Rencontre avec le gentleman parfumeur Alberto Morillas

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Mon cahier est prêt, je suis toute ouïe… et nez – photos P.C.

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L’homme aux chaussettes mauves

Quel meilleur moyen de commencer une journée que de prendre le petit-déjeuner avec Alberto Morillas? Le maître parfumeur du géant des parfums et arômes genevois Firmenich a composé quelques grands classiques de la parfumerie tels Must de Cartier, Flower by Kenzo, CK One ou encore Pleasures d’Estée Lauder. Sa patte est reconnaissable en toutes, par son utilisation des muscs, une matière passionnante à travailler, « qui s’étire ou se densifie ».

En parallèle à ses travaux de commande, il a créé sa propre marque, Mizensir, un projet qu’il mène en famille, sans pression, pour se faire plaisir. Et l’on sent qu’il a aussi plaisir à partager sur les ingrédients qui lui tiennent à coeur, mêlant les anecdotes personnelles, les formules pleines d’humour et les informations factuelles.

Pour Mizensir, par exemple, il parle de « quelque chose de spontané, comme des amis qui sortent une guitare pour un concert improvisé, à la différence d’une rock star en tournée. » Pour évoquer Little Bianca, la Cologne qu’il vient de créer pour sa petite-fille, ce natif de Séville rappelle qu' »en Espagne, on lave les enfants au parfum ». Lorsqu’il aborde le oud, fil rouge de sa dernière collection, il dit : « C’est comme la licorne, tout le monde en parle mais personne ne l’a vu » ou encore « Comme la paella, tout le monde le fait à sa façon! » Il est aussi passionnant lorsqu’il décrit la Paradisone, « une molécule Firmenich qui rappelle le magnolia » ou le safranol, « une note cuir qui amène une respiration sur le oud ».

Parmi ses dernières créations, j’ai adopté Little Bianca, une merveille de parfum frais et réconfortant à base d’essence de bergamote, d’essence de rose bulgare et d’une touche de vétiver. La terre et le ciel, l’amertume et la légèreté, un équilibre subtil qui évite le cliché enfantin de la fleur d’oranger (100 ml, 190 euros).

Les parfums Mizensir sont distribués à Paris chez Colette, à Cannes chez Taizo. Tous les points de vente sont sur le site internet.

 

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Un indéniable plaisir à partager

Trois parfums : Blanc

Quoi de neuf dans les parfumeries? Non, je ne parlerai pas de Sauvage de Dior ni du parfum de Zlatan Ibrahimovic (ça viendra). Les préparatifs des fêtes de fin d’année ont déjà commencé et si Bing Crosby rêvait d’un Noël blanc, les amateurs vont pouvoir se régaler de parfums couleur de flocon.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une nouveauté puisque l’on connaît déjà Blanc de Courrèges, l’Eau de Lacoste L.12.12 fraîche comme un polo de tennisman et surtout White Musk de The Body Shop qui évoque irrésistiblement l’odeur de draps propres. Mais trois nouveautés sorties cette année donnent une nouvelle interprétation de la teinte virginale.

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La plus convaincante est l’eau de parfum Narciso de Narciso Rodriguez qui se présente dans un flacon laqué de blanc à l’intérieur, une prouesse du verrier SGD. La couleur opaque et la forme cubique du flacon font écho au sillage boisé de la composition d’Aurélien Guichard (vétiver, cèdre blanc, cèdre noir), pour créer un parfum affirmé, certainement pas une bluette pour jeunes filles. Je ne suis pas fanatique des muscs sensuels crémeux mais c’est la signature olfactive de Narciso Rodriguez, à prendre ou à laisser.

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Patchouli de Réminiscence est un classique infatigable, très marqué par les années 70 mais qui garde une base de fans et résiste aux mastodontes du marché sans budget publicitaire. La marque en propose une version blanche signée Fabrice Pellegrin, plus lumineuse, moins sombre, moins hippie en somme! La sortie en octobre arrive à point nommé pour Noël, dans un étui blanc élégant.

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L’Eau en blanc édition perles de Lolita Lempicka date déjà du printemps dernier, en pleine saison des mariages et sa composition poudrée évoque autant la meringue de la mariée que les dragées distribuées aux invités. C’est l’excellente Annick Menardo qui l’a créée, donc on s’incline. A noter qu’il s’agit à chaque fois de parfumeurs Firmenich, un hasard sans doute.

Au final, le blanc a bien des traductions en parfumerie et n’a pas que des connotations de pureté. Et pour vous, le blanc, ça sent quoi?

Senteurs rafraîchissantes pour l’été

Dans Le Journal du dimanche de la semaine dernière, je signais un article sur les parfums de l’été, à la fois frais et avec un sillage tenace. Une sélection rapide en 1,5 feuillet, où j’ai mis en avant l’arrivée d’un nouveau nom en parfumerie, le couturier Azzedine Alaïa.

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Article paru le 28 juin dans Le Journal du dimanche

J’ai été séduite par la fragrance composée par Marie Salamagne, de Firmenich, dans un travail collectif qui associait le créateur lui-même, sa complice Carla Sozzani, Nathalie Helloin-Kamel, la directrice générale des marques de Beauté Prestige International, le designer Martin Szekely, qui a créé le flacon noir surmonté d’une bobine de fil d’or…

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On soupçonne que le processus n’a pas été de tout repos entre les équipes marketing et le rythme du couturier indifférent aux contraintes de temps et de marché. Mais je trouve que le résultat est à la hauteur de sa vision -l’évocation des murs de chaux rafraîchis à grand coup de seaux d’eau froide dans sa Tunisie natale- tout en étant agréable à porter avec son envol de poivre rose en tête et son coeur minéral sans être trop iodé grâce à un juste dosage avec des fleurs (freesia, pivoine).

C’est la Cascalone, une molécule brevetée par Firmenich, qui apporte cette odeur marine que l’on retrouve en filigrane de La Fille de l’air de Courrèges, associée cette fois à la fleur d’oranger par le parfumeur Fabrice Pellegrin. Son odeur un peu vinyle, écho à la mode Courrèges, est moins séduisante à mes narines, mais elle constitue une jolie contribution à la saga de la renaissance de la marque, dont j’ai déjà parlé dans le JDD et sur ce blog. Le lancement en avant-première sur les ventes à bord d’Air France et sur le site ecommerce de la compagnie est une autre manière de mettre la petite maison indépendante dans l’actualité en l’associant à une image d’élégance à la française et de légèreté dont on a bien besoin actuellement.

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Un sujet sur les senteurs vivifiantes de l’été ne pouvait pas passer sous silence Chance Eau Vive de Chanel, un cocktail pamplemousse-orange sanguine signé Olivier Polge, soutenu par une campagne joyeuse de Jean-Paul Goude. Dans les trois cas, la tenue sur peau est assurée par des muscs, ce qui me permet d’écrire que les parfumeurs ont trouvé leur Graal : des parfums frais comme des Colognes mais avec du sillage, une attente des consommatrices lassées des fragrances trop lourdes, mais frustrées par la volatilité des hespéridés.

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Dans ma salle de bain – photo P.C.

Pour ma part, par ces fortes chaleurs, je reviens à mes eaux d’été préférées, l’Eau d’orange verte d’Hermès et Eau de Rochas, mais leur effet est fugace. Pour sa bonne odeur de vacances, même si je ne retournerai pas sur l’île cet été, je reste fidèle à Corsica Furiosa de Parfum d’Empire, une composition autour du lentisque justement récompensée du prix de la Fragrance Foundation. Je recommande aussi les parfums sans prétention vendus à 30 euros en pharmacies de la marque landaise Ixxi : Balade acidulée, Tonnelle gourmande et surtout Or des Sables aux effluves de crème solaire. Vite, une plage!

Allons revoir si la rose…

Cet article paru ce jour dans Le Journal du dimanche évoque les différentes facettes de la fleur classique, présentes dans les lancements du début d’année, principalement Very Irrésistible l’eau en rose de Givenchy et Roses de Chloé.

C’est la présentation du parfum Kenzo Flower in the air l’année dernière qui m’avait mis la puce à l’oreille (ou la narine en alerte). Alberto Morillas, le maître parfumeur de Firmenich, avait voulu créer une « rose idéale » à base de plusieurs extractions de la fleur : distillation à la vapeur d’eau, infusion à l’alcool, reconstitution de synthèse… C’était déjà son discours lors du lancement de Mademoiselle Ricci, ce ponte de la parfumerie au discours sincère est un grand amoureux de la rose, une fleur galvaudée en apparence mais dont les pouvoirs d’évocation sont infinis, du rouge sang vénéneux de La Fille de Berlin de Serge Lutens au pétale délicat d’une savonnette Marks & Spencer. Lire la suite