Le design management, qu’est-ce que c’est?

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Design, ça fait trop fauteuil Eames. Aujourd’hui, dans les entreprises, on parle de design management. A savoir une méthode de travail qui part des modes de vie des utilisateurs, qui mobilise plusieurs compétences internes et externes et qui développe des produits et services utiles. Comme le disait Herbert Simon, prix Nobel d’économie et gourou des design managers, « le design est un ensemble d’actions qui vise à transformer une situation existante en situation préférable ».

Je fais le point sur le design management à l’heure de l’ubérisation de l’économie dans Stratégies spécial design du 14 avril 2016. Bousculées par les start ups dans les secteurs du transport, de l’hôtellerie, du commerce, les entreprises traditionnelles misent sur cette méthode pour innover, quitte à bousculer les habitudes internes (en général, ça fonctionne quand la direction est convaincue). Orange, SNCF, Accor Hotels, Decathlon en font partie, sur le modèle de leur mère à toutes, Apple.

Egalement dans ce numéro, j’écris sur les nouveaux métiers du design, sur le pack d’eau Evian sans emballage et sur le nouveau portail d’accueil des Deux Alpes.

Et ce n’est pas fini puisque j’ai le plaisir de rejoindre l’équipe de Design Fax, lettre hebdomadaire des professionnels du design, pour suivre l’actualité du secteur. A mon actif  ces dernières semaines (pour les abonnés) : les innovations de Samsung dans l’espace de travail connecté, le portrait du nouveau directeur Vision & Design d’Orange, les mésaventures du Lieu du design, au budget rogné par la région Île-de-France… Ma petite entreprise ne connaît pas la crise.

 

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J’ai testé… Let’s Ride à République

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Studio de fitness ou boîte de nuit? Un peu des deux – photos P.C.

Les clubs de sport sur vélo d’intérieur, autrement appelé indoor cycling, débarquent à Paris après avoir conquis New York et Londres. C’est bien connu, du kale au contouring, la France accueille toujours les tendances avec un temps de retard.

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Nicolas et Jonathan, deux entrepreneurs bien lancés

Bref, après Dynamo Cycling et Club Med Gym, Let’s Ride est le dernier concept à s’installer dans la capitale, entre République et Oberkampf. A l’origine, deux copains venus de la finance, Nicolas Chabrier et Jonathan Garret, 28 ans chacun, qui se sont connus dans la Grosse Pomme. Flairant le potentiel, ils ont convaincu un pool d’investisseurs, BNP Paribas, la BPI et la région de les accompagner dans leur projet, avec l’ambition d’ouvrir plusieurs lieux, en commençant par le centre de Paris. Après le 11e, le 2e arrondissement est dans leur ligne de mire, et une nouvelle levée de fonds est dans les tuyaux pour ce printemps.

 

Le bureau de presse Pascale Venot organisait une séance de découverte quelques jours avant l’ouverture. L’occasion de tester le concept et d’effectuer quelques réglages techniques.

En pleine grisaille parisienne, j’ai donc pris la direction de la rue des Trois Bornes en pensant remplacer avantageusement ma séance de zumba hebdomadaire. J’étais loin d’imaginer ce qui m’attendait.

Plantons d’abord le décor : le premier Let’s Ride est installé dans une ancienne imprimerie dont il a gardé le béton brut, en ajoutant quelques détails chaleureux : un coin salon avec bar à jus Detox Delight et corner Lululemon, mobilier en bois, enseigne au néon, cosmétiques Malin+Goetz, une marque fondée par des anciens d’Aesop, dans les douches au carrelage céladon. C’est l’agence DAS, dirigée par Félix de Montesquiou, un ex de Louis Vuitton, qui a créé ce décor contemporain appelé à devenir un vrai lieu de vie avec des sessions de DJ et des accrochages d’artistes.

 

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Dans le noir, personne ne vous voit transpirer

Dans la salle de sport proprement dite, les vélos d’intérieur sont alignés dans une ambiance de boîte de nuit : pénombre, plafond lumineux conçu par NYX Visual, le label qui a créé le plafond du Badaboum, musique à fond. Nous avons été accueillis par Stephanie Nieman, coach toute en muscles et en blondeur venue de New York, qui nous a tout de suite mis à l’aise : on est là pour se faire plaisir, chacun à son rythme. Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourde! Au bout de 10 minutes, j’étais déjà distancée. Les mouvements s’enchaînent sans temps mort et se déroulent le plus souvent en danseuse, en montant en puissance dans la résistance du pédalier. La musique est censée nous mettre dans un état quasi hypnotique proche de la méditation, quant à moi je n’aspirai qu’à la séance de relaxation finale. Et lorsque la coach de 25 ans nous a hurlé « Soyez votre propre héros aujourd’hui! », j’ai compris que je n’étais pas dans la cible.

 

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Le meilleur moment de la séance

Ne comptez pas zapper la douche à la fin. On sort de là en nage, en ayant perdu autant d’eau que de calories (une bouteille d’Evian et une serviette sont gracieusement proposées pendant le cours). Pour ma part, je me suis jetée sur les chips de kale qui nous attendaient au bar.

Verdict : c’est plus tonique que la zumba. Après une séance de 45 minutes, j’ai eu mal dans des muscles inconnus pendant plus de deux jours. A réserver aux personnes en bonne condition physique, mais je retenterai au printemps pour en avoir le coeur net.

 

J’ai deux places pour une nouvelle session. Qui veut m’accompagner? Je tirerai au sort parmi les candidatures, avec l’aide d’une main innocente bien sûr!

Mode : les coutures craquent!

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Une image du documentaire Dior et moi de Frédéric Tcheng

Ça bouge dans la mode actuellement, et si le secteur peut sembler superficiel, il étonne aussi par sa créativité et sa capacité à se réinventer.

Il y a dix jours, Burberry jetait un pavé dans la mare en annonçant renoncer aux quatre défilés par an au profit de deux, et surtout en faisant coïncider la présentation des nouvelles collections et leur disponibilité à la vente. A partir de septembre prochain, les vêtements seront dévoilés en même temps que leur commercialisation en ligne et en boutiques. Les défilés homme et femme seront aussi fusionnés. Cet article du Monde présente bien tous les enjeux de cette annonce.

Que Burberry soit le premier à aller aussi loin dans la remise en cause de la temporalité des Fashion Weeks n’est pas étonnant. La maison britannique, une des rares à être dirigée par son directeur de création (Christopher Bailey), est habituée aux premières fois : première marque à diffuser son défilé sur Snapchat, première à embaucher un « fils de » (Brooklyn Beckham) pour photographier sa campagne, première à vendre son vernis à ongles en direct pendant son défilé… Elle n’est pas la seule à bousculer le calendrier de la mode. Tom Ford va faire de même dès septembre et Givenchy a déjà présenté ensemble l’homme, la femme, la couture et le prêt-à-porter. Mais c’est Burberry, passé maître dans l’intégration du digital dans le luxe, qui donne le « la » de l’innovation dans l’industrie.

C’est indéniable, quelque chose est en train de se passer sur la planète mode. Le départ précipité de Raf Simons de Dior (cf. le documentaire Dior et moi dont je parlais ici), le burn out de John Galliano avant lui, l’éviction d’Alber Elbaz par Lanvin, soit disant parce qu’il ne tweetait pas assez (cf. cet article de Challenges), toute la starisation jusqu’à épuisement des directeurs artistiques dénote un système qui tourne à vide.

A l’autre extrême, la longévité de Karl Lagerfeld chez Chanel se fait au prix de mises en scène toujours plus grandioses qui entretiennent la légende mais ressemblent aussi à une course en avant. Comment surprendre encore? Cette débauche de décors éphémères a-t-elle encore un sens? Quid des vêtements, et surtout de ceux qui les portent, derrière la super production? Génie ou gabegie, la frontière est ténue.

Dans le même temps, les maisons de couture traditionnelles se font concurrencer sur le terrain du spectacle par les professionnels de l’entertainment, à l’image de Kanye West et Rihanna qui ont fait l’événement lors de la dernière Fashion Week new-yorkaise avec leurs shows respectifs pour Adidas et Puma. On pense ce qu’on veut de l’artiste (sa dernière frasque : faire la manche sur Twitter), mais les images des mannequins immobiles du défilé de « Yeezy », avec leurs vêtements futuristes, sont parmi les plus marquantes du moment. Quant à Rihanna, vraie bosseuse sous ses apparences de party girl, elle aurait fait pleurer la directrice du design de Puma par ses exigences selon cet article du New York Times. Il faut s’y faire, quand Kim Kardashian relance les ventes de la maison Balmain et quand Lily-Rose Depp fait plus parler d’elle au défilé Chanel que les vêtements, on est dans une ère où les people sont aussi importants que les petites mains de l’atelier.

Quel avenir alors pour la couture? Va-t-on vers un ralentissement -du rythme des collections, de l’emballement médiatique, de l’appétit du public? Va-t-on vers un luxe à plusieurs vitesses, celui hyperconnecté d’un Olivier Rousteing et celui plus lent d’un Dior qui fera la part belle à son savoir-faire manufacturier? Ou les marques vont-elles toutes suivre le modèle de Burberry, en mêlant aussi habilement le patrimoine et la hype, la réactivité des réseaux sociaux et le temps long de la belle facture, la qualité des matières premières et la volatilité de l’air du temps? Les Britanniques sont très bons pour concilier le futile et le sérieux, le léger et le profond. Les Français engoncés dans leurs traditions sauront-ils adopter la même attitude décomplexée?

Voici ce qu’en dit Olivier Saillard, le directeur du Palais Galliera et un des meilleurs connaisseurs du sujet, dans le dernier numéro de O, le supplément tendances de L’Obs :

(Les directeurs artistiques) « ne travaillent plus à l’atelier et feraient sans doute mieux de laisser les sacs à main, les boutiques et les campagnes publicitaires à d’autres, pour mieux se concentrer sur leurs collections. Prendre un peu de distance pour mieux revenir à des choses plus territorialisées. On les voit se photographier sur des yachts, partir en voyage d’inspiration à Tokyo (référence explicite à Olivier Roustaing de Balmain et à Riccardo Tisci de Givenchy)… Ils ont perdu les gens de vue. Ils préfèrent s’inspirer d’images que du vêtement lui-même. A part peut-être Azzedine Alaïa ou John Galliano, qui s’intéressent à la technique et peuvent se passionner pour un vêtement ancien, sans que ce soit un marchepied pour une collection à venir. Mais sans doute aussi travaillent-ils trop, au point de pousser certains à la dépression ou au suicide. Ces DA surpayés et surmédiatisés finissent eux-mêmes par se sentir piégés. »

Il reste à souhaiter que la crise actuelle soit libératrice, et que le retour à l’atelier ne soit pas synonyme d’enfermement dans sa tour d’ivoire pour les créateurs sollicités sur tous les fronts.

Quelle pharmacie dans la ville d’aujourd’hui?

Ce mois-ci dans Pharmacien Manager, une interview croisée d’Olivier Saguez et Guillaume Gozé, de l’agence de design Saguez & Partners, sur les mutations de la ville et ses conséquences sur le secteur de la santé. Comment la pharmacie peut-elle évoluer pour répondre aux nouveaux comportements de consommation? Ne pas rester un « sanctuaire » ou une « épicerie »? Ne pas être rattrapée par l’ubérisation de son activité? En innovant pardi!

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Design et cuivre, le bon alliage

Le cuivre, c’est le détail design qui n’a l’air de rien mais qui change tout. Deux marques de cosmétiques l’utilisent avec subtilité, l’élevant au rang de nouveau code du luxe.

Chez Codage, créée par la fratrie Amandine et Julien Azencott, la charte graphique est majoritairement noir et blanc, en cohérence avec son inspiration pharmaceutique déclinée dans la boutique de la rue du Trésor à Paris. Mais dans le laboratoire et l’espace institut, le cuivre martelé apporte la juste touche de couleur et de chaleur. Une identité visuelle signée de l’agence 7 Lieux.

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Derrière le comptoir d’accueil, un mur façon tableau périodique des éléments, en lien avec les ingrédients des formules personnalisables

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Tout en transparence, le mini-laboratoire fait apparaître le mur cuivré de l’institut

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Le métal vient réchauffer le code couleur noir et blanc, synonyme de rigueur scientifique

Cha Ling l’esprit du thé vient tout juste d’éclore au sein du groupe LVMH. Cette marque de cosmétiques franco-chinoise, formulée autour d’une variété ancestrale de thé du Yunnan, se veut respectueuse de la nature et de la peau. BETC Design a créé le logo et les packagings, avec de nombreuses références à la culture chinoise : idéogrammes traditionnels, volutes évoquant l’infusion du thé, toucher céramique, couleurs blanc, vert, rouge et ce qu’il faut de cuivre pour rappeler les théières traditionnelles. L’effet est apaisant, élégant, haut de gamme (jusqu’à 250 euros le masque de printemps), précurseur d’une nouvelle forme de luxe, transculturelle et concernée par la biodiversité.

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Chez Cha Ling, nouvelle marque franco-chinoise du groupe LVMH, le cuivre rappelle les ustensiles traditionnels chinois

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Blanc et cuivre, un contraste apaisant dans la salle de bain

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Un univers à retrouver au Bon Marché Rive Gauche

J’ai traité des projets de Codage en pharmacies dans le numéro de février de Pharmacien Manager et du lancement de Cha Ling dans Le Journal du dimanche du 24 janvier.

Toutes les photos : P.C.

J’ai testé… Paris à trottinette

Après l’Oculus Rift, j’ai répondu à une autre proposition alléchante d’une agence de relations presse : tester une visite de Paris sur une trottinette Micro Mobility. Cette marque suisse fondée par un banquier de Zurich soucieux de se déplacer rapidement incarne le haut de gamme de la planche à roulettes avec des modèles à 200 euros et jusqu’à 900 euros pour sa nouveauté électrique qui file à 25 km/h.

Conçue en Suisse et fabriquée en Chine, robuste et facile à plier (ce qui n’est pas le cas de ses concurrents d’après mon expérience), la Micro est adaptée aux enfants avec ses petites roues qui encouragent les figures freestyle (!) mais aussi aux adultes dans la version grandes roues bien stables et leur système de suspension.

L’agence 187 Com avait invité samedi dernier une poignée de journalistes pour un circuit inédit dans le Paris du street art. Il s’agissait avant tout d’une opération de communication pour faire parler de la marque (je m’y prête volontiers), mais l’agence et son client n’excluent pas de développer un programme de visites touristiques grand public tant l’expérience s’avère ludique. Circuler en trottinette est plus flexible qu’en vélo ou en Segway dans les petites rues du vieux Paris, et s’il faut slalomer entre les piétons et les véhicules de livraison, la formule est bien adaptée à un après-midi en famille. Surtout avec des pré-ados boudeurs…

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Un couple de souris squatte la rue Saint-Denis

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Space Invader nous fait de l’oeil

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La rumeur court…

La visite avec la guide Isabelle de l’organisme Localers, graphiste et spécialiste du street art, nous a menés sur les traces de Space Invader, aux mosaïques bien connues. Mais j’ai découvert d’autres oeuvres fondues dans la ville, telles ces souris en craie ou ces diamants en éclat de verre collés sur les murs. Ou encore ces morceaux de vélo laissés par un passe-muraille invisible. Le tout dans un périmètre compris entre le Marais et le Centre Pompidou où l’oeil attentif pourra repérer une tête de général de Gaulle. A pied ou à trottinette, Paris se visite aussi le nez au vent, car la poésie est au coin de la rue!

Verdict : une idée simple de sortie en famille le week-end. Avec un/e guide qui sait se mettre à la portée des enfants, c’est encore mieux.

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La prochaine fois que vous passez dans le quartier des Halles, levez les yeux

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La visite s’est terminée à la tombée de la nuit auprès de ce bonhomme mélancolique – photos P.C.

Fornasetti Profumi, le maître des illusions

Présentée au printemps aux Arts Décoratifs à Paris, l’exposition Piero Fornasetti a remis à l’honneur cet illustrateur milanais du XXe siècle, popularisé par sa collaboration avec l’architecte Gio Ponti. Ses images qui empruntent autant à la Renaissance qu’au surréalisme continuent d’être éditées par son fils Barnaba et déclinées sous forme de licences d’accessoires pour la maison, dont des bougies parfumées (il faut absolument aller se perdre sur le site internet).

Cette licence gérée depuis Londres par United Perfumes fait travailler des parfumeurs français, comme Olivier Polge, aujourd’hui créateur des parfums Chanel, auteur de la fragrance signature inspirée par les parquets et les papiers d’archives du siège milanais, Otto. Ou Emmanuel Philip, nez des bougies Cire Trudon, qui s’est promené dans les jardins de la maison pour composer la senteur Flora.

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Laurent Delafon, fier président de Fornasetti Profumi – photos P.C.

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Parce que Fornasetti ne fait rien comme tout le monde, la marque a aussi lancé des sphères de diffusion de parfum d’intérieur qui renouvellent les bâtonnets de roseau trempés dans l’huile parfumée : ceux-ci sont épais et teintés à l’encre noire pour leur donner l’aspect du charbon. « Fornasetti est une marque illusionniste », résume Laurent Delafon, le président de la licence. 

Cet automne, la maison lance deux nouveaux décors pour la fragrance Otto : R.I.P., une vanité juxtaposant un visage de femme et un crâne, et Mille Bocche, une succession de bouches qui créent l’illusion d’un flacon cannelé. Mon goût pour le gothique me fait évidemment préférer le premier.

*Les collections Fornasetti se trouvent à Paris chez L’Eclaireur.