Dans les coulisses des fabrications de cosmétiques

Derrière l’aspect glamour des cosmétiques, il y a une réalité industrielle avec des contraintes de fabrication très précises et des contrôles qualité draconiens. Ces derniers mois, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs usines pour découvrir l’envers du décor de ce secteur « made in France ».

Léa Nature près de La Rochelle

L’entrepreneur Charles Kloboukoff est un vrai militant du développement durable qui pense que chaque geste compte, et si son entreprise d’alimentaire et cosmétique bio Léa Nature est marginale face aux multinationales comme L’Oréal ou Unilever, elle contribue à la croissance des rayons concernés en grande distribution. J’apprécie particulièrement cette démarche de proposer au grand public des produits sains et locaux à des prix accessibles. Les tisanes Jardin bio sont de vraies alternatives aux décoctions de pesticides que sont les thés traditionnels, et les cosmétiques So’ Bio Etic passent par des batteries de tests pour entrer dans le cahier des charges d’Ecocert. J’ai consacré un article à la visite du site de production de Périgny-La Rochelle dans Le Journal du dimanche du 11 juin, alors que Léa Nature va ouvrir une nouvelle usine en 2018 pour tripler sa production de cosmétiques bio.

 

 

Episkin à Lyon

Episkin est une filiale du groupe L’Oréal depuis 1997, qui reconstitue de la peau à partir de cellules humaines issues d’opérations de chirurgie esthétique. Cette technologie permet de réaliser des tests d’innocuité des produits cosmétiques sans avoir recours aux expériences sur animaux (totalement interdits dans les cosmétiques au niveau européen depuis 2003). L’Oréal Paris a organisé une visite de ce laboratoire en mars dernier dans un objectif de transparence et de réassurance, mais le retour de bâton a été violent sur les réseaux sociaux, certaines blogueuses lui reprochant d’accepter les tests sur animaux en Chine. En effet, comme le reconnaît la marque, les procédures d’homologation de produits importés en Chine imposent de les tester sur les animaux, et les défenseurs du bien-être animal pointent du doigt les groupes qui s’y plient -c’est-à-dire pratiquement tous, car comment se priver du marché chinois?

Pour ma part, je ne prononcerais pas sur le sujet. Rares sont les marques qui peuvent se permettre de ne pas vendre en Chine, mais les consommateurs militants ont le droit de vouloir être intransigeants sur ce point (même si en cherchant bien on trouvera toujours des raisons de s’indigner dans tous les domaines). Le directeur général France de L’Oréal Paris Mehdi Khoubbane m’a expliqué qu’en concertation avec les autorités sanitaires chinoises, la marque avait déjà supprimé les tests sur les shampoings, les gels douche et le maquillage, et je trouve cette démarche de coopération sur le long terme plus intéressante qu’une posture vertueuse/condescendante. Le débat n’est pas clos.

Mon article sur la politique de tests de L’Oréal Paris est paru dans Le Journal du dimanche du 30 avril.

 

 

Lancaster à Monaco

On n’est pas exactement dans le made in France mais à ses lisières, sur la principauté monégasque où les entreprises s’installent pour d’évidentes raisons fiscales. Lancaster s’y est établi en 1946 et depuis son intégration au groupe Coty il y fabrique notamment les parfums Calvin Klein et les crèmes solaires préférées de la princesse Grace. Dans cet îlot de luxe sous le soleil, il est insolite de trouver une usine à flanc de rocher, où la gravité permet de passer directement de la fabrication des crèmes à leur embouteillage un étage plus bas. J’y étais à l’invitation de Coty, dont la marque Wella est partenaire du festival de télévision de Monte Carlo, et c’était l’occasion de raconter l’intégration des marques de Procter & Gamble qui ont fait du groupe le numéro un mondial des parfums et le numéro trois de la beauté. L’article est paru dans Stratégies le 3 juillet (réservé aux abonnés).

 

 

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La beauté selfie ready

C’est l’obsession du moment, depuis longtemps déjà, mais qui trouve sa traduction dans les propositions des marques. Le selfie partagé sur les réseaux sociaux demande une peau, un maquillage et des cheveux parfaits, et L’Oréal Paris qui conçoit désormais ses développements de produits en fonction des « millennials », les 18-34 ans encore appelés « digital natives », lance des produits adaptés. Sa nouvelle gamme Infaillible Paint annonce la couleur : c’est une palette qui tache, avec des teintes saturées à poser en aplat sur les lèvres et les yeux pour impressionner l’objectif de son smartphone et engranger les likes. La plupart des journalistes trentenaires et quadras avec qui j’assistais à la présentation presse, en octobre dernier, se sentaient dépassées.

L’Oréal Paris pousse encore plus loin la logique en lançant une gamme de coloration pour cheveux conçue intégralement avec des « influenceuses », des blogueuses suivies par des milliers de followers grâce à leurs conseils beauté (certaines ne prennent même plus la peine d’écrire un blog et se contentent de poster des photos sur Instagram, avec tout autant de succès). Colorista propose des teintes rose, mauve, bleu, en teinture permanente ou éphémère, dans des packagings aux effigies des blogueuses elles-mêmes, dont la remarquée Elsa Snakers, du blog elsamuse.

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La semaine dernière, lors de la présentation du nouveau sérum de SkinCeuticals (groupe L’Oréal aussi), le médecin esthétique Maryse Matéo Delamarre confirmait cette tendance parmi les jeunes filles d’une vingtaine d’années qui demandaient des injections d’acide hyaluronique dans les lèvres pour réussir leurs duck faces autoportraits. Un mouvement encouragé par les people face auquel les médecins sont embarrassés, entre la tentation d’accueillir une nouvelle clientèle qu’ils pourront accompagner des années et la nécessité d’éviter certains abus. Dans un article sur la chirurgie esthétique pour le Journal du dimanche, j’expliquais déjà la tendance des jeunes femmes qui réclament le postérieur de Kim Kardashian et Nicki Minaj, parfois contre toute logique physiologique.

Au salon Cosmoprof à Hong Kong, dont je parlais ici, j’ai aussi assisté à la conférence de la spécialiste des tendances Florence Bernardin, qui m’a appris l’existence de cosmétiques pour les utilisatrices de smartphones sujettes non seulement aux agressions par la lumière bleue des écrans mais aussi par le relâchement de la peau dû à l’orientation du visage vers le bas! Par contraste, les adeptes du selfie veulent un bel ovale du visage et se font aider par des outils de massage inspirés de la médecine chinoise. Comment dit-on déjà? On vit une époque formidable.

Cependant je me demande si les marques ne devraient pas déjà anticiper l’étape suivante. Quand on voit que l’influenceuse en chef Kendall Jenner s’est déconnectée d’Instagram pendant une semaine parce qu’elle trouvait qu’elle y passait trop de temps et que Justin Bieber a déclaré qu’Instagram était le diable, le ras-le-bol de la génération Y n’est pas loin et l’on peut s’attendre à une vague de déconnexion -au moins temporaire. De quoi semer la panique parmi les annonceurs qui déboursent des sommes folles pour s’offrir des mentions sur le réseau social propriété de Facebook.

Hong Kong, les tendances cosmétiques à la source

Novembre a été un long tunnel de bouclages, voyages et rendez-vous. C’est décidé, en 2017 je lève le pied. En attendant, retour sur mon séjour express à Hong Kong à l’occasion du salon Cosmoprof Asia du 15 au 17 novembre.

Cosmoprof Asia est un des plus grands salons asiatiques de l’industrie cosmétique avec China Beauty Expo à Shanghai. On y trouve toutes les marques occidentales qui veulent s’implanter en Asie, les marques asiatiques qui veulent faire le chemin inverse et les sous-traitants packaging puisque la plupart des tubes de rouges à lèvres et mascaras présents sur le marché sont fabriqués en Asie.

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La plupart des packagings de cosmétiques présents sur le marché sont fabriqués en Chine, pour beaucoup à Canton – photo P.C.

J’y étais pour le magazine professionnel BW Confidential, fondé par d’anciens du groupe de presse professionnel Cosmedia que j’ai côtoyés lorsque j’étais rédactrice en chef adjointe de Cosmétique Mag. Les cosmétiques me poursuivent, il est vrai qu’il n’y a pas tant de journalistes qui peuvent suivre la beauté avec un angle économique, qui plus est en anglais. Après avoir suivi de près l’arrivée des rituels de beauté japonais et coréens en France (les sérums, les BB creams, cushion creams et autres masques en tissu), il était temps d’aller voir ces tendances à la source, dans le continent qui les a vu naître, et de repérer celles de demain.

Constat : les cushions creams, ces éponges imbibées de fond de teint, sont partout mais l’influence coréenne recule au profit d’une approche plus régionale. En effet les Coréennes ont imposé leur idéal de peau parfaite à coup de rituels de nettoyage précis et de superposition de crèmes (il existe en Corée du Sud des émissions de télévision où l’on voit des stars se démaquiller), mais le climat de Séoul n’est pas celui de Singapour ou de Taïwan. Les Sud-Coréennes aiment un fini brillant sur la peau , un « glow » qui convient à leur temps sec mais qui est incompatible avec des atmosphères tropicales. On voit donc émerger des cushion creams au fini mat sur la peau.

De même la quête de perfection des Coréennes, qui correspond à une éthique nationale et qui passe largement par de la chirurgie esthétique, ne serait s’exporter partout, notamment en France où la « French touch » représente une approche naturelle de la beauté que le monde nous envie. Les Chinoises et les Japonaises non plus n’ont pas les mêmes attentes que les Coréennes, et sont davantage préoccupées par des problématiques de pollution. En Chine par exemple, on ne compte plus les cosmétiques revendiquant des protections contre les particules fines ou la lumière bleue des écrans, tandis qu’au Japon le vieillissement de la population entraîne des développements de produits sur le thème du « positive aging ».

Cependant la culture coréenne reste un modèle à suivre de près, et j’entendais récemment dans une émission sur la K-pop sur J-One que face aux icônes agressives venues des Etats-Unis (les Miley Cyrus ou Nicki Minaj qui s’affichent sans pudeur), l’imagerie plutôt chaste des pop-stars coréennes pouvaient plaire à des pays marqués par la religion, au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud. Pour ma part je suis convaincue que face à une Amérique discréditée par l’élection de Donald Trump, l’Asie jeune, optimiste et digitalisée est le continent qui compte actuellement. D’ailleurs dans le secteur des cosmétiques, on voit émerger des salons professionnels en Thaïlande ou dans les pays du Mekong (Vietnam, Cambodge, Laos, Myanmar) qui ouvrent de nouvelles opportunités aux entreprises. Ainsi l’agence de design française Centdegrés est déjà bien implantée à Shanghai et Hong Kong et partenaire de ces salons, j’en parlais aussi dans Design fax cette semaine.

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Elie Papiernik, président de Centdegrés, et Sandrine Amice, responsable de l’agence de Hong Kong. L’agence de design a compris très tôt le potentiel de l’Asie – photo P.C.

Sinon au rayon tendances on constate toujours beaucoup de masques en tissus imbibés d’actifs, à mélanger au dernier moment comme dans la marque The Oozoo ou connectés pour relever les données de la peau.

Ci-dessous quelques images du salon avec les marques coréennes toujours en force, la présence de Miss Japan herself, un stand français très visible et celui de Schwan Cosmetics, fabricant allemand de crayons de maquillage (le même groupe que les crayons de couleur Schwan Stabilo de notre enfance).

Et même si je n’ai pas eu le temps de faire du tourisme, quelques images volées de Hong Kong sur le chemin du centre des expositions, avec un métro ultra moderne qui donne des recommandations très précises. Pour se rendre à l’aéroport, on peut même enregistrer ses bagages dans le métro, avant de prendre le train express les mains libres. Un autre monde par rapport à notre vieux RER B à Paris!

Un peu de couleur dans l’hiver

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Le Joli baume de Clarins, back by popular demand

Froid, vent, grisaille, pollution, l’hiver à Paris est une épreuve. C’est pourquoi je sais gré aux marques de cosmétiques de nous offrir des bulles de bonne humeur lors de leurs présentations maquillage d’été. Les cosmétiques, c’est le petit accessoire futile qui apporte un peu de plaisir dans la vie. C’est aussi un secteur économique. Parmi les informations que j’ai glanées récemment lors des conférences de presse (reprises pour certaines par Challenges) :

-Le fond de teint Nude Magique Cushion est devenu la première référence maquillage de L’Oréal Paris en Asie.

-Givenchy a doublé son chiffre d’affaires maquillage en cinq ans dans le monde, principalement grâce au rouge à lèvres Le Rouge et au Prisme Libre, numéro un des poudres libres en Chine.

-Le Joli baume de Clarins (photo ci-dessus) a été le premier soin des lèvres vendu en sélectif en 2015. Censé rester une édition limitée, il entre au catalogue en 2016.

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Ceci n’est pas un gloss

A part ça on peut continuer à se lamenter sur la France qui tombe. On peut aussi célébrer le maquillage pour ce qu’il est, un univers coloré et créatif. Après avoir conquis les ongles, la couleur arrive sur les cils. Dior et Chanel ont ouvert la voie, Yves Saint Laurent va plus loin avec un mascara présenté dans un tube transparent comme un gloss, révélant des teintes flashy : fuchsia, bleu, vert, or… Des couleurs très Saint Laurent à déposer sur la pointe des cils ou en couche généreuse pour un regard en Technicolor.

Je ne sais pas où va Yves Saint Laurent, mais la licence beauté de L’Oréal Luxe se positionne de plus en plus comme la marque des party girls avec ses égéries Cara Delevingne en maquillage et Edie Campbell en parfum. Un virage très junior assez éloigné de la femme fatale fantasmée par M. Saint Laurent qui passe aussi par quelques produits iconiques comme le pinceau Touche Eclat, le mascara Volume effet faux cils ou le vernis à lèvres Rouge Pur Couture.

Photos P.C.

Design et cuivre, le bon alliage

Le cuivre, c’est le détail design qui n’a l’air de rien mais qui change tout. Deux marques de cosmétiques l’utilisent avec subtilité, l’élevant au rang de nouveau code du luxe.

Chez Codage, créée par la fratrie Amandine et Julien Azencott, la charte graphique est majoritairement noir et blanc, en cohérence avec son inspiration pharmaceutique déclinée dans la boutique de la rue du Trésor à Paris. Mais dans le laboratoire et l’espace institut, le cuivre martelé apporte la juste touche de couleur et de chaleur. Une identité visuelle signée de l’agence 7 Lieux.

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Derrière le comptoir d’accueil, un mur façon tableau périodique des éléments, en lien avec les ingrédients des formules personnalisables

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Tout en transparence, le mini-laboratoire fait apparaître le mur cuivré de l’institut

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Le métal vient réchauffer le code couleur noir et blanc, synonyme de rigueur scientifique

Cha Ling l’esprit du thé vient tout juste d’éclore au sein du groupe LVMH. Cette marque de cosmétiques franco-chinoise, formulée autour d’une variété ancestrale de thé du Yunnan, se veut respectueuse de la nature et de la peau. BETC Design a créé le logo et les packagings, avec de nombreuses références à la culture chinoise : idéogrammes traditionnels, volutes évoquant l’infusion du thé, toucher céramique, couleurs blanc, vert, rouge et ce qu’il faut de cuivre pour rappeler les théières traditionnelles. L’effet est apaisant, élégant, haut de gamme (jusqu’à 250 euros le masque de printemps), précurseur d’une nouvelle forme de luxe, transculturelle et concernée par la biodiversité.

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Chez Cha Ling, nouvelle marque franco-chinoise du groupe LVMH, le cuivre rappelle les ustensiles traditionnels chinois

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Blanc et cuivre, un contraste apaisant dans la salle de bain

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Un univers à retrouver au Bon Marché Rive Gauche

J’ai traité des projets de Codage en pharmacies dans le numéro de février de Pharmacien Manager et du lancement de Cha Ling dans Le Journal du dimanche du 24 janvier.

Toutes les photos : P.C.

Cha Ling, nouvelle marque chez LVMH

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Cha Ling est lancé en avant-première au Bon Marché avant Hong Kong à la fin du mois – photo P.C.

Aujourd’hui dans Le Journal du dimanche, je relate la création de la marque de cosmétiques Cha Ling l’esprit du thé au sein du groupe LVMH. Il est rare qu’un grand groupe coté prenne le risque de lancer une marque de toute pièce, et c’est tout à l’honneur de Laurent Boillot, le président de Guerlain, d’avoir convaincu ses actionnaires, certes avec un risque limité puisque les équipes en interne ont piloté le projet. Lancé en avant-première au Bon Marché, Cha Ling est en ligne avec la clientèle du grand magasin, avec des crèmes à 150 euros et des masques à 250 euros, mais l’approche franco-chinoise et développement durable incarne de nouveaux codes du luxe sans ostentation. Une initiative à suivre.

Focus sur les parapharmacies

Le circuit menace les pharmacies sur les ventes de produits d’hygiène-beauté. Mais les officines n’ont pas dit leur dernier mot. Une enquête définitive parue dans Pharmacien Manager de décembre 2015.