« Parisians’ lifestyle cannot be a shield against an AK-47 »

Déjà cinq articles sur les attentats en France pour le Sunday Herald de Glasgow depuis janvier. Et moi qui voulais leur proposer des sujets sur la COP21… Je publie ici le lien vers l’article paru hier.

Après Charlie Hebdo j’avais écrit sur la liberté d’expression à défendre, sur le Paris que j’aime profané. Ce sont les mêmes endroits, les mêmes êtres humains ouverts et joyeux qui ont été touchés. Aussi incroyable que cela paraisse, à quelques mètres du Carillon et de La Belle Equipe, les gens sont en terrasse, les commerces fonctionnent. La vie a repris très vite, parce que c’est la seule chose à faire quand on se sent impuissant. Alors je reprends mes articles, un peu plus lentement qu’avant.

Mille mots pour expliquer le terrorisme

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Article paru le 28 juin dans The Sunday Herald

La vie de pigiste est faite de périodes d’attente et d’accélérations soudaines. Le 26 juin dernier, je me préparais à me mettre tranquillement en mode été en anticipant la rentrée quand le Sunday Herald, l’hebdomadaire écossais avec lequel je collabore, m’appelait pour me commander un article sur le nouvel attentat sur le sol français. Alors que j’essayais moi-même de comprendre les événements dramatiques de Saint-Quentin-Fallavier en écoutant France Info, le rédacteur en chef me demandait d’expliquer l’état d’esprit en France et les différents points de vue des leaders d’opinion pour combattre Daesh. Le tout en 1000 mots, en anglais et pour le lendemain, thank you very much.

Autant dire que mes vingt ans d’expérience comme journaliste, ma maîtrise de l’anglais et le sens de la synthèse appris à Sciences Po trouvent leur raison d’être en ces circonstances. Je ne suis pas spécialiste du terrorisme, je n’avais pas d’expert sous la main, mais j’ai convoqué toutes mes réflexions et mes lectures depuis les attentats de janvier, que j’avais déjà traités pour le Sunday Herald. J’ai évoqué Emmanuel Todd, l’illusion de l’esprit du 11 janvier, les tensions chez Charlie Hebdo, la remise en cause du mot d’ordre « pas d’amalgame » par certains éditorialistes, sur fond de progression lente mais sûre du Front National. Bref, la suite de ce que j’expliquais en janvier, à savoir que les démocrates modérés ont bien du mal à garder le cap face aux provocations des fous furieux de Daesh, la mise en scène d’une décapitation au coeur de la France moyenne et non pas dans un Etat en déliquescence à des milliers de kilomètres de chez nous marquant un palier supplémentaire.

Dans un télescopage absurde et vertigineux dont notre époque a le secret, paraissait le même jour dans Le Journal du dimanche mon article sur les parfums de l’été, parmi lesquels le premier parfum d’Azzedine Alaïa. Un hommage personnel et affectueux à sa Tunisie natale, qui prend une coloration particulière dans ce pays qui veut vivre et avancer.

Semaine de la presse à l’école : bravo Guy Flavien!

Jusqu’au 28 mars, c’est la Semaine de la presse et des médias à l’école. Cette initiative du Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information), sous l’égide du ministère de l’Education nationale, sensibilise les enfants à la réalité de la production d’information et encourage les établissements à créer des journaux-école.

Pour lancer l’édition 2015 placée sous le signe de la liberté d’expression, les ministres de l’Education et de la Communication, Najat Vallaud-Belkacem et Fleur Pellerin, avaient choisi un collège que je connais bien puisque c’est celui où étudie mon fils aîné, Guy Flavien dans le 12e arrondissement. Quelle fierté de voir le travail patient mené par la responsable du CDI Isabelle Miskovsky devenir à son tour un sujet d’actualité, comme hier dans 20 minutes et dans le journal de France 3 Ile-de-France:

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« If only we’d thought about our national identity like you did »

Il y a un mois, 4 millions de personnes descendaient dans la rue en réponse aux attaques terroristes. Une démonstration d’unité nécessaire mais qui venait bien tard, à quel prix, et pour quels conséquences concrètes? La prochaine élection présidentielle est dans deux ans et on verra bien qui va profiter du climat actuel.

Je publie ici le billet que j’ai signé à chaud pour le journal écossais The National dans lequel je mets en parallèle la qualité du débat sur l’indépendance de l’Ecosse et l’absence de perspective d’avenir en France. Un point de vue bien difficile à faire entendre de ce côté-ci de la Manche.

Ensuite je reviens à mes parfums, promis.

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« When I followed the referendum on Scottish independence last year, I was impressed by the quality of the debate. It was mature, well-informed, respectful. People made up their mind according to their own beliefs and understanding of the issues.

It was a positive display of free speech and free will. What struck me the most was that it was an inclusive debate : all residents of Scotland over 16 took part in it, be they French, Italian, Pakistani or English. It was a breath of fresh air.

Meanwhile in France, the air was thick with worries from people out of work, with the feeling of political impotence, with the fear of losing power in Europe and in the world, with the lack of prospects in deprived neighbourhoods.

The far-right National Front party came first in the European election with a scapegoat ideology. Polemicist Eric Zemmour voiced the opinion of many by ranting about same-sex marriages leading to the end of our civilization.

All the time I was thinking : how can a strong and rich democracy lose confidence in itself so much ? Why can’t we have the same positive debate as in Scotland about our strengths and assets in a globalized economy? Why can’t we unite around a common project to face the challenges of this complicated world ?

We came close when former president Nicolas Sarkozy launched a debate on national identity in 2009. But it ended in protests against halal school meals and street prayers and was swept under the carpet.

No wonder most French media didn’t really understand what the Scottish referendum was about. They were only really interested in it when the Yes came first in a poll 10 days before the vote.

First they thought it was about cultural identity -bagpipes, kilts and William Wallace. When they understood it was about politics -calls for social justice, fewer Conservative MPs than pandas etc- they deemed the Scots selfish and irresponsible. I’m not talking about all media. But it was very hard to have a different view heard despite our common history since the Auld Alliance.

Now France is having a massive conversation about its future in the wake of a devastating attack on free speech, police and the Jewish community. Politicians, teachers, journalists, police forces, the justice system, clerics, all institutions have a part to play in that debate, including ordinary citizens.

It is a wake up call to remind us that democracy is not a given, it is an ongoing process that always needs to be fought for. Like you did in Scotland, under very peaceful circumstances. Like you are still doing, in the run up to the next general election.

Why it took 17 deaths and many injured in France to come to the same realization is hard to stomach. »

L’humour est-il un art de vivre? Vous avez trois heures.

Passée la sidération de l’actualité traumatisante des dernières semaines, la vie reprend son cours, avec ses sujets légers, ses rendez-vous qui font penser à autre chose. Quoique… Comme une persistance rétinienne, le souvenir des événements s’imprime partout, resurgit aux moments les plus inattendus. La semaine dernière, j’assistais à la conférence « L’homme avenir du luxe », organisée par la régie publicitaire de M le magazine du Monde (ma Bible du vendredi, moi qui n’ai d’autres liturgies que les beaux reportages).

Le 20 janvier, on a parlé des hommes, de luxe et de bien d'autres choses à l'invitation de M Publicité-Régie Obs. Béline Dolat, rédactrice en chef adjointe de M le magazine du Monde, animait le débat.

Le 20 janvier, on a parlé des hommes, de luxe et de bien d’autres choses à l’invitation de M Publicité-Régie Obs. Béline Dolat, rédactrice en chef adjointe de M le magazine du Monde, animait le débat- photo P.C.

Les intervenants devisaient aimablement sur les habitudes de consommation de la gent masculine, qui « a besoin d’être prise par la main » selon Maud Tarena, directrice du département homme du Bon Marché Rive Gauche. Confirmation de Marc Menasé, le fondateur du site Menlook, qui a rappelé que « les sous-vêtements pour hommes sont achetés à 40% par les femmes ». Il est vrai que les hommes achètent aussi de la lingerie pour leur compagne, mais on n’est pas dans le même registre. Faire la chasse aux slips kangourous, c’est une question de dignité!

Bref, on était loin de l’enfance fracassée des frères Kouachi, et quand Thierry Richard, fondateur du « club privé pour hédonistes modernes » Les Grands Ducs (700 membres à Paris) a parlé de « logique de partage et de vivre ensemble une expérience », je me suis demandé si c’était cela l’avenir de la société française : le vivre ensemble, mais entre soi. Chacun dans son club, sa chapelle, ses références, Saint-Germain des prés ou la cité Curial dans le 19ème, sans velléités de lancer des ponts entre eux.

Marc Beaugé, le chroniqueur style de M, a détendu l’atmosphère en avançant que l’humour pouvait être une façon de toucher une cible masculine moderne (je ne disais pas autre chose dans un récent article pour Le Journal du dimanche). « Pour être élégant dans la vie et dans le vêtement il faut une touche d’humour. C’est une forme d’intelligence, un art de vivre. » On en revenait à la satire et au second degré des dessinateurs de Charlie Hebdo, si mal compris quand on ne connait pas leur parcours et leurs intentions. Le sens de l’humour, l’ironie, la pirouette, c’est non seulement une façon de désamorcer l’absurdité de l’existence, mais c’est une façon de se parler. Rire ensemble, c’est se comprendre (note pour plus tard : relire Le Rire de Bergson).

Mais ne pas comprendre l’humour de l’autre ou pire, ne pas avoir du tout le sens de l’humour, c’est la certitude d’une incompréhension totale et hélas, parfois fatale. Faut-il s’interdire un bon mot pour ne pas risquer de blesser quelqu’un? La satire et la caricature ne vont-elles être réservées à quelques cercles avertis, dans des publications que l’on va s’échanger sous le manteau pour échapper à la caisse de résonance des réseaux sociaux? Comme on dit, « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Quand ce « n’importe qui » devient Facebook et ses millions d’utilisateurs, cela devient difficile de choisir ses interlocuteurs. On pourrait dire aussi « Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres ».

Là encore, Marc Menasé de Menlook a fait redescendre tout le monde sur terre en témoignant que « l’humour européen était tout à fait incompréhensible pour les clients chinois. Pour eux, on s’en tient à un discours très premier degré. » Est-ce à dire que les Chinois n’ont pas le sens de l’humour? Bien sûr que non, mais ils n’ont pas le même humour que nous, surtout en ce qui concerne leur style. Après des années de col Mao, on peut envisager qu’ils n’aient pas envie de rigoler avec ça. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas se comprendre par ailleurs. Pour revenir à la Bible, c’est un peu la métaphore de la tour de Babel : on peut la lire comme une malédiction (les hommes condamnés par Dieu à ne pas se comprendre) ou une chance (l’altérité comme condition pour apprendre à vivre ensemble). Par exemple, on peut ne pas comprendre le boxer de Justin Bieber, mais on peut apprendre à vivre avec!

How did we get to this? Where do we go from here?

Comment réunir dans un même article Charlie Hebdo, Eric Zemmour, Patrick Modiano et Arnold Schwarzenegger? Démonstration avec l’article paru le 11 janvier dans le Sunday Herald.

Since Wednesday at 11.30am, France has been at a standstill.

Each day, each hour almost, has brought a new ­milestone, ­unprecedented in recent memory. Journalists shot in their office during an ­editorial ­meeting. A policeman executed at close range in the street. Place de la ­République in the heart of Paris transformed into a local Ground Zero, covered in flowers, candles, ­drawings – and pens. A quiet village in Picardy, north of the capital, under siege. ­Shoppers held hostages in a ­popular kosher supermarket just before ­Shabbat, four of them dead. Children locked inside their schools.

All of this in France, in 2015. It seemed eerie, like an episode of 24 or Homeland. Friday was particularly surreal, when two hostage crises took place at the same time. For a few hours, the world was holding its breath. Across Paris, people called their loved ones to check if they were safe. Parents had to collect their kids at the school gate; sometimes they were asked to sign a register. A column of police cars would suddenly pass by with blaring sirens. You would find yourself saying to friends « be ­careful » as well as « Happy New Year ».

Among the madness, you would catch a snippet of news like something out of a crazy Hollywood script: Arnold Schwarzenegger is ­subscribing to ­Charlie Hebdo! Over these few days, ordinary lives have been turned inside out, right on your doorstep, when you should have been listing your new year resolutions and kicked off the sale season. And all the time, citizens would ask, « How did we get to this? », « What can we make of this? » and « Where do we go from here? »

There is a strange feeling in France at the moment that things had been ­building up over the years; that a conjunction of causes and events have made this tragedy possible.

In 2011, Charlie Hebdo was the subject of an arson attack and its editor was placed under police protection, a shock in the country of the freedom of press. That came after publication of a special issue renamed « Charia Hebdo » in which Prophet Mohammed was shown stating: « 100 whiplashes if you don’t drop dead laughing. »

In 2012, Mohammed Merah, a French-Algerian from Toulouse, killed three soldiers and four other people – ­including three children – at a Jewish school.

In May 2014, the killer of three people at the Jewish Museum in Brussels turned out to be Mehdi Nemmouche, another French-Algerian from Roubaix, near the Belgian border.

Both were described as young men with a history of petty crime who ended up at some point in Pakistan and Syria. They were called « lone wolves » and « freaks ». It turned out they were ­organised on an international level.

Then in September 2014, Hervé Gourdel, a mountain guide from Nice, was held hostage and executed while ­trekking in Algeria by a group linked to the Islamic State group.

France has the largest Muslim community in Europe, estimated at five million people, or two million ­regular worshippers. As a secular republic, public affairs and religions are separated by law in this country.

Yet parts of the French Muslim community feel segregated, stigmatised – it is forbidden to wear an Islamic veil in schools and in public service roles. Charlie Hebdo was a strong supporter of secularism and derided all religions. Some deemed it racist. Under the ­influence of radical ­Islamism ­represented by al-Qaeda and IS, a minority estimated at 1000 jihadists is ready to take up arms against French values.

« There is a French complex towards its immigrant population that has never been tackled by authorities, » said ­Christophe Ginisty, a blogger and specialist of online reputation. « Former president Nicolas Sarkozy tried to do something when he launched a debate on national identity in 2009, but it ­backlashed into a debate about the place of Muslims in France.

« French society needs to do its own psychoanalysis or nothing will change. We need a major soul-searching at all levels about what it entails to live together, and it’s not up to the state to organise that, it must come from ­citizens themselves. »

Current president François Hollande is hugely unpopular, in large part because the unemployment rate remains at an alarming 10% of the working-age population. A word was coined – « déclinisme », as in the unstoppable decline of France’s economic and political power.

The frontman of that theory is ­polemist Eric Zemmour, whose essay Le Suicide Français (« French Suicide ») sold 400 000 copies last year, making it the second best-selling book behind Valérie Trierweiler’s account of her break-up with the president.

Meanwhile, the far-right National Front has called itself « le premier parti de France » (« France’s first party »), with 25% of the vote in the latest European election. Its leader, Marine Le Pen, is credited for projecting a more modern image and is cashing in on the fear of downgrading among working- and middle-class voters. Amazingly, the French regularly stand out as one of the most pessimistic people in the world, according to a survey by US think tank the Pew Research Center published last September.

and yet France has a lot to boast about: its aeronautics and luxury industry, its vibrant cultural scene. Last year, it scooped two Nobel Prizes, Jean Tirole for economics and Patrick Modiano for literature. Only this week it shone at the Consumer Electronic Show in Las Vegas, with a cluster of innovative start-ups. The most popular film of 2014 with 12 million filmgoers is the comedy Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?, where a bourgeois couple see their four daughters marrying men from different cultures: a Jew, an Arab, a Chinese man and an African from Ivory Coast. « Just as well you don’t have a fifth daughter, she would have married a Roma, » jokes one of the sons-in-law. A risqué sense of humour not unlike Charlie Hebdo’s that essentially portrays France as it should be proud to be: a mixed, colourful, open-minded nation where all communities respect each other.

For those not born and bred in France, it is difficult to understand the spirit of Charlie Hebdo, a mix of Private Eye, Robert Crumb and schoolboys’ naughty jokes. Commentator Thomas Legrand described it on Friday morning on France Inter, the French equivalent of BBC4: « It is the symbol of a free-thinking movement the French are particularly attached to. This rebellious, moaner, mischievous, irreverent spirit is specific to our country. »

Charlie Hebdo’s political incorrectness doesn’t translate well, but Mathilde, a university lecturer living in Glasgow, tried to explain it to her Scottish friends on Facebook: « The cartoonists who were murdered in Paris were not racists. They were not sexists or misogynists. They were not homophobes. I wish I could find the right words to describe their ­typically French left-wing humour. I grew up reading Cabu’s and Wolinski’s cartoons. Me and my siblings would hide to read them because they were very rude and very exciting. »

Among the outpourings of condolences surrounding the death of the beloved artists, someone called Gilda was the most eloquent on the social network: « They were spiritual fathers, such humane people that I can’t accept that they are gone. Cabu was the cartoonist of my childhood, his cheeky smile was a regular fixture on kid’s TV programmes.

« At 12, I discovered François Cavanna [writer and co-founder of Charlie Hebdo in 1969, who died a year ago], a must-read for every teenager. In 1992, I rejoiced at the rebirth of Charlie Hebdo. It was mind-opening, a different view on the news, a literary breath of fresh air. »

The killers of Charlie Hebdo’s staff didn’t understand that sense of humour. Although they were raised in France, they confused caricatures in a struggling paper – « a fanzine », said Luz, one of the survivors and close friends of the deceased – with racism, the contrary of what it was about. And they were ready to kill for it.

Even as the country is coming together in grief, discordant voices are heard in the streets, in ­classrooms, on social media: « It had to be expected », « You don’t insult a religion without consequences ». On Wednesday, near the site of the killings, a grey-haired man lectured a younger passerby who was voicing such an opinion. « If you don’t like it, don’t buy it, nobody forces you to read Charlie Hebdo, » the youth was told. « But you can’t kill people for making drawings. »

It is 2015, in France, the country of Voltaire and Victor Hugo, and you have to explain freedom of speech to the young generation. Two days later, in the same spot, as news of the hostage crisis in nearby Porte de Vincennes broke, a young woman with a fair complexion said calmly: « My husband is from Mali, he’s Muslim and I will vote Marine Le Pen in the next election. Back in Mali, his uncle had his hand cut off by Daesh [IS]. You can’t compromise with these people. I wish we had the death penalty. »

The victims of Charlie Hebdo were as far removed from these views as could be. Yet their pens were ­helpless against the rifles of fanatics. So where do we go from here?

Marc is the head of a business school. In his job, he has seen third-generation immigrants creating successful ventures « but the media don’t talk about it. Mohammed Merah [who killed seven people in southwestern France in 2012] has become a hero to some, while nobody knows an Arab entrepreneur. We have to break that pattern.

« It is important that leaders of the Muslim community in France – clerics, artists, sport and business personalities – stand up against terrorism and say, ‘Not in my name, they don’t represent us, they can’t divide us’. It is strategic: against the power of influence of extremists, they have to display a counter-power. They have to show young, deprived members of their community that terrorists are scum. Some object that innocent citizens shouldn’t have to wear the burden of the mad acts of fanatics. ‘Pas d’amalgame’, they say, ‘No confusion between peaceful and hateful Islam’. But silence brings doubt. In this place and time, it is ­irresponsible to take a back seat. »

Back to Place de la République, the starting point for the demonstration planned for this afternoon, people stand in line to sign a register of condolences. Among teddy bears and incense sticks, strangers have written powerful messages: « Liberté, égalité, dessinez, écrivez » (« liberty, equality, draw, write »); « Be a free man, don’t have certitudes »; the letters « Charliberté » moulded in clay. Under the cold rain, it feels incredible that art, education, freedom are values that have to be reaffirmed over hate, ignorance and violence. In France, in 2015.

Mon Paris blessé

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Place de la Nation, le soir du 11 janvier – photo P.C.

« Journaliste lifestyle, art de vivre, air du temps », pour moi ce n’est pas seulement tester des vernis à ongles et fréquenter de beaux hôtels. Depuis que je travaille en indépendante, c’est la volonté de célébrer les créateurs et les entrepreneurs, ceux qui font de la France un pays reconnu dans le domaine du luxe. C’est le choix revendiqué de parler de ce qui marche et de lutter contre l’idéologie décliniste qui mine l’état d’esprit du pays et le pousse vers les extrêmes. C’est interviewer le chef Guy Martin, le pâtissier Pierre Hermé, la sommelière Caroline Furstoss qui font honneur à la gastronomie française. C’est rencontrer Jean-Claude Ellena, Michel Almairac et Thierry Wasser, des artistes du parfum. C’est s’ouvrir l’esprit à la Fondation Vuitton et la Fondation Cartier. C’est décrypter les logiques de communication de Chanel et de Dior, des symboles de l’excellence française. Pour moi, ce n’est pas futile. C’est la France qui innove, qui exporte et qui crée des emplois.

Aujourd’hui c’est difficile de penser à autre chose que les victimes de Charlie Hebdo, de Montrouge et de la porte de Vincennes. Ces tragédies sont trop proches de moi. Sentimentalement d’abord, parce que je lisais Charlie Hebdo lorsque j’étais étudiante, parce que Cabu était le complice moqueur de Dorothée dans les Récré A2 de mon enfance, parce que je me délecte des rébus littéraires d’Honoré. Géographiquement aussi, parce que sur ce boulevard Richard Lenoir où un policier en VTT à terre a été abattu, j’emmenais mes enfants faire du toboggan dans le jardin juste en face. Parce que la porte de Vincennes, c’est chez moi à quelques mètres près, le symbole du retour à la maison quand je rentre de l’aéroport. Parce que la place de la Nation, c’est le quartier où je vis, un lieu chargé d’histoire habitué à l’effervescence des manifs mais aussi un carrefour quotidien, commerçant, que l’on traverse en toute insouciance.

Parce que j’ai trop d’amis de toutes confessions pour me dire que cela doit être brandi comme un étendard. Pour moi c’est une évidence, la France est multiculturelle, la mixité sociale une condition pour élever les enfants dans l’ouverture aux autres, la laïcité un socle pour vivre ensemble dans le respect mutuel. Que des dessinateurs pacifiques dans un pays démocratique deviennent des martyrs de la liberté d’expression, que des rues familières se transforment en décors de scènes de guerre, que les valeurs de mon pays doivent être réaffirmées face aux agressions de fanatiques, 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, je n’arrive pas à le réaliser. Il me faudra du temps avant de pouvoir regarder le Paris que j’aime, les rues où je vis, sans penser à ces vies brisées.

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Des fleurs, des bougies et des stylos. Place de la République – photo P.C.

Paris a souffert maintes fois dans le passé. Le Journal d’Hélène Berr, qui a donné son nom à la médiathèque locale, Dora Bruder de Patrick Modiono, notre Prix Nobel de littérature dont nous sommes si fiers, ont décrit ce quartier du 12e arrondissement où des enfants juifs ont été arrêtés. 70 ans plus tard, on meurt encore parce qu’on est juif en France. Il y a eu Toulouse, maintenant Paris. Comme me l’a souligné une amie : « La démocratie n’est pas un acquis, c’est un combat qui ne s’arrête jamais ». Nous l’avions oublié. Il va falloir recommencer à se battre.

Parmi la foule qui affluait sur la place de la Nation ce dimanche qualifié d’historique où près de 4 millions de personnes sont descendues dans la rue, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir dans un film de science-fiction. Bien sûr c’était indispensable que l’on soit le plus nombreux possible, mais pour moi c’était un cauchemar éveillé. Le pire est déjà arrivé, le prix à payer est trop élevé pour se réjouir de cette démonstration d’unité. Quand la réalité se met à ressembler à un roman de Michel Houellebecq, auteur génial mais au nihilisme épuisant, les temps sont durs pour les humanistes. 

Pendant cette marche, j’ai vu beaucoup de drapeaux tricolores, entendu quelques Marseillaises. Ce n’est pas l’esprit Charlie, mais il était plus que temps que les démocrates se réapproprient les symboles de la République annexés par des extrêmes dont je n’ai même pas envie de citer le nom. Il n’y a qu’en France qu’on a honte d’afficher son drapeau. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, ce sont des signes cool que l’on arbore en T-shirt sans connotation ambiguë. Les paroles de la Marseillaise sont belliqueuses, mais c’est le fruit de notre histoire, qui ne doit pas être réservé qu’aux matchs de foot. C’est le moment d’exprimer notre respect pour nos institutions, écoles, éducateurs, policiers, juges, qui sont bien démunis pour endiguer l’endoctrinement qui sape certains quartiers. Bien loin, et en même temps tout près, de la place de la Nation.

Enfin, si cette tragédie m’affecte en tant que citoyenne, elle me touche aussi en tant que journaliste. Non seulement une rédaction a été décimée en faisant son travail (vertige) mais j’ai couvert les événements pour les journaux écossais -indépendantistes, je précise- The National et The Sunday Herald. Expliquer à des lecteurs non français ce qu’est Charlie Hebdo, faire ressentir la folie de ces journées irréelles, tout en les vivant intimement au pied de chez soi, c’est une expérience que je n’oublierai jamais. Je mets ici le lien vers l’article du Sunday Herald où le professionnel se mêle au personnel.

Alors ce dimanche, quand les notes d’une cornemuse jouant Amazing Grace se sont mises à résonner sur la place de la Nation au crépuscule, la Franco-Ecossaise que je suis n’a pas pu s’empêcher d’y voir un signe. L’internationale des gens de bonne volonté.