Un peu de couleur dans l’hiver

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Le Joli baume de Clarins, back by popular demand

Froid, vent, grisaille, pollution, l’hiver à Paris est une épreuve. C’est pourquoi je sais gré aux marques de cosmétiques de nous offrir des bulles de bonne humeur lors de leurs présentations maquillage d’été. Les cosmétiques, c’est le petit accessoire futile qui apporte un peu de plaisir dans la vie. C’est aussi un secteur économique. Parmi les informations que j’ai glanées récemment lors des conférences de presse (reprises pour certaines par Challenges) :

-Le fond de teint Nude Magique Cushion est devenu la première référence maquillage de L’Oréal Paris en Asie.

-Givenchy a doublé son chiffre d’affaires maquillage en cinq ans dans le monde, principalement grâce au rouge à lèvres Le Rouge et au Prisme Libre, numéro un des poudres libres en Chine.

-Le Joli baume de Clarins (photo ci-dessus) a été le premier soin des lèvres vendu en sélectif en 2015. Censé rester une édition limitée, il entre au catalogue en 2016.

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Ceci n’est pas un gloss

A part ça on peut continuer à se lamenter sur la France qui tombe. On peut aussi célébrer le maquillage pour ce qu’il est, un univers coloré et créatif. Après avoir conquis les ongles, la couleur arrive sur les cils. Dior et Chanel ont ouvert la voie, Yves Saint Laurent va plus loin avec un mascara présenté dans un tube transparent comme un gloss, révélant des teintes flashy : fuchsia, bleu, vert, or… Des couleurs très Saint Laurent à déposer sur la pointe des cils ou en couche généreuse pour un regard en Technicolor.

Je ne sais pas où va Yves Saint Laurent, mais la licence beauté de L’Oréal Luxe se positionne de plus en plus comme la marque des party girls avec ses égéries Cara Delevingne en maquillage et Edie Campbell en parfum. Un virage très junior assez éloigné de la femme fatale fantasmée par M. Saint Laurent qui passe aussi par quelques produits iconiques comme le pinceau Touche Eclat, le mascara Volume effet faux cils ou le vernis à lèvres Rouge Pur Couture.

Photos P.C.

Les marques de cosmétiques doivent-elles s’inquiéter de la une de 60 millions de consommateurs?

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Le magazine de défense des consommateurs fait sa une du mois d’octobre sur son banc d’essai des produits d’hygiène-beauté, avec un titre anxiogène -« Chassez les molécules toxiques »- et un bandeau accrocheur -« Notre sélection de produits sans danger ». Le dossier intérieur est ravageur pour une marque comme Clarins qui obtient la plus mauvaise note dans deux catégories en raison de la présence d’allergènes et de phénoxyéthanol. Mais aussi pour Colgate qui s’avère contenir du triclosan, une molécule soupçonnée d’être un perturbateur endocrinien et censée être interdite par la Commission européenne. En revanche, le groupe L’Oréal s’en sort bien avec de bons points pour Mixa, La Roche Posay, Vichy et L’Oréal Paris.

L’intérêt de 60 millions de consommateurs est qu’il teste des marques tous circuits de distribution confondus et qu’il les met à égalité en toute indépendance. Avec cette méthode, le roi est nu et la vérité éclate au-delà des discours marketing. Le pouvoir d’influence de ces tests est immense et nul doute que les industriels et les distributeurs vont devoir gérer les inquiétudes de leurs clients. Chaque dossier du mensuel est un exercice de communication de crise pour les marques qui tombent dans son collimateur.

Mais il faut reconnaître aussi que la cosmétique est un sujet vendeur pour le magazine consumériste. 60 millions de consommateurs sait faire « mousser » ses unes sur les crèmes anti-rides premier prix qui s’avèrent les plus efficaces ou sur les crèmes amincissantes qui marchent. Par ailleurs, à ce jeu des gagnants et des perdants, tout est mis dans le même sac. La présence d’allergènes ne concerne que les personnes sensibilisées, et ne précise pas la source de l’allergie. Que des marques bio contiennent des allergènes, c’est compréhensible puisque qu’elles sont souvent à base d’huiles essentielles. Les fabricants qui font valoir qu’aucun conservateur satisfaisant substibuable aux parabens et au phénoxyéthanol n’a été développé ne sont pas audibles. Et les tests ne laissent jamais la possibilité aux mis en cause de répondre.

60 millions de consommateurs apporte une information au lecteur, qui est en demande de décryptage des étiquettes. Ses études sont un instrument de pression sur les marques qui ont fait de gros efforts pour réduire leur liste d’ingrédients ces dernières années. Pour autant, le magazine de l’Institut national de la consommation ne prône pas un mode de vie décroissant et ne milite pas pour le savon de Marseille pour tous. Il a besoin des marques pour continuer à faire ses tests et vendre ses exemplaires. Sa position est donc ambiguë. En attendant que chacun fabrique ses propres cosmétiques (ce qui n’est pas sans risque non plus), les industriels ont encore de beaux jours devant eux.

La beauté bille en tête

20150602_104100On connaissait les collections capsules en mode (dernière en date, Balmain pour H&M). En cosmétique, l’encapsulation est synonyme de protection des molécules actives dans des billes en suspension, qui éclatent à la sortie du flacon. Plus qu’un gadget qui fait joli dans un flacon transparent, c’est une authentique innovation qui préserve la « fraîcheur » des ingrédients jusqu’au moment de leur utilisation. D’autres marques proposent de mélanger à la demande une formule active dans une base neutre, comme My Blend du groupe Clarins, mais l’encapsulation a l’avantage du tout-en-un ne nécessitant aucune manipulation de l’utilisateur.

La société Capsum, fondée il y a sept ans à Marseille, est devenue experte de cette technique revendiquée par Chanel pour son dernier sérum Hydra Beauty, mais aussi Guerlain, La Prairie ou Carita. L’avenir dira si l’innovation survivra à l’effet de mode. Pour l’article que j’ai consacré à la tendance dans Le Journal du dimanche du 24 mai dernier, j’ai interrogé Dominique Laborderie du blog Beauty Decoder, une ancienne cadre de l’industrie cosmétique avec qui j’échange régulièrement et dont les analyses sont souvent bien informées. Elle, elle y croit.

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Article paru le 24 mai dans Le Journal du dimanche