Portrait d’Olivier Polge, le « nez » de Chanel

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Article paru le 22 février dans Le Journal du dimanche

Dès l’annonce de son arrivée chez Chanel à l’été 2013, j’ai souhaité tirer le portrait d’Olivier Polge. Comme beaucoup de connaisseurs du parfum, j’appréciais le travail du créateur d’IFF pour Dior Homme, Midnight in Paris de Van Cleef and Arpels ou Repetto. Des compositions caractérisées par les notes poudrées d’iris, une certaine androgynie des  fragrances masculines et une délicatesse qui affleure dans les créations féminines les plus grand public. Les usages de la maison de luxe veulent que les nouvelles recrues gardent le silence le temps de se familiariser avec la culture interne, c’est donc une grande satisfaction pour moi d’avoir pu réaliser cette interview en début d’année, peu après la confirmation de son rôle de créateur des parfums Chanel. Un poste d’autant plus prestigieux et stratégique qu’il y succède à son père Jacques, qui a signé quelques fleurons comme Egoïste, Coco Mademoiselle ou la très réussie Eau Première de N°5. Peu disert, ce qui lui confère une posture à la Patrick Modiano, le jeune homme s’exprime davantage par les molécules parfumées que par les mots mais sa modestie, d’après tous ceux qui l’ont approché, est non feinte. Une très belle rencontre publiée dans Le Journal du dimanche du 22 février.

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Valentin, je te pique ton parfum

On en conviendra, la Saint-Valentin barbe tout le monde, même dans sa version vaguement trash façon 50 nuances de Grey. Je préfère donc m’intéresser dès à présent à des parfums qui sortent au printemps et, surprise, ceux qui m’ont le plus intéressée ces derniers temps sont en majorité masculins. La question du genre est de plus en plus floue, en parfumerie comme ailleurs, et l’on aurait bien du mal à définir ce qu’est un parfum « genré ».

En apparence, tout est clair, en tête des ventes du moment La vie est belle est une bouffée de fleurs sucrées, Invictus un bloc de bois aromatiques. Sauf que… Dior Homme, incarné actuellement par la belle gueule Robert Pattinson, est le plus androgyne des sent-bons avec son coeur d’iris poudrée, et j’ai plus d’une amie qui porte Pour un homme de Caron, un modèle de lavande ambrée. Inversement, depuis que j’ai appris que certains hommes se parfument au Chanel N°5 au Moyen-Orient, j’ai la certitude que les goûts olfactifs transcendent les catégories marketing.

Parmi la production actuelle, sans doute influencés par les évolutions sociétales, j’ai le sentiment que les parfumeurs ont beaucoup plus de marge de créativité au rayon masculin ou mixte que dans les injonctions fleuries-fruitées des fragrances féminines. Sur ce créneau, ces dernières années, je retiens plus volontiers la rose boisée de Marni ou le cuir vert de Bottega Veneta que les bonbons pralinés de Guerlain ou de Nina Ricci. Les marques italiennes seraient-elles plus subtiles que leurs consoeurs françaises? A méditer.

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Ainsi parmi les prochains lancements j’ai eu un coup de coeur pour The Excelsior Bouquet d’Atkinsons, l’ancienne marque anglaise remise au goût du jour par Perfume Holding. Au-delà du jus, c’est tout un ensemble qui fonctionne : un nom exhumé des archives qui fait référence au premier vol transatlantique sans escale, son imaginaire de métal chaud et de veste en cuir souligné d’accents iodés, le flacon profilé comme une flasque de whisky. On sent que le parfumeur Benoît Lapouza s’est fait plaisir à raconter cette histoire sans contraintes de tests consommateurs. « C’est une parfumerie d’émotions, d’évocations, un mélange chaud-froid d’odeurs de décollage et de grands espaces » confiait-il dans le cadre cosy de l’hôtel Daniel en début de semaine. Les deux autres opus de la Collection Légendaire d’Atkinsons qui sort en avril au Printemps Haussmann sont une violette poudrée Love in Idleness signée Fabrice Pellegrin et un Amber Empire surdosé en muscs de Maurice Roucel. Mais c’est définitivement le blouson d’aviateur que je porterai ce printemps.

A suivre, le Campari de Guerlain, le casual chic de Givenchy et un étonnant exercice sur le thème de l’arbre. Lire la suite