La mode halal, piège ou bonne idée?

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La campagne H&M « Close the loop » montre furtivement une mannequin voilée. Big deal!

C’est un sujet à prendre avec des pincettes tant il heurte nos préjugés occidentaux mais il correspond à une réalité : la mode halal est en plein essor. C’est une info relayée par le cabinet de tendances Nelly Rodi qui m’a mis la puce à l’oreille : en Indonésie, le gouvernement entend faire de Jakarta la capitale mondiale de la mode islamique d’ici 2020. « Les femmes indonésiennes savent combiner différents motifs, couleurs et styles pour faire de leurs hijabs les plus chics d’entre tous » affirme un créateur de mode cité par l’agence. Une inventivité célébrée par le livre Hijab Street Style, qui recense, à la manière du Sartorialist, des looks photographiés dans la rue indonésienne. Le premier pays musulman du monde est aux avant-postes d’un phénomène qui n’a pas échappé aux marques occidentales.

Comme le soulignait un article du Journal du dimanche du 24 janvier dernier, DKNY, Tommy Hilfiger, Mango, Zara et Net-a-Porter ont développé des tenues spécial Ramadan. Le Japonais Uniqlo a confié à la styliste Hana Tajima une collection pudique vendue dans sept pays. H&M a fait le buzz en montrant le mannequin voilé (et piercé) Mariah Idrissi dans sa campagne « Close the loop ». Et Dolce & Gabbana a lancé une ligne de hijabs et de abayas. Comme le rappelle cet article critique du Guardianle marché du luxe au Moyen-Orient est évalué à 8,7 milliards de dollars. Et comme semble s’en étonner ce billet d’Influencia, cela fait belle lurette que les marques occidentales rhabillent leurs égéries publicitaires pour les marchés puritains. En Arabie Saoudite, m’ont relaté des parfumeurs, les flacons de parfum sont scellés car ils contiennent de l’alcool. Aux dernières nouvelles, un boycott de ce pays pour non conformité avec nos valeurs n’est pas à l’ordre du jour.

En France, le voile est généralement considéré comme un symbole d’oppression de la femme mais dans de nombreux pays, il est obligatoire et même quand il ne l’est pas, il peut être porté avec fierté et coquetterie. Faut-il le rejeter par idéologie ou saluer les fashionistas qui parviennent à exprimer leur individualité à travers un morceau de tissu? Les marques de mode qui accompagnent le mouvement font-elles de l’appropriation culturelle ou sont-elles simplement à l’écoute de leurs consommatrices? Notre regard sur les femmes musulmanes est marqué par beaucoup de condescendance, comme l’a montrée la récente polémique sur le Starbucks de Riyad (mise en pièce par la journaliste Clarence Rodriguez sur sa page Facebook) et je préfère penser que le développement d’un secteur de la mode dans les pays concernés est une bonne nouvelle.

Que pensez-vous de l’émergence d’une mode musulmane? Je serais intéressée de lancer une conversation sur ce sujet. 

Les bonnes idées de la semaine #1

Dans un billet désabusé, le directeur adjoint de la rédaction de L’Express Eric Mettout constatait cette semaine l’impuissance des médias face au FN. « Qu’on le dénonce ou qu’on le dénonce pas, on est toujours perdants », écrit-il en substance. Tout en réfutant l’idée que les journalistes contribuent à sa montée en créant un climat anxiogène.

Les mauvaises nouvelles existent, le monde en est plein et c’est le boulot des journalistes de les relayer. Mais je pense que les médias ont une responsabilité en déversant les malheurs du monde dans le quotidien des gens sans proposer de solutions ou sans montrer, aussi, ce qui marche, créant un sentiment de désespérance.

La peur est mauvaise conseillère et quand les néoélecteurs FN expriment de façon viscérale leur peur du multiculturalisme dans les pages de L’Obs, on enrage que les médias ne mettent pas autant en avant tous les quartiers où les cultures, les religions et les classes sociales se mêlent en bonne intelligence -le mien, par exemple. On dira que je vis dans un monde de Bisounours? Et s’il ne fallait pas plutôt s’inspirer de ce qui marche pour diffuser les bonnes pratiques?

Puisque chacun peut agir à son niveau, je vais proposer chaque semaine une sélection de bonnes idées repérées dans les médias, sur le net ou dans mes rencontres, en m’en tenant à ma ligne éditoriale de ne retenir que les idées positives.

« Arabie Saoudite Paroles de femmes », diffusé le 8 décembre sur France 5

L’Arabie Saoudite est un pays effroyable qui emprisonne, lapide, exécute ses opposants et enferme les femmes dans un carcan patriarcal. Et pourtant, même dans cette dictature, les choses avancent à petit pas. Demain 12 décembre, pour la première fois, les femmes pourront participer à une élection. Rappelons qu’en France cela ne date que de 70 ans. La journaliste Clarence Rodriguez est allée à la rencontre de femmes artistes, entrepreneuses, engagées, qui font bouger la société saoudienne en conduisant une voiture ou en dirigeant un chantier. Le reportage est à retrouver en replay sur le site de France TV. Au-delà des clichés sur la femme soumise dans l’Orient obscurantiste, leurs paroles et leurs actes ont doit à tout notre respect.

Bernard Guetta et l’idéal européen

Encore un membre de « l’élite » que les électeurs anti-système abhorrent mais Bernard Guetta a trouvé les mots justes dans Challenges pour exprimer ses sentiments face à la montée du vote FN -et de l’extrême-droite dans le monde puisqu’on peut inclure Donald Trump dans le même marigot. Je retiens l’extrait ci-dessous mais j’adhère à l’ensemble de son billet. On a besoin de ces voix mesurées et intelligentes.

« Il y a des idées, des innovations, des entrepreneurs du XXIe siècle, des individus mais pas de force politique assez consensuelle et majoritaire pour indiquer une direction, tracer la route et rendre sa noblesse à une puissance publique faite pour bâtir un futur crédible et mobilisateur. »

Diva Madonna 

J’avoue, j’ai craqué quand j’ai vu la vidéo de Madonna chantant Imagine sur la place de la République, avec son fils à ses côtés et sa doudoune à 10 000 dollars. C’est kitsch et corny (nunuche) comme peut l’être une diva américaine à des millions d’années lumière de la vie réelle, mais on sent sa sincérité et son émotion authentique face à toutes les vies brisées dans les attentats. A sa façon à elle, de chanteuse et de star, elle a rendu un bel hommage à l’humanité et au vivre ensemble, et les Parisiens qui ont partagé ce moment avec elle ne s’y sont pas trompés.