personal Finance a organisé un webinar sur les scénarios économiques de l’après-crise. En collaboration avec l’Observatoire Cetelem, le centre d’innovation dédié au commerce a formulé quatre hypothèses pour l’avenir de la distribution et de la consommation. Aucune ne l’emporte sur les autres, la réalité sera plus vraisemblablement un mélange des quatre modèles. Grands groupes et petits acteurs, technologie et local auront leur place dans le fameux « monde d’après ». 

Star Systems

C’est le triomphe des grandes entreprises capables de s’adapter, LVMH qui fabrique du gel hydroalcoolique, Décathlon qui offre les plans de ses masques de plongée pour les transformer en respirateurs, Nike qui fabrique des visières et propose des activités sportives à faire en intérieur. Amazon, Carrefour, Tesco, Walmart approvisionnent et livrent les consommateurs quitte à faire évoluer leur modèle avec le développement du paiement sans contact ou la signature de partenariats avec Uber Eats par exemple. À côté de ces « gagnants », la descente aux enfers s’accélère pour les grands magasins américains ou André en France.

Life Control

L’utilisation des données de santé est une composante essentielle des plans de sortie de la pandémie. Les Gafas sont sur les starting blocks et en Chine, Alibaba est associé aux projets de smart cities équipées de caméras capables de repérer la température corporelle des individus. Les objets connectés comme l’Apple Watch ou FitBit racheté par Google vont pouvoir détecter si leurs porteurs ont de la fièvre et les renvoyer directement vers un service de télémédecine. Amazon Alexa peut également interroger sur les symptômes, lancer une consultation à distance, commander des médicaments etc. La France et l’Europe sont plus prudentes sur cette évolution technologique mais Orange pourrait devenir un acteur de la télémédecine. 

Made Locally

Pendant le confinement, le commerce de proximité est passé du statut de dépannage à un commerce de fond de placard. La recherche de transparence, de qualité, s’est traduite par la croissance des drives fermiers (achats à la ferme), livraisons de paniers alimentaires en circuits courts (+70% de commandes pour La Ruche qui dit oui). On a vu le même phénomène au Québec avec la mise en place du Panier Bleu qui livre des produits québécois. Cette tendance est compatible avec la technologie : l’étude a repéré en Arizona un service de livraison par drones organisé par des petits commerçants. 

Earth in Progress

Le « made locally » permet de rassurer pendant le confinement, mais la sortie de crise à long terme se fera grâce à des solutions collectives. Le succès de C’est qui le patron?! en France est un exemple de coopération réussie entre producteurs, consommateurs et distributeurs. On assiste à une réévaluation des priorités avec la notion de confort marginal (ce nouveau produit technologique est-il vraiment indispensable? ne contribue-t-il pas à provoquer plus d’inégalité?). La hiérarchie des métiers est remise en cause, le versement de dividendes est considéré comme indécent. La philanthropie elle-même apparaît comme obsolète avec la recherche de solutions co-construites et de solidarité.

Ces quatre scénarios fonctionnent et ont leurs limites, conclut l’étude : Star System consacre les grandes enseignes et évince les plus fragiles; Life Control s’appuie sur l’innovation des Gafas en suscitant des inquiétudes sur le respect de la vie privée; Made Locally répond à l’urgence à court terme mais porte le risque d’une fermeture des frontières; Earth in Progress est le seul véritable projet de long terme mais c’est celui qui demande le plus de responsabilité et de coordination. En sommes-nous capables?

Pas facile pour un acteur de la finance comme BNP Paribas de remettre en cause le dogme du progrès, même si les banques et les assurances se sont déjà engagées à arrêter leurs investissements dans des industries polluantes. Les clients de L’Échangeur, qui sont eux-mêmes des marques et des distributeurs, ont besoin de ses analyses pour envisager leur avenir. On espère très fort que la période actuelle est l’occasion d’innover pour ne pas refaire les mêmes erreurs qu’avant. La crise climatique nous y oblige.

Une bonne idée par jour : réduire la pollution numérique

Mon bureau de confinement (photo P.C.)

On incrimine beaucoup le voyage en avion dans le réchauffement climatique, et le confinement actuel est une bonne nouvelle pour le climat, mais la pollution numérique est encore plus dommageable : elle représente 4% des émissions de carbone dans le monde, et l’avion 2,8% (voir ce guide de l’Ademe). Je l’ai appris lors d’une conférence organisée par la société Fabernovel en février dernier (l’heureux temps où l’on pouvait encore participer à des conférences de presse). La croissance du cloud en particulier (+21% par an depuis dix ans) se traduit par le stockage des données dans des serveurs géants qu’il faut refroidir. Un mail avec pièce jointe d’1Mo correspond à l’énergie consommée par une ampoule de 60 watts pendant 25 minutes. Le développement du streaming, les Netflix, Amazon, OCS, Disney + qui remplissent nos journées actuellement, participe de cette débauche d’énergie. Sans compter le coût écologique et social de l’exploitation des minerais qui entrent dans la composition des téléphones portables. C’est une pollution invisible, immatérielle, indolore à première vue, et pourtant bien réelle et intimement liée à nos modes de vie.

Selon Fabernovel, les Gafams (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) sont conscients de cet impact et mènent des programmes de réduction de leur empreinte carbone. Apple, qui fabrique des téléphones, travaille avec ses fournisseurs pour favoriser l’utilisation d’énergies renouvelables. Microsoft s’est fixé l’objectif d’être négatif en carbone à l’horizon 2030, c’est-à-dire aller plus loin que la neutralité carbone ou la compensation.

Ce sont des engagements qui ont du poids, mais ces technologies ont aussi pour stratégie de nous inciter à rester le plus longtemps possible sur leurs services, pour engranger de l’audience, des données et des achats. C’est à nous consommateurs d’agir en étant conscients de l’emprise du numérique sur nos vies. Avons-nous besoin d’être connectés à tout instant, d’envoyer autant de mails, de stocker autant de données? Orange donne des conseils très utiles pour un usage raisonné du digital sur son site mais on peut aller plus loin en privilégiant des activités non polluantes. Lire un livre par exemple, qui ne se clique pas, ne nécessite pas d’électricité pour fonctionner, ne consomme pas plus d’énergie que celle qui a été nécessaire à sa production. Une bonne activité de confinement, aussi.

Un an de dossiers dans Stratégies

Le clip This is America de Childish Gambino a été un grand moment de 2018

Au rythme d’environ un dossier par mois, j’ai l’occasion de traiter les sujets les plus divers dans Stratégies. Alors que 2018 tire à sa fin, le retour sur ces dizaines d’articles (et ces milliers de feuillets…) donne une image assez représentative des thèmes qui agitent la communication et les médias.

Influence et millennials. Après avoir suivi pendant des années le sujet des égéries, je m’intéresse maintenant à celui des influenceurs, ces célébrités issues de YouTube et Instagram qui peuvent vendre des palettes de produits avec un post. Exemple : Sananas, 2,4 millions d’abonnés sur YouTube, et sa collaboration avec l’opticien Krys. Pour toucher les millennials (18-35 ans) méfiants envers la publicité classique, et particulièrement dans le luxe, cette nouvelle forme de communication est d’une efficacité redoutable, mais elle a aussi ses dérives, quand elle n’est pas identifiée comme telle. Le sujet « Influenceurs, faut-il sévir? » a fait la une en mars avec Nabilla et McFly et Carlito.

Lire la suite