Les parfums intimes de Martine Denisot

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Un rêve devenu réalité – photo DR

Tout le monde n’a pas la chance de faire de sa passion pour le parfum une véritable activité, en créant sa propre marque distribuée au Bon Marché. Tout le monde n’a pas la chance non plus d’avoir eu Jacques Polge, le « nez » de Chanel, comme maître d’apprentissage. Martine Denisot a eu ce privilège, et après une carrière à la communication de l’office de tourisme d’Irlande, elle lance une collection de six fragrances issues de ses souvenirs et des ingrédients qu’elle aime, sous l’intitulé Pour Toujours.

« J’ai toujours eu un goût pour les odeurs, je vis avec des souvenirs odorants, explique-t-elle dans le superbe salon d’angle de son appartement donnant sur les jardins de l’Observatoire. Mais pas de façon nostalgique. Pour moi le parfum est un monde à part, un cocon, un refuge. Je suis attirée par la nature, les choses simples. »

Sa parfumerie est figurative, dans le sens où elle évoque des souvenirs précis, mais elle est aussi très personnelle. Ainsi Graines, à base de graines de carotte, cardamome et orge, retranscrit parfaitement la sensation tactile et olfactive que l’on a lorsqu’on plonge sa main dans un sac de grain. Boule de gomme utilise la lavande Maillette et la fleur d’oranger pour leurs effluves d’enfance. Bootylicious, rond et gourmand, regorge de coing charnu, avec une touche liquoreuse de davana. Tudo Bem! est une caipirinha pour la peau, un cocktail énergisant d’agrumes, de menthe et de gingembre. « C’est un ‘shot’ rapide qui fait du bien le matin. Il n’est pas très tenace, sa macération est courte », précise Martine Denisot.

Pyrus ose le mariage poire-vétiver pour un effet à la fois granuleux et terreux. Khamsin reproduit le souffle chaud d’un vent qui souffle au Liban. On y retrouve l’incontournable oud, mais aussi du narcisse, une fleur rare et chère en parfumerie cultivée dans le Massif Central.

L’ensemble forme une belle déclaration d’intention nourrie des références littéraires de Martine Denisot, épaulée dans ses compositions par Amélie Bourgeois avec qui elle a créé la société Flair. Le flacon, imaginé avec le designer Philippe di Méo, lui-même concepteur des parfums Liquides imaginaires, est surmonté d’un bouchon en porcelaine de Limoges, clin d’oeil au métier de ses arrières-grands-parents. La boucle est bouclée, à l’image du logo, un anneau de Möbius, symbole de l’infini. La collection est appelée à s’enrichir, pourquoi pas d’un hommage à la terre mouillée d’Irlande?

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Chanel saisit sa chance avec Jean-Paul Goude

La maison de luxe a lancé hier la publicité de son nouveau parfum Chance Eau Vive, l’occasion de remettre en avant les autres versions, Chance original sorti en 2003, suivi d’Eau Fraîche et d’Eau Tendre.

La campagne a été confiée à Jean-Paul Goude, responsable de certains des plus beaux chapitres de la saga Chanel, et de l’histoire de la publicité : Coco avec Vanessa Paradis, petit oiseau en cage en 1992, et Egoïste en 1990. On se souvient du ballet des fenêtres sur la façade du Carlton cannois, scandé par la musique de Prokofiev. Une réalisation si spectaculaire qu’elle a fait de l’ombre au parfum selon une indiscrétion, comme si la communication se suffisait à elle-même au détriment du jus, pourtant loin d’être anodin.

Ci-dessous pour mémoire ces deux classiques:

Chanel évoque invariablement N°5 pour le grand public mais on ignore souvent que la maison est le premier vendeur de parfums au monde et que son best seller absolu, celui qui transcende les frontières, est Coco Mademoiselle, incarné depuis 2007 par Keira Knightley. Chance est lui aussi un vrai succès, particulièrement prisé aux Etats-Unis. Comme le souligne la communication de la marque, « ce n’est pas un parfum pour jeunes mais c’est le plus jeune des parfums Chanel ».

Je fais le pari que le film écrit et réalisé par Jean-Paul Goude sera revu lui aussi avec plaisir dans les années à venir. Il est charmant, pimpant, en lien avec la collection haute couture printemps-été 2015 (ah, ces jupettes taille basse!). Voir un groupe de copines qui rient et s’amusent ensemble au lieu d’attendre passivement le galant n’est pas si fréquent dans une publicité de parfum. Le décor du bowling est cohérent avec le thème de la chance et sera repris pendant l’événement Cinéma Paradiso au Grand Palais du 16 au 26 juin, pour permettre aux chanceux qui auront des places de tenter eux aussi le strike. Décidément, l’humour et la bonne humeur sont compatibles avec le luxe, c’est rafraîchissant.

Et le parfum alors? Il est lui aussi très frais, pour plusieurs raisons. Chance Eau Vive est une création d’Olivier Polge, le directeur de création des parfums Chanel (voir l’article que je lui ai consacré dans le Journal du dimanche ici), qui a succédé à son père Jacques, auteur des précédentes versions. La composition pétille comme un jus de pamplemousse pressé en tête, structure son coeur floral autour de muscs blancs, et se termine sur une touche d’iris, l’ingrédient fétiche d’Olivier Polge, qui ne peut se retenir d’en mettre partout. Cette belle histoire de transmission est une très convaincante contribution à l’actualité des parfums féminin au deuxième semestre et prend la concurrence de vitesse en arrivant en parfumeries dès le 12 juin.

Portrait d’Olivier Polge, le « nez » de Chanel

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Article paru le 22 février dans Le Journal du dimanche

Dès l’annonce de son arrivée chez Chanel à l’été 2013, j’ai souhaité tirer le portrait d’Olivier Polge. Comme beaucoup de connaisseurs du parfum, j’appréciais le travail du créateur d’IFF pour Dior Homme, Midnight in Paris de Van Cleef and Arpels ou Repetto. Des compositions caractérisées par les notes poudrées d’iris, une certaine androgynie des  fragrances masculines et une délicatesse qui affleure dans les créations féminines les plus grand public. Les usages de la maison de luxe veulent que les nouvelles recrues gardent le silence le temps de se familiariser avec la culture interne, c’est donc une grande satisfaction pour moi d’avoir pu réaliser cette interview en début d’année, peu après la confirmation de son rôle de créateur des parfums Chanel. Un poste d’autant plus prestigieux et stratégique qu’il y succède à son père Jacques, qui a signé quelques fleurons comme Egoïste, Coco Mademoiselle ou la très réussie Eau Première de N°5. Peu disert, ce qui lui confère une posture à la Patrick Modiano, le jeune homme s’exprime davantage par les molécules parfumées que par les mots mais sa modestie, d’après tous ceux qui l’ont approché, est non feinte. Une très belle rencontre publiée dans Le Journal du dimanche du 22 février.

Des nez en héritage

 

Cet article sur les parfumeurs en interne est paru dans le supplément Noël du Journal du dimanche. Ce n’est qu’un survol du sujet, j’espère en particulier pouvoir interviewer Olivier Polge qui prend la suite de son père Jacques chez Chanel. L’article a aussi été bouclé juste avant l’annonce de l’arrivée de Christine Nagel chez Hermès aux côtés de Jean-Claude Ellena. Mais c’est un sujet qui me tient à coeur sur des personnalités passionnantes (j’adore les récits de Thierry Wasser chez Guerlain sur les plantations de vétiver en Inde qui protègent les bananeraies des attaques d’éléphants).

J’ai aussi pu placer un portrait de Thomas Fontaine qui fait revivre le mythe Patou avec beaucoup de respect. Dire que Joy est un best-seller de Noël est un peu exagéré mais il s’agit bien d’un classique de la parfumerie. La nouvelle version Joy Forever sortie en novembre a très bien démarré et va m’accompagner tout l’hiver.