Il y a une vie après la Crème de huit heures

Elizabeth Arden fait partie, avec Helena Rubinstein et Estée Lauder, de ces entrepreneuses de la beauté qui ont fondé des empires à la force de leur ambition. Elles ont connu des fortunes diverses. La dernière a eu sans doute la plus belle postérité, en donnant son nom à un groupe mondial dont la famille tient toujours les rênes. Helena Rubinstein fait partie du portefeuille des marques de luxe de L’Oréal, qui ne sait que faire de ce laboratoire d’innovation.

Article paru le 18 octobre dans Le Journal du dimanche

Article paru le 18 octobre dans Le Journal du dimanche

Le sort d’Elizabeth Arden est mitigé. C’est une multinationale qui gère des parfums de célébrités comme Justin Bieber et Britney Spears – et se fait chahuter à Wall Street. Mais c’est aussi le fabricant de la mythique Eight Hour Cream, la crème de huit heures connue pour ses vertus hydratantes. En France, elle n’est même connue que pour cela, alors qu’elle aurait le potentiel d’être un acteur global sur tous les axes (soin, parfum, maquillage).

Pour revenir à l’esprit des Parisiennes, Elizabeth Arden a ouvert un pop up store dans le 16e arrondissement, qui présente toutes ses références et des conseils personnalisés comme au Red Door Spa de Union Square à New York. Elle souhaite aussi développer sa présence porte par porte en signant des exclusivités avec Sephora, Nocibé… J’ai interviewé Axel Lecomte, le DG France, pour l’article paru hier dans Le Journal du dimanche.

La marque a inauguré un pop up store dans le 16e arrondissement - photo Cécile Cellerier

La marque a inauguré un pop up store dans le 16e arrondissement – photo Cécile Cellerier

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Respect, Madame Carven

Les parfums Carven ont été relancés en 2013 par le groupe indépendant Jacques Bogart

Les parfums Carven ont été relancés en 2013 par le groupe indépendant Jacques Bogart – photo P.C.

Le 8 juin dernier, on apprenait le décès de Marie-Louise Carven, doyenne de la haute couture française, à l’âge de 105 ans. Les hommages ont rappelé son goût pour les robes légères de couleur verte, symboles d’espérance au lendemain de la Seconde guerre mondiale, adaptées à son petit format. La créatrice mesurait 1,55m, ce qui est tout de même 8 cm de plus qu’Helena Rubinstein, qui a parcouru le monde sur talons hauts pour vendre ses crèmes de beauté, de Pologne aux Etats-Unis en passant par l’Australie, comme l’a raconté la journaliste Michèle Fitoussi dans sa biographie de référence.

Carven, Rubinstein, Chanel, Estée Lauder, Elizabeth Arden, l’histoire de la mode et des cosmétiques est remplie de femmes à poigne qui ont monté des empires grâce à leur énergie, leur « vista », leur créativité, à une époque où elles n’avaient même pas le droit de vote. Les inégalités hommes-femmes sont un scandale dénoncé à juste titre et pourtant il y a un siècle, des femmes créaient des entreprises, faisaient des découvertes scientifiques, écrivaient, peignaient, sans demander l’autorisation aux hommes. Des femmes d’exception comme il y en a peu dans une génération, sans doute, mais dont l’exemple est suffisamment impressionnant pour permettre toutes les ambitions aux jeunes filles occidentales d’aujourd’hui, qui ont bien moins d’obstacles à surmonter.

Dans mon métier, j’ai souvent l’occasion de rencontrer des femmes actives et créatives, comme la chef Stéphanie Le Quellec, la sommelière Caroline Furstoss ou la directrice artistique Florence Vermelle. Elle n’ont pas un discours revendicatif.  Elles sont elles-mêmes et elles font ce pour quoi elles sont douées, voilà tout. On peut vouloir créer des quotas pour que plus de femmes aient accès aux mêmes responsabilités. On peut aussi décider de parler davantage de celles qui les exercent déjà, pour créer un effet d’entraînement.