Le Galion reprend le large

Quand on s’appelle Le Galion, on s’expose à des jeux de mots maritimes plus ou moins subtils. Mais la renaissance de cette marque de parfums qui a connu son heure de gloire dans les années 50 à 70 mérite qu’on s’y attarde.

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Présentation presse Le Galion le 7 septembre – photo P.C.

A l’origine de ce retour, il y a la passion pour le parfum de Nicolas Chabot, passé par différentes fonctions chez Dior, Givenchy et Estée Lauder. La rencontre avec la fille de Paul Vacher, créateur de Miss Dior et d’Arpège de Lanvin, mais aussi de Sortilège pour Le Galion en 1936, l’a amené à redécouvrir cette marque oubliée. Fondée en 1930 par le prince Murat, un descendant de Napoléon Ier, elle est tombée en désuétude dans les années 80 après son rachat par le groupe Sara Lee. Comme Jean Patou, elle méritait une seconde vie et c’est le même parfumeur Thomas Fontaine qui orchestre la reformulation des senteurs historiques : Special for gentlemen de 1947, Snob de 1952, Whip de 1953 (un précurseur d’Eau Sauvage), Eau Noble de 1972. Les noms, les fragrances, les flacons nervurés ont ce côté vintage qui plaît tant aujourd’hui. Les visuels publicitaires retrouvés dans les archives témoignent de la modernité de la marque qui collaborait avec les plus belles actrices des années 50 : Marilyn Monroe, Ava Gardner, Lauren Bacall, Grace Kelly.

Pour l’automne 2015, Le Galion réédite Vetyver, une création de 1968, et lance deux fragrances inédites : un Cuir réchauffé d’ambroxan et Aesthète, un cuir persan où l’on reconnaît l’essence de davana et le bois de gaïac (mon préféré). Bon vent au Galion.

*Le Galion est distribué dans les principales parfumeries indépendantes (Colette, Jovoy, Marie Antoinette, Ombres Portées…), ainsi que chez Liberty et Harrods à Londres et dans une trentaine de pays.

A la recherche du vrai luxe

Selon un récent sondage Opinionway pour le joaillier en ligne Gemmyo, 90% des personnes interrogées jugent que les produits et services de luxe sont inaccessibles pour la plupart des Français. Et elles ont raison : ils ne leur sont pas destinés ! Les sondés ne sont pas dupes, puisqu’ils sont 84% à estimer que le luxe s’adresse en priorité aux touristes étrangers. Il suffit de déambuler dans un grand magasin parisien pour constater que l’on est passé d’enseignes démocratiques (cf. l’ancienne Samaritaine) à des écrins aristocratiques calibrés pour les acheteurs de maroquinerie, d’horlogerie et de parfumerie haut de gamme.

D’un côté, l’évolution est inévitable : les department stores se mettent au niveau de leurs homologues de Londres et de New York, alors que Paris a accueilli presque 17 millions de touristes étrangers en 2013, au coude à coude avec la capitale britannique. Le Bon Marché et le Printemps Haussmann qui flamboient de mille feux n’ont (presque) rien à envier à Harrods ou Saks 5th Avenue.

La maison de luxe britannique Burberry est l’invitée du Printemps Haussmann ce Noël

D’un autre côté, on a de plus en plus l’impression d’un pays à deux vitesses, où l’extrême luxe s’envole vers des hauteurs stratosphériques tandis que la majorité fait la course à la débrouille. Une visite du palace Peninsula, ouvert en août dernier avenue Kléber, suffit à s’en convaincre : c’est un déluge de dorures et de cristal qui se targue de proposer la suite la plus chère de Paris (35000 euros la nuit!?).

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Ayant eu le privilège de faire la visite avec l’architecte en charge du projet, Richard Martinet du cabinet Affine Design (photo ci-dessus), j’ai pu admirer l’excellence des métiers d’art mis à contribution pour la restauration de ce bâtiment construit en 1908 : sculpture sur bois, dorure à l’eau, peintures en trompe l’oeil, toiles marouflées restaurées…. La riche clientèle asiatique est sensible à ces attentions au patrimoine européen, tout comme elle prise l’extrême technologie des tablettes assurant le contrôle des commandes en chambres.

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Patrimoine et high tech, tradition et modernité, ce sont les nouveaux standards du luxe pour cette clientèle internationale. Un article dans M le magazine du Monde du 25 octobre nous apprenait pourtant que les nouveaux palaces d’origine asiatique (Peninsula, Mandarin Oriental, Shangri-La) ne font pas le plein à Paris. L’élite politique et économique leur préfère des établissements old money, Bristol ou George V. Il faut le dire, les groupes chinois n’inspirent pas confiance en termes de sécurité, cette fois c’est Vanity Fair de septembre qui démontrait à quel point la naïveté n’est plus de mise en affaires. Tandis que le Royal Monceau était agité par un conflit social cet automne, le boycott du Meurice et du Plaza Athénée, hôtels propriétés du sultan du Brunei qui a rétabli la charia dans son micro-Etat, a réduit encore l’offre de lieux de rendez-vous fiables dans la capitale.

Alors, où est le vrai luxe ? Dans une griffe voyante ou dans un objet rare? Dans une enseigne clinquante ou dans l’assurance de la discrétion? Dans une démonstration de technologie ou dans un service fluide et efficace? Le luxe à la française (et dans l’hôtellerie il porte les noms d’Accor, Barrière, Baverez) n’a pas dit son dernier mot.