Aether, apologie de la chimie

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Un univers envoûtant, garanti sans ingrédients naturels – photo P.C.

J’ai déjà parlé du Galion, la marque de parfums remise à flots par Nicolas Chabot, un ancien de Givenchy. Parce que ce passionné de belle parfumerie n’est pas dans une démarche nostalgique, il lance un projet complémentaire, une nouvelle marque créée ex nihilo autour d’un parti-pris : n’utiliser que des molécules de synthèse.

Aether est un exercice de style autour de l’éther, une matière qui fascine Nicolas Chabot. « C’est le cinquième élément d’Aristote, celui qui tient les planètes entre elles dans l’espace, un symbole de l’âme, un produit médicinal. Comme la cuisine moléculaire, Aether veut montrer que la chimie peut être poétique. »

Apologie revendiquée de la synthèse, la gamme propose cinq compositions abstraites et en même temps riches d’évocations créées avec le studio Flair d’Amélie Bourgeois et Anne-Sophie Behaghel. Muskethanol est l’évocation d’un « sable métallique venu de l’espace » selon cette dernière, avec son assemblage de rose damascena, d’immortelle et d’ambre gris. Carboneum est une nouvelle façon d’exprimer le cuir, avec un effet néoprène amené par le benzoate de méthyle. Rose Alcane est un oxyde de rose sans connotation sucrée. Ether Oxyde démarre par une forte note d’éther presque narcotique adoucie par l’ambroxan. Enfin, Citrus Ester est une explosion d’agrumes censée reproduire l’odeur du Big Bang.

Cinq parfums du futur mis en scène par les superbes photos de Roberto Greco et des textes du journaliste Lionel Paillès, qui démontent les préjugés sur la chimie. Dans le même temps, Le Galion lance deux nouvelles Cologne signées Rodrigo Flores-Roux, l’une de jour, lumineuse et aérienne à base d’orange amère, de chèvrefeuille et de galbanum, l’autre nocturne avec une dominante de lavande et de thym qui rappelle un jardin provençal exsudant ses parfums à la tombée de la nuit. « Le Galion n’est pas vintage, il est intemporel et classique », assure Nicolas Chabot. Aether, lui, est résolument avant-gardiste.

Parfums sur mesure, l’extravagance ultime

S’offrir un parfum à 50 000 euros, est-ce bien raisonnable? C’est en tout cas ce que proposent Guerlain, Cartier et Patou à quelques privilégiés, amateurs d’un luxe non ostentatoire -car pour ce prix-là, ils pourraient s’acheter une montre clinquante ou une voiture de sport. Il est vrai que les clients de ce type de prestation repartent aussi avec un coffret en cuir et un flacon en cristal pour « épater la galerie ».

Ce sont souvent des hommes qui souhaitent faire un cadeau à leur épouse, tel ce riche inconnu qui a commandé une fontaine en cristal à l’effigie d’une rose de son jardin. L’anecdote m’a été rapportée par Stéphanie de Bruijn, qui propose aussi des parfums sur mesure dans sa boutique boudoir éponyme du 7e arrondissement de Paris, aux prix presque accessibles de 6000 à 15 000 euros. Difficile de trouver moins que 3000 euros pour une vraie création sur mesure, comme le promet le studio Flair, qui reconnaît qu’à ce prix-là les tests sanitaires ne sont pas inclus.

Je décris ce domaine peu connu de la haute couture parfumée dans un article paru le 22 octobre dans la rubrique « Affaires privées » de Challenges (l’équivalent du « How to spend it » du Financial Times, pour les CSP+++ qui ne savent comment dépenser l’argent de leurs stock options).

Les parfums intimes de Martine Denisot

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Un rêve devenu réalité – photo DR

Tout le monde n’a pas la chance de faire de sa passion pour le parfum une véritable activité, en créant sa propre marque distribuée au Bon Marché. Tout le monde n’a pas la chance non plus d’avoir eu Jacques Polge, le « nez » de Chanel, comme maître d’apprentissage. Martine Denisot a eu ce privilège, et après une carrière à la communication de l’office de tourisme d’Irlande, elle lance une collection de six fragrances issues de ses souvenirs et des ingrédients qu’elle aime, sous l’intitulé Pour Toujours.

« J’ai toujours eu un goût pour les odeurs, je vis avec des souvenirs odorants, explique-t-elle dans le superbe salon d’angle de son appartement donnant sur les jardins de l’Observatoire. Mais pas de façon nostalgique. Pour moi le parfum est un monde à part, un cocon, un refuge. Je suis attirée par la nature, les choses simples. »

Sa parfumerie est figurative, dans le sens où elle évoque des souvenirs précis, mais elle est aussi très personnelle. Ainsi Graines, à base de graines de carotte, cardamome et orge, retranscrit parfaitement la sensation tactile et olfactive que l’on a lorsqu’on plonge sa main dans un sac de grain. Boule de gomme utilise la lavande Maillette et la fleur d’oranger pour leurs effluves d’enfance. Bootylicious, rond et gourmand, regorge de coing charnu, avec une touche liquoreuse de davana. Tudo Bem! est une caipirinha pour la peau, un cocktail énergisant d’agrumes, de menthe et de gingembre. « C’est un ‘shot’ rapide qui fait du bien le matin. Il n’est pas très tenace, sa macération est courte », précise Martine Denisot.

Pyrus ose le mariage poire-vétiver pour un effet à la fois granuleux et terreux. Khamsin reproduit le souffle chaud d’un vent qui souffle au Liban. On y retrouve l’incontournable oud, mais aussi du narcisse, une fleur rare et chère en parfumerie cultivée dans le Massif Central.

L’ensemble forme une belle déclaration d’intention nourrie des références littéraires de Martine Denisot, épaulée dans ses compositions par Amélie Bourgeois avec qui elle a créé la société Flair. Le flacon, imaginé avec le designer Philippe di Méo, lui-même concepteur des parfums Liquides imaginaires, est surmonté d’un bouchon en porcelaine de Limoges, clin d’oeil au métier de ses arrières-grands-parents. La boucle est bouclée, à l’image du logo, un anneau de Möbius, symbole de l’infini. La collection est appelée à s’enrichir, pourquoi pas d’un hommage à la terre mouillée d’Irlande?