Triste postérité

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Dans “Il est avantageux d’avoir où aller”, Emmanuel Carrère reproduit une lettre de 2012 adressée à son “ami” Renaud Camus (ex-ami désormais) où il explique très bien son cheminement intellectuel d’écrivain confidentiel mais admiré à idéologue du « grand remplacement ». La page reproduite ci-dessus se termine par la phrase “ces convictions délirantes restent celles d’un homme intègre, pas d’une crapule”.

La pièce Les Idoles de Christophe Honoré évoquait aussi la figure de l’auteur en rappelant l’attrait qu’il a exercé sur ses lecteurs jusqu’aux années 90 et le dégoût qu’il a suscité ensuite. Christophe Honoré écrit à peu près “si Renaud Camus était mort du sida dans les années 90, il serait resté comme un grand écrivain”. À moins que ce ne soit “si Jean-Luc Lagarce ou Bernard-Marie Koltès avaient vécu, ils seraient peut-être devenus Renaud Camus.” Je ne me souviens pas des termes exacts mais j’ai en mémoire la cruauté du propos car elle m’a frappée, d’autant que j’ai lu le livre de Carrère peu après.

Je n’ai jamais lu Renaud Camus mais je pense que s’il est avéré que l’auteur de l’attentat islamophobe de Christchurch a été inspiré par ses écrits, les familles des victimes devraient porter plainte contre lui. Les idées tuent.

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Le vote FN expliqué aux lecteurs écossais

Correspondante à Paris pour le Sunday Herald de Glasgow en Ecosse, entre deux sujets « légers » sur le luxe et les cosmétiques je me coltine l’actualité pure et surtout dure, des attentats au vote Front National.

C’est ce dernier que j’ai décrypté hier dans un article qui fait la synthèse des réactions à l’adhésion d’un tiers des électeurs aux thèses de l’extrême-droite. Appelons un chat un chat, le Front National est un parti raciste, le vote protestataire a bon dos. En Grèce les électeurs excédés ont apporté leurs suffrages à Syriza qui ne développe pas de rhétorique du bouc-émissaire, si ce n’est contre les autorités financières qui les étranglent. En France, on attend encore une alternative démocratique crédible aux partis traditionnels à bout de souffle.

Je reprends dans l’article les déclarations pleines de bon sens de Raphaël Glucksmann et Hervé Le Bras, et je termine en notant que la peur n’a pas submergé les électeurs du 11e arrondissement, touchés de près par les attentats de janvier et de novembre, qui ont réservé un petit 7,5% au FN au premier tour des élections régionales et 5% au second tour. Une maturité citoyenne qui devrait inspirer les professionnels de la politique. Et que l’on ne me dise pas que les habitants du 11e sont des bobos privilégiés, ce sont des Français comme les autres, avec des problèmes de logement et de fin de mois à boucler.