Le hold-up du siècle

Pour avoir écrit un certain nombre d’articles sur le « made in France » et la « French touch », je suis convaincue que les solutions proposées par Marine Le Pen ne fonctionnent pas. J’ai vu des dirigeants se démener pour maintenir un savoir-faire dans des régions en difficulté, j’ai vu des industries s’en sortir par une montée en gamme, je rentre de La Rochelle où Léa Nature est aux 3/8 pour faire tourner son usine de cosmétiques bio. Et l’on voudrait nous faire croire que le protectionnisme sauverait des emplois? J’ai en tête la démonstration du PDG de Longchamp qui a fait le choix d’un « made in France » partiel, qui lui permet de lisser les prix de ses produits et donc de faire du volume plutôt que de rester cantonné sur le luxe. Résultat : plus d’emplois pérennes à la clé, y compris dans des pays en développement, et un rapport qualité-prix favorable aux consommateurs.

Que Marine Le Pen se soit réinventée en candidate des ouvriers, c’est le hold-up du siècle. Son programme, c’est la fermeture des frontières aux migrants, la préférence nationale aux emplois et aux allocations, le retour au franc au nom de la souveraineté (bien qu’elle soit devenue très floue sur ce point). Faire passer ces positions racistes et réactionnaires pour un programme social quasiment de gauche est une imposture. Comment les industries françaises qui exportent (il y en a pléthore, n’en déplaise aux déclinistes) vont-elles justifier le protectionnisme à leurs partenaires étrangers? Le fait que les Etats-Unis de Trump ou la Chine prônent la même politique est-il vraiment un exemple à suivre? L’Europe est-elle la source de tous nos maux ou la solution en ouvrant un marché commun là où la demande intérieure ne saurait suffire? Je ne parle pas de l’Europe de Barroso passé chez Goldman Sachs (un vrai scandale), mais l’Europe des peuples qui voyagent et font des affaires et dans laquelle la France n’est pas perdante à tous les coups contrairement à ce que les populistes voudraient nous faire croire.

On peut être favorable au patriotisme économique sans pour autant rejeter les étrangers, et si les consommateurs achetaient un peu plus en citoyens au lieu de chercher toujours le prix le plus bas, on ferait déjà un pas dans le bon sens. Cela passe aussi par les circuits courts et l’économie locale, donc par une conscience environnementale. Ce qui ne signifie pas qu’il faut fermer notre marché aux produits venus d’ailleurs, la « French touch » n’est pas bonne en tout et si l’on apprécie que notre savoir-faire soit reconnu à l’étranger, on peut accepter d’accueillir ceux qui sont meilleurs que nous.

Il ne faut pas s’y tromper, le programme économique du Front National n’est que dans la posture. J’en veux pour preuve l’information révélée par BFM TV que les T-shirts de ses meetings sont « made in Bangladesh ». Le FN ayant réponse à tout, il prétend faire la démonstration de la disparition de l’industrie textile française, mais en cherchant bien il aurait pu trouver un fournisseur hexagonal, comme l’a fait Carrefour pour sa collection « Fabrication France » (il serait intéressant pour faire bonne mesure de vérifier d’où viennent les T-shirts « En Marche »). De même certains médias ont salué le « coup de com » de Marine Le Pen qui s’est invitée à Whirlpool, mais faire des selfies avec des ouvriers dans la détresse est plus facile que chercher des solutions de reprise. Qu’autant de médias et d’observateurs tombent dans le panneau de ces discours démagogiques, alors que l’on a eu sous les yeux l’exemple des fausses promesses de Trump et du Brexit, c’est confondant. Ces précédents nous ont aussi appris que l’économie n’explique pas tout dans le vote extrême, celui-ci se nourrit de la peur d’une perte d’identité dans un monde qui change, et ce n’est pas en se repliant sur nous-mêmes que cela s’améliorera!

Emmanuel Macron n’est pas parfait mais la France devrait être une démocratie assez mature pour ne plus avoir besoin d’homme (ou de femme) providentiel(le). Caricaturé en candidat ultra libéral, il met l’accent sur l’éducation dès le primaire et sur la formation. Il veut supprimer le RSI inique et mettre en place un droit au chômage universel, tenant compte du fait que tous les travailleurs ne sont pas salariés. Il cherche à lever les freins aux embauches, ce que beaucoup d’employeurs et pas seulement au Medef demandent. Il veut collaborer avec nos voisins européens, une attitude responsable pour prétendre exister dans le monde. Bref, il y a sûrement beaucoup à critiquer dans son programme ou dans son style personnel mais mettre les deux candidats dos à dos au nom du combat contre l’argent roi n’a pas de sens. Le Front National n’a aucun intérêt à trouver des solutions positives pour les plus faibles, il exploite leurs peurs pour faire avancer ses idées nationalistes. Emmanuel Macron semble éloigné des préoccupations des ouvriers, mais il ne suffit pas de hurler « candidat des banques » pour que ce soit une réalité. Il est vrai qu’en France on aime se voir en rebelle ou en « insoumis » pour s’enorgueillir de ne pas être un mouton. Eh bien moi, je veux bien être un mouton et faire mon devoir de citoyenne dimanche pour éviter de faire entrer le loup dans la bergerie.

Publicités

Résumé des épisodes précédents: made in France, égéries, luxe, publicité

Le point sur mes articles parus ces dernières semaines :

Dans Le Journal du dimanche, j’ai participé au dossier Made in France paru le 20 novembre, un de mes sujets de prédilection. J’y détaille le projet de la marque Jardin d’Orante de relancer la filière du cornichon cultivé en France. Un sujet qui prête à sourire mais qui est selon moi particulièrement concret et positif, car il montre que l’on peut relocaliser en France et promouvoir une économie locale en se donnant du mal (en l’occurrence, en mobilisant la grande distribution, qui a soutenu la marque pour qu’elle soit distribuée largement).

fabrication-france-i763460Dans le même dossier, je présentais la gamme Tex Fabrication France de Carrefour qui applique le principe des produits alimentaires Reflets de France à la mode, avec une sélection de PME partenaires. L’histoire ne dit pas si les fournisseurs sont pressurés sur leurs marges, comme sait le faire la grande distribution, mais cela reste une initiative intéressante, ambitieuse et accessible au grand public.

Pour Le Journal du dimanche toujours, après mon sujet sur Devialet qui vient de lever 100 millions d’euros, j’ai présenté la stratégie du spécialiste du son Sonos pour convaincre les amateurs de musique de se convertir au streaming payant, et j’ai visité en avant première le Grand musée du parfum qui ouvre à Paris le 16 décembre, avec une approche plus ludique qu’académique. Un article paru dimanche dernier dans le cahier spécial Noël de l’hebdomadaire.

img_2823

La Maison Sonos à Paris permet de tester la qualité sonore des enceintes dans un décor accueillant – photo P.C.

img_3055

Le Grand musée du parfum et son jardin des senteurs encore en chantier – photo P.C.

img_2992

Les égéries publicitaires sont un autre de mes sujets préférés, que j’ai analysé dans Challenges et dans un webdoc. J’ai expliqué le phénomène dans Pharmacien Manager de novembre, car la pharmacie est elle aussi gagnée par la folie des contrats publicitaires, que ce soit Kristin Scott Thomas avec Lierac, Tony Parker pour Puressentiel ou Sébastien Chabal avec Evolupharm.

Pour Stratégies, j’ai signé le dossier « Petits budgets, grandes idées », un cas d’école publicitaire puisqu’il oblige les annonceurs à être malins avec peu d’argent. Relations presse, digital, parrainage d’émissions ou achat d’espace négocié, les solutions existent pour émerger à bas prix, mais tout dépend de ce que l’on en attend : un prix au festival de Cannes de la publicité ou une augmentation de la fréquentation du site internet? En fonction des objectifs, le résultat créatif ne sera pas le même.

J’ai aussi participé au dossier luxe de Stratégies avec un article sur la vente événementielle d’un sac Lady Dior sur  WeChat, la plateforme sociale numéro un en Chine. J’aurais adoré contribuer davantage à ce dossier mais c’était impossible au vu de mon mois de novembre de dingo.

Et toujours Design fax, la lettre hebdomadaire sur le design, avec un spécial agences le 5 décembre : les Sismo, qui fêtent leurs vingt ans en 2017 avec un modèle iconoclaste, Centdegrés qui fait du business en Chine et Desdoigts & Associés qui fait aussi de la publicité.

Cyril Lignac, un chef et une marque

Icône télévisuelle, moulin à paroles et vrai chef talentueux, Cyril Lignac est aussi une tête de gondole. Comme d’autres confrères, il a créé une véritable entreprise autour de son nom qui tourne à plein régime. Dernier développement en date, une gamme d’accessoires de cuisine en exclusivité chez Carrefour.

Cyril Lignac et son fidèle bras droit Aude Rambour en pleine démonstration de savoir-faire - photo P.C.

Cyril Lignac et son fidèle bras droit Aude Rambour en pleine démonstration de savoir-faire – photo P.C.

La gamme a été développée avec Promeco, spécialiste des licences pour la maison (Christian Lacroix, Azzaro…). Fabriquée en Chine, elle a les courbes d’un équipement professionnel, non sans rappeler la marque Mauviel 1830 qui est elle, made in France. « Karim (Redjal, le directeur marketing de Promeco) n’arrêtait pas de me dire : ‘Il faut que ce soit design’« , explique Cyril Lignac, qui s’est surtout attaché aux détails pratiques : graduation, bec verseur, angles arrondis pour récupérer les sauces… Deux modèles sont proposés : professionnel ou grand public avec manches amovibles. L’association a aussi été l’occasion d’un concours sur les réseaux sociaux, Le défi de Cyril. Mais où trouve-t-il le temps de faire tout ça?

Pour Carrefour, qui mène souvent ce type de partenariats exclusifs, c’est une création de trafic de premier ordre, d’autant que le lancement est assorti d’une opération promotionnelle (une vignette collectée tous les 10 euros d’achat, 70% de réduction sur la gamme avec 10 vignettes, soit après un plein de courses). L’occasion de fidéliser les clients et d’en attirer de nouveaux, jusqu’au 9 janvier 2016.

3, 2, 1, mon podium beauté du Brésil

Les cabinets de tendance ont bien travaillé, voilà maintenant des mois que les magazines et les magasins sont envahis par la tendance tropicale à coup d’imprimés colorés et de motifs de feuillage luxuriant.

La beauté n’est pas en reste avec une déferlante quotidienne de communiqués sur les couleurs de l’été, vert, jaune, bleu. Les distributeurs ont particulièrement investi ce territoire avec des propositions de Carrefour -la gamme Nectar of Nature des Cosmétiques Design Paris aux ingrédients inspirés par les secrets de beauté des Brésiliennes- ou les vernis ensoleillées de Nocibé et Monoprix

Ombres a¦Ç Paupie¦Çres CopacaCapture d’écran 2014-04-24 à 16.54.02

 

A quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde de football au Brésil, les champions mouillent le maillot pour les marques de cosmétiques : Lionel Messi ne jure que par le shampooing anti-pelliculaire Head & Shoulders et Olivier Giroud, beau gosse de l’équipe de France et d’Arsenal, se parfume à Boss Bottled (les deux marques font partie du portefeuille Procter & Gamble).

olivier giroud (26)

Parmi tous les produits testés depuis quelques mois, trois se détachent et restent dans mon esprit :

-les vernis Top Coat Confettis de L’Oréal Paris ne font pas explicitement référence à la Coupe du Monde, d’ailleurs la version bleu blanc rouge se nomme Independence Day. Mais je ne suis pas dupe, c’est bien une façon ludique d’afficher les couleurs de son équipe fétiche. Pour ma part je la porte en alternance avec le top coat bleu et jaune, clin d’oeil au Brésil qui reste tout de même le grand favori de la compétition (qui aurait cru que je m’intéresserais un jour au foot, mais j’ai à la maison un aficionado de 8 ans qui m’a initiée aux noms de Neymar et Van Persie…)

20140607_17554120140607_17593820140607_175758

L’Eau Tropicale de Sisley évite aussi la transposition littérale du pays de la Selaçao, mais c’est bien dans la moiteur d’une forêt après l’orage qu’elle nous convie, superbement illustrée par l’artiste polonaise Christina Radzivill. Le nez Domitille Bertier a créé une composition autour de la tubéreuse, une fleur plutôt lourde avantageusement allégée par de la rose et de la violette, tandis que le frangipanier apporte sa note monoï évocatrice de vacances.

-la palette Rio Rush de Revlon n’est pas la plus portable des collections présentées ce printemps mais elle témoigne d’une imagination certaine de la part de la directrice artistique Gucci Westman. Sur une peau sombre, le choc du jaune et du violet sera du plus bel effet et pour les moins audacieuses, le vernis en série limitée Oi Beautiful rappelle la couleur de l’année, le Radiant Orchid adoubé par Pantone.

Qu’importe la discrétion ou le bon goût, ces créations invitent à la bonne humeur, à l’instar d’une compétition qui va réunir les peuples, par-delà les notions de business et de géopolitique. C’était ma pensée « peace and love » du jour !