Rencontre avec le gentleman parfumeur Alberto Morillas

IMG_0512

Mon cahier est prêt, je suis toute ouïe… et nez – photos P.C.

IMG_0516

L’homme aux chaussettes mauves

Quel meilleur moyen de commencer une journée que de prendre le petit-déjeuner avec Alberto Morillas? Le maître parfumeur du géant des parfums et arômes genevois Firmenich a composé quelques grands classiques de la parfumerie tels Must de Cartier, Flower by Kenzo, CK One ou encore Pleasures d’Estée Lauder. Sa patte est reconnaissable en toutes, par son utilisation des muscs, une matière passionnante à travailler, « qui s’étire ou se densifie ».

En parallèle à ses travaux de commande, il a créé sa propre marque, Mizensir, un projet qu’il mène en famille, sans pression, pour se faire plaisir. Et l’on sent qu’il a aussi plaisir à partager sur les ingrédients qui lui tiennent à coeur, mêlant les anecdotes personnelles, les formules pleines d’humour et les informations factuelles.

Pour Mizensir, par exemple, il parle de « quelque chose de spontané, comme des amis qui sortent une guitare pour un concert improvisé, à la différence d’une rock star en tournée. » Pour évoquer Little Bianca, la Cologne qu’il vient de créer pour sa petite-fille, ce natif de Séville rappelle qu' »en Espagne, on lave les enfants au parfum ». Lorsqu’il aborde le oud, fil rouge de sa dernière collection, il dit : « C’est comme la licorne, tout le monde en parle mais personne ne l’a vu » ou encore « Comme la paella, tout le monde le fait à sa façon! » Il est aussi passionnant lorsqu’il décrit la Paradisone, « une molécule Firmenich qui rappelle le magnolia » ou le safranol, « une note cuir qui amène une respiration sur le oud ».

Parmi ses dernières créations, j’ai adopté Little Bianca, une merveille de parfum frais et réconfortant à base d’essence de bergamote, d’essence de rose bulgare et d’une touche de vétiver. La terre et le ciel, l’amertume et la légèreté, un équilibre subtil qui évite le cliché enfantin de la fleur d’oranger (100 ml, 190 euros).

Les parfums Mizensir sont distribués à Paris chez Colette, à Cannes chez Taizo. Tous les points de vente sont sur le site internet.

 

IMG_0520

Un indéniable plaisir à partager

James Heeley, an Englishman in Paris

Exif_JPEG_PICTURE

Un jeune homme du Yorkshire – photo DR

James Heeley est un dandy anglais, élégant et bien élevé. Mais la « stiff upper lip » de façade cache un tempérament passionné qui l’a fait passer d’une carrière toute tracée d’avocat à une vocation d’artiste. Design, parfum, ce touche-à-tout autodidacte a débuté en dessinant des vases pour le fleuriste Christian Tortu qui lui a fait rencontrer Annick Goutal et l’a mené aux compositions odorantes. Si ses études de droit lui ont appris la rationalité nécessaire à la création d’entreprise, « j’avais envie de faire quelque chose de créatif » confie le jeune homme dans son bureau du passage du Désir, près de la gare de l’Est à Paris.

Distribuée d’abord chez Colette, sa marque est présente en Allemagne, en Italie et dans des parfumeries indépendantes françaises comme Jovoy et Nose… mais pas encore à Londres, où l’accès aux grands magasins est difficile. Cela devrait changer grâce à un distributeur local.

IMG_0266

Chypre 21, un hommage à un Paris nostalgique – photo P.C.

Son nouveau parfum, après une vingtaine de créations en dix ans, est un chypre, hommage aux premiers parfums modernes signés Coty et Guerlain. Chypre 21, comme XXIe siècle, reprend les ingrédients emblématiques de cette famille olfactive, bergamote, rose, patchouli, mousse de chêne, dans un traitement frais et transparent. Le safran, dénué d’allergènes comme la mousse de chêne pour répondre à la réglementation actuelle, apporte une touche orientale.

« Pour moi, le chypre évoque le chic parisien du 16e arrondissement. J’ai pensé à un glamour rétro, incarné par Grace Kelly ou Elizabeth Taylor. Le chic, ce sont les bonnes manières, le respect des autres, ce qui rend la vie plus agréable. Je suis un peu nostalgique et romantique », reconnaît-il. Dans son quartier hipster du 10e arrondissement, son hommage à Paris résonne joliment comme une passerelle entre les cultures et les générations.

Le Galion reprend le large

Quand on s’appelle Le Galion, on s’expose à des jeux de mots maritimes plus ou moins subtils. Mais la renaissance de cette marque de parfums qui a connu son heure de gloire dans les années 50 à 70 mérite qu’on s’y attarde.

20150907_103912

Présentation presse Le Galion le 7 septembre – photo P.C.

A l’origine de ce retour, il y a la passion pour le parfum de Nicolas Chabot, passé par différentes fonctions chez Dior, Givenchy et Estée Lauder. La rencontre avec la fille de Paul Vacher, créateur de Miss Dior et d’Arpège de Lanvin, mais aussi de Sortilège pour Le Galion en 1936, l’a amené à redécouvrir cette marque oubliée. Fondée en 1930 par le prince Murat, un descendant de Napoléon Ier, elle est tombée en désuétude dans les années 80 après son rachat par le groupe Sara Lee. Comme Jean Patou, elle méritait une seconde vie et c’est le même parfumeur Thomas Fontaine qui orchestre la reformulation des senteurs historiques : Special for gentlemen de 1947, Snob de 1952, Whip de 1953 (un précurseur d’Eau Sauvage), Eau Noble de 1972. Les noms, les fragrances, les flacons nervurés ont ce côté vintage qui plaît tant aujourd’hui. Les visuels publicitaires retrouvés dans les archives témoignent de la modernité de la marque qui collaborait avec les plus belles actrices des années 50 : Marilyn Monroe, Ava Gardner, Lauren Bacall, Grace Kelly.

Pour l’automne 2015, Le Galion réédite Vetyver, une création de 1968, et lance deux fragrances inédites : un Cuir réchauffé d’ambroxan et Aesthète, un cuir persan où l’on reconnaît l’essence de davana et le bois de gaïac (mon préféré). Bon vent au Galion.

*Le Galion est distribué dans les principales parfumeries indépendantes (Colette, Jovoy, Marie Antoinette, Ombres Portées…), ainsi que chez Liberty et Harrods à Londres et dans une trentaine de pays.