Trois parfums : Blanc

Quoi de neuf dans les parfumeries? Non, je ne parlerai pas de Sauvage de Dior ni du parfum de Zlatan Ibrahimovic (ça viendra). Les préparatifs des fêtes de fin d’année ont déjà commencé et si Bing Crosby rêvait d’un Noël blanc, les amateurs vont pouvoir se régaler de parfums couleur de flocon.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une nouveauté puisque l’on connaît déjà Blanc de Courrèges, l’Eau de Lacoste L.12.12 fraîche comme un polo de tennisman et surtout White Musk de The Body Shop qui évoque irrésistiblement l’odeur de draps propres. Mais trois nouveautés sorties cette année donnent une nouvelle interprétation de la teinte virginale.

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La plus convaincante est l’eau de parfum Narciso de Narciso Rodriguez qui se présente dans un flacon laqué de blanc à l’intérieur, une prouesse du verrier SGD. La couleur opaque et la forme cubique du flacon font écho au sillage boisé de la composition d’Aurélien Guichard (vétiver, cèdre blanc, cèdre noir), pour créer un parfum affirmé, certainement pas une bluette pour jeunes filles. Je ne suis pas fanatique des muscs sensuels crémeux mais c’est la signature olfactive de Narciso Rodriguez, à prendre ou à laisser.

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Patchouli de Réminiscence est un classique infatigable, très marqué par les années 70 mais qui garde une base de fans et résiste aux mastodontes du marché sans budget publicitaire. La marque en propose une version blanche signée Fabrice Pellegrin, plus lumineuse, moins sombre, moins hippie en somme! La sortie en octobre arrive à point nommé pour Noël, dans un étui blanc élégant.

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L’Eau en blanc édition perles de Lolita Lempicka date déjà du printemps dernier, en pleine saison des mariages et sa composition poudrée évoque autant la meringue de la mariée que les dragées distribuées aux invités. C’est l’excellente Annick Menardo qui l’a créée, donc on s’incline. A noter qu’il s’agit à chaque fois de parfumeurs Firmenich, un hasard sans doute.

Au final, le blanc a bien des traductions en parfumerie et n’a pas que des connotations de pureté. Et pour vous, le blanc, ça sent quoi?

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Senteurs rafraîchissantes pour l’été

Dans Le Journal du dimanche de la semaine dernière, je signais un article sur les parfums de l’été, à la fois frais et avec un sillage tenace. Une sélection rapide en 1,5 feuillet, où j’ai mis en avant l’arrivée d’un nouveau nom en parfumerie, le couturier Azzedine Alaïa.

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Article paru le 28 juin dans Le Journal du dimanche

J’ai été séduite par la fragrance composée par Marie Salamagne, de Firmenich, dans un travail collectif qui associait le créateur lui-même, sa complice Carla Sozzani, Nathalie Helloin-Kamel, la directrice générale des marques de Beauté Prestige International, le designer Martin Szekely, qui a créé le flacon noir surmonté d’une bobine de fil d’or…

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On soupçonne que le processus n’a pas été de tout repos entre les équipes marketing et le rythme du couturier indifférent aux contraintes de temps et de marché. Mais je trouve que le résultat est à la hauteur de sa vision -l’évocation des murs de chaux rafraîchis à grand coup de seaux d’eau froide dans sa Tunisie natale- tout en étant agréable à porter avec son envol de poivre rose en tête et son coeur minéral sans être trop iodé grâce à un juste dosage avec des fleurs (freesia, pivoine).

C’est la Cascalone, une molécule brevetée par Firmenich, qui apporte cette odeur marine que l’on retrouve en filigrane de La Fille de l’air de Courrèges, associée cette fois à la fleur d’oranger par le parfumeur Fabrice Pellegrin. Son odeur un peu vinyle, écho à la mode Courrèges, est moins séduisante à mes narines, mais elle constitue une jolie contribution à la saga de la renaissance de la marque, dont j’ai déjà parlé dans le JDD et sur ce blog. Le lancement en avant-première sur les ventes à bord d’Air France et sur le site ecommerce de la compagnie est une autre manière de mettre la petite maison indépendante dans l’actualité en l’associant à une image d’élégance à la française et de légèreté dont on a bien besoin actuellement.

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Un sujet sur les senteurs vivifiantes de l’été ne pouvait pas passer sous silence Chance Eau Vive de Chanel, un cocktail pamplemousse-orange sanguine signé Olivier Polge, soutenu par une campagne joyeuse de Jean-Paul Goude. Dans les trois cas, la tenue sur peau est assurée par des muscs, ce qui me permet d’écrire que les parfumeurs ont trouvé leur Graal : des parfums frais comme des Colognes mais avec du sillage, une attente des consommatrices lassées des fragrances trop lourdes, mais frustrées par la volatilité des hespéridés.

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Dans ma salle de bain – photo P.C.

Pour ma part, par ces fortes chaleurs, je reviens à mes eaux d’été préférées, l’Eau d’orange verte d’Hermès et Eau de Rochas, mais leur effet est fugace. Pour sa bonne odeur de vacances, même si je ne retournerai pas sur l’île cet été, je reste fidèle à Corsica Furiosa de Parfum d’Empire, une composition autour du lentisque justement récompensée du prix de la Fragrance Foundation. Je recommande aussi les parfums sans prétention vendus à 30 euros en pharmacies de la marque landaise Ixxi : Balade acidulée, Tonnelle gourmande et surtout Or des Sables aux effluves de crème solaire. Vite, une plage!

Courrèges, marque propre

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Après Empreinte, Eau de Courrèges, Blanc et Rose, la marque aux robes trapèzes réédite son parfum In Blue cet automne. Une bonne nouvelle pour les fans d’un jus sorti en 1983 que l’on ne trouvait plus que dans la boutique parisienne, rue François Ier. Le « nez » Nadège Le Garlantezec (Givaudan) a modernisé la fragrance autour d’une lavande baignée d’aldéhydes pour donner un parfum frais, pas ostensiblement féminin, avec « du peps et un côté clean » résume le copropriétaire de la marque Frédéric Torloting. On croirait des onomatopées de bande dessinée : « peps », « clean », « pop », « wizz » !

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Dans les bureaux de Courrèges rue François Ier – photo P.C.

Toute l’identité de la marque créée en 1961 par André Courrèges est là : les petites robes structurées, une fraîcheur des lignes et d’esprit, une insouciance années 60 qui fait du bien dans notre époque morose.

La propreté, c’est aussi une valeur revendiquée par Coqueline Courrèges, l’épouse et muse d’André, dans l’espace consacré à la marque au Mondial de l’automobile, dans le cadre de l’exposition L’automobile et la mode (Porte de Versailles à Paris jusqu’au 19 octobre). Frédéric Torloting me l’avait rappelé lors de notre rencontre cet été, Coqueline (toujours active à 88 ans) a eu l’idée d’une voiture propre, non polluante, en voyant les files d’attente aux stations services lors de mai 1968. Pressentant la raréfaction du pétrole et la montée des préoccupations environnementales, elle a imaginé un véhicule électrique dès 1969. Couples d’artistes et d’ingénieurs, les Courrèges ont toujours allié la technologie et le grain de folie, qui se retrouvent dans leurs vêtements comme dans ces prototypes roulants baptisés successivement Bulle, Zooop ou Exe (voir ici un reportage diffusé sur M6).

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Le stand Courrèges au Mondial de l’auto 2014 – photo P.C.

Ce n’est donc pas une propreté hygiéniste mais une recherche d’épure et d’essentiel qui caractérise Courrèges, marque attachante reprise par deux anciens publicitaires, Frédéric Torloting et Jacques Bungert, respectueux de l’héritage des fondateurs. Je présente leur philosophie et leurs projets dans un article paru dans Le Journal du dimanche du 5 octobre.

Notre avenir est-il dans les archives ?

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Dans les locaux de Perfume Holding à Paris – photos P.C.

Au coeur de l’été, j’ai rencontré Brigitte Wormser, vice-présidente création et marketing de Perfume Holding, une société à capitaux italiens qui gère les licences parfums de Ferrari, Liu Jo, La Perla et, dans les quels pays qui distribuent encore la marque, John Galliano. Elle est aussi propriétaire de la marque britannique Atkinsons, créée en 1799 et dont les archives, par des détours dont l’Histoire a le secret, se sont retrouvées à Parme en Italie. Enfouis sous une couche de poussière, les livres de comptes du début du XXe siècle révèlent des trésors : des commandes du duc de Wellington, de la famille Rothschild et autres aristocrates argentés de l’époque ; des échantillons d’étiquettes dorées à chaud, richement décorées…

Fondée par un certain James Atkinson, la marque a débuté par des baumes à la graisse d’ours parfumés à la rose, d’où le symbole de l’ours que l’on retrouvait en effigie sur les pots et qui revient aujourd’hui sous forme de clin d’oeil dans la communication. Les flacons façon flasques de whisky, certains très kitsch comme celui du Bal des Fleurs, ont miraculeusement traversé les décennies et ont inspiré une nouvelle collection, à découvrir cet automne en exclusivité au Printemps Haussmann.

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De l’officine revisitée Buly aux parfums Patou, du retour de l’Art déco à Maison Martin Morel, j’ai eu maintes fois l’occasion d’écrire sur des marques qui plongent dans leurs archives pour en exhumer des pépites. Ce n’est pas un hasard. « Notre époque est en quête d’authenticité, de la richesse des belles histoires du passé », souligne Brigitte Wormser. C’est ce que j’expliquais déjà dans l’article sur la tendance Art Déco, une période d’effervescence culturelle et artistique dans laquelle notre époque épuisée cherche à se ressourcer.

Cela est encore plus vrai de la Belle Epoque, ère bénie de prospérité et d’innovation célébrée dans l’exposition Paris 1900 au Petit Palais jusqu’au 17 août. De l’architecture au cinéma naissant, de la mode aux découvertes scientifiques, on y ressent un optimisme innocent, qui sera fracassé par la folie de la Première guerre mondiale. On y lit par exemple cette définition de l’élégance parisienne, toujours revendiquée par les maisons de couture contemporaines :

« La Parisienne diffère des autres femmes par une élégance pleine de tact, appropriée à chaque circonstance de la vie ; ses caractéristiques sont la sobriété, le goût, une distinction innée et ce quelque chose d’indéfinissable que l’on ne trouve que chez elle, mélange d’allure et de modernité et que nous appelons le chic. »

Face à un présent déprimant, il est légitime et rassurant de vouloir s’inspirer d’un passé glorieux. Cela vaut aussi pour Courrèges, dont j’ai récemment rencontré les repreneurs et dont l’esprit années 60 a une fraîcheur inaltérée. Mais j’attends avec impatience que cet enthousiasme, cet optimisme, cette gaité s’incarnent dans des références actuelles et inventent de nouvelles perspectives d’avenir à notre monde à bout de souffle.

Secouons la poussière ! De l’air !

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Un bon lieu pour s’aérer à Paris : l’esplanade de la bibliothèque François Mitterrand – photo P.C.