Design et cuivre, le bon alliage

Le cuivre, c’est le détail design qui n’a l’air de rien mais qui change tout. Deux marques de cosmétiques l’utilisent avec subtilité, l’élevant au rang de nouveau code du luxe.

Chez Codage, créée par la fratrie Amandine et Julien Azencott, la charte graphique est majoritairement noir et blanc, en cohérence avec son inspiration pharmaceutique déclinée dans la boutique de la rue du Trésor à Paris. Mais dans le laboratoire et l’espace institut, le cuivre martelé apporte la juste touche de couleur et de chaleur. Une identité visuelle signée de l’agence 7 Lieux.

IMG_0235

Derrière le comptoir d’accueil, un mur façon tableau périodique des éléments, en lien avec les ingrédients des formules personnalisables

IMG_0231

Tout en transparence, le mini-laboratoire fait apparaître le mur cuivré de l’institut

IMG_0239

Le métal vient réchauffer le code couleur noir et blanc, synonyme de rigueur scientifique

Cha Ling l’esprit du thé vient tout juste d’éclore au sein du groupe LVMH. Cette marque de cosmétiques franco-chinoise, formulée autour d’une variété ancestrale de thé du Yunnan, se veut respectueuse de la nature et de la peau. BETC Design a créé le logo et les packagings, avec de nombreuses références à la culture chinoise : idéogrammes traditionnels, volutes évoquant l’infusion du thé, toucher céramique, couleurs blanc, vert, rouge et ce qu’il faut de cuivre pour rappeler les théières traditionnelles. L’effet est apaisant, élégant, haut de gamme (jusqu’à 250 euros le masque de printemps), précurseur d’une nouvelle forme de luxe, transculturelle et concernée par la biodiversité.

IMG_0431

Chez Cha Ling, nouvelle marque franco-chinoise du groupe LVMH, le cuivre rappelle les ustensiles traditionnels chinois

IMG_0427

Blanc et cuivre, un contraste apaisant dans la salle de bain

IMG_0430

Un univers à retrouver au Bon Marché Rive Gauche

J’ai traité des projets de Codage en pharmacies dans le numéro de février de Pharmacien Manager et du lancement de Cha Ling dans Le Journal du dimanche du 24 janvier.

Toutes les photos : P.C.

Publicités

Les bonnes idées de la semaine #5

Pas de date de parution attitrée pour cette chronique, je publie au gré de mes découvertes. Cette semaine j’ai aimé Ai Weiwei au Bon Marché, le blog A la recherche du pain perdu et le film L’odorat.

Ai Weiwei au Bon Marché

J’admire beaucoup l’oeuvre d’Ai Weiwei, artiste engagé, révolté, assigné à résidence. Je me souviens de sa caméra de surveillance en marbre à la Collection Lambert, dans le cadre carcéral de la prison Saint-Anne à Avignon. Le Bon Marché à Paris lui a commandé une série d’oeuvres exclusives, structures de bambou et de soie représentant des personnages de contes chinois. Les créatures sont suspendues au-dessus de l’espace beauté du grand magasin et c’est drôle de voir un buffle ou un cochon tendre leur museau ou leur postérieur sur les enseignes chics de Serge Lutens ou Carita. Un dragon géant, qui n’a pas la connotation négative des fables occidentales, se déploie en rez-de-chaussée.

Les touristes chinois ne seront pas offusqués par cette installation qui rend hommage à l’artisanat d’art chinois, même si Ai Weiwei a confié vouloir dénoncer la censure pratiquée par la Révolution culturelle contre les traditions ancestrales. A l’issue de l’exposition, les oeuvres rejoindront Berlin, où l’artiste réside désormais, à l’exception d’une seule qui restera la propriété du Bon Marché.

IMG_0489Lors du vernissage de l’exposition, le 18 janvier, Le Bon Marché avait organisé une soirée féérique baignée dans la brume au son de Chopin joué par une pianiste. Ai Weiwei était présent et se prêtait volontiers aux selfies avec les invités. Je me suis tenue à l’écart de l’exercice, chacun ayant à coeur de publier sur les réseaux sociaux sa photo avec l’artiste-people du moment. Je préfèrerais l’interviewer ou passer du temps dans son atelier plutôt que d’échanger trois mots dans une soirée mondaine, mais je reconnais avoir été émue de le voir « en vrai » comme j’aimerais approcher Anish Kapoor ou Christian Boltanski.

Un grand magasin de luxe qui pratique le mécénat d’art contemporain, faut-il s’en réjouir ou le regretter? Nul doute que l’opération attirera des touristes étrangers amateurs d’art, déjà dans la cible du Bon Marché, mais rien n’empêche les visiteurs d’admirer les oeuvres sans acheter, d’autant que les vitrines accueillent aussi l’artiste jusqu’au 20 février. Quand l’art est dans la rue, il n’y a pas d’excuse pour ne pas passer le voir!

Exposition Er Xi, Air de jeux, jusqu’au 20 février au Bon Marché Rive Gauche, 24 rue de Sèvres 75007 Paris.

Le blog A la recherche du pain perdu

C’est le meilleur nom de blog que je connaisse et il annonce bien la couleur : parler à la fois de cuisine et de voyages, deux de mes passions. Je l’ai découvert au hasard d’un fil de commentaires sur Instagram et je suis sous le charme de ses photos qui donnent l’eau à la bouche et l’envie de préparer sa valise illico. Fabienne, son auteur, est d’origine chinoise et connaît bien l’Asie. Comme moi, elle est freelance, vit à Paris, a vécu à Glasgow, ce qui explique peut-être pourquoi je suis sensible à son oeil et à sa plume. Ses bonnes adresses à Paris sont dignes de confiance et ses visites hors des sentiers battus comme dans le quartier musulman de Xi’An valent le détour. Un blog à déguster tout chaud!

Le documentaire L’Odorat

J’ai déjà parlé ici de la nouvelle revue Nez qui paraîtra en avril et à laquelle j’ai le plaisir de collaborer. Encore virtuelle, elle est déjà partenaire d’une sortie de film, le documentaire L’Odorat (Jupiter Films) qui sera sur les écrans le 10 février. J’ai pu assister à une avant-première et pour tout dire, j’en suis sortie avec des impressions mitigées. J’ai trouvé la narration assez décousue. Le réalisateur canadien Kim Nguyen (nommé aux Oscars pour son film de fiction Rebelle) dévie vers l’anecdotique lorsqu’il crée un faux suspense autour de l’ambre gris, ou lorsqu’il donne trop d’importance aux élucubrations du « parfumeur mystique » Guido Lenssen. Il ne manque pourtant pas d’interlocuteurs passionnants, le chef Olivier Roellinger (que l’on aimerait voir aux fourneaux plutôt qu’à son bureau), la spécialiste du thé Yu Hui Tseng ou le sommelier François Chartier. J’ai apprécié aussi le témoignage de la journaliste Molly Birnbaum sur son expérience d’anosmie. Mais comme s’il ne croyait pas suffisamment à son sujet (difficile en effet d’évoquer les odeurs sur un écran), le réalisateur se croit obligé de céder à certaines facilités racoleuses, jusqu’à la scène finale qui frôle le voyeurisme.

Bref, je n’ai pas été entièrement convaincue mais je salue tout de même l’initiative de faire connaître au grand public un sens négligé et des matières premières fascinantes (ambre gris, truffe blanche, safran…). Exactement l’ambition de Nez la revue!

A la recherche du vrai luxe

Selon un récent sondage Opinionway pour le joaillier en ligne Gemmyo, 90% des personnes interrogées jugent que les produits et services de luxe sont inaccessibles pour la plupart des Français. Et elles ont raison : ils ne leur sont pas destinés ! Les sondés ne sont pas dupes, puisqu’ils sont 84% à estimer que le luxe s’adresse en priorité aux touristes étrangers. Il suffit de déambuler dans un grand magasin parisien pour constater que l’on est passé d’enseignes démocratiques (cf. l’ancienne Samaritaine) à des écrins aristocratiques calibrés pour les acheteurs de maroquinerie, d’horlogerie et de parfumerie haut de gamme.

D’un côté, l’évolution est inévitable : les department stores se mettent au niveau de leurs homologues de Londres et de New York, alors que Paris a accueilli presque 17 millions de touristes étrangers en 2013, au coude à coude avec la capitale britannique. Le Bon Marché et le Printemps Haussmann qui flamboient de mille feux n’ont (presque) rien à envier à Harrods ou Saks 5th Avenue.

La maison de luxe britannique Burberry est l’invitée du Printemps Haussmann ce Noël

D’un autre côté, on a de plus en plus l’impression d’un pays à deux vitesses, où l’extrême luxe s’envole vers des hauteurs stratosphériques tandis que la majorité fait la course à la débrouille. Une visite du palace Peninsula, ouvert en août dernier avenue Kléber, suffit à s’en convaincre : c’est un déluge de dorures et de cristal qui se targue de proposer la suite la plus chère de Paris (35000 euros la nuit!?).

20140828_10244020140828_10310820140828_10383820140828_103801

Ayant eu le privilège de faire la visite avec l’architecte en charge du projet, Richard Martinet du cabinet Affine Design (photo ci-dessus), j’ai pu admirer l’excellence des métiers d’art mis à contribution pour la restauration de ce bâtiment construit en 1908 : sculpture sur bois, dorure à l’eau, peintures en trompe l’oeil, toiles marouflées restaurées…. La riche clientèle asiatique est sensible à ces attentions au patrimoine européen, tout comme elle prise l’extrême technologie des tablettes assurant le contrôle des commandes en chambres.

20140828_10472420140828_103233

Patrimoine et high tech, tradition et modernité, ce sont les nouveaux standards du luxe pour cette clientèle internationale. Un article dans M le magazine du Monde du 25 octobre nous apprenait pourtant que les nouveaux palaces d’origine asiatique (Peninsula, Mandarin Oriental, Shangri-La) ne font pas le plein à Paris. L’élite politique et économique leur préfère des établissements old money, Bristol ou George V. Il faut le dire, les groupes chinois n’inspirent pas confiance en termes de sécurité, cette fois c’est Vanity Fair de septembre qui démontrait à quel point la naïveté n’est plus de mise en affaires. Tandis que le Royal Monceau était agité par un conflit social cet automne, le boycott du Meurice et du Plaza Athénée, hôtels propriétés du sultan du Brunei qui a rétabli la charia dans son micro-Etat, a réduit encore l’offre de lieux de rendez-vous fiables dans la capitale.

Alors, où est le vrai luxe ? Dans une griffe voyante ou dans un objet rare? Dans une enseigne clinquante ou dans l’assurance de la discrétion? Dans une démonstration de technologie ou dans un service fluide et efficace? Le luxe à la française (et dans l’hôtellerie il porte les noms d’Accor, Barrière, Baverez) n’a pas dit son dernier mot.