Senteurs rafraîchissantes pour l’été

Dans Le Journal du dimanche de la semaine dernière, je signais un article sur les parfums de l’été, à la fois frais et avec un sillage tenace. Une sélection rapide en 1,5 feuillet, où j’ai mis en avant l’arrivée d’un nouveau nom en parfumerie, le couturier Azzedine Alaïa.

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Article paru le 28 juin dans Le Journal du dimanche

J’ai été séduite par la fragrance composée par Marie Salamagne, de Firmenich, dans un travail collectif qui associait le créateur lui-même, sa complice Carla Sozzani, Nathalie Helloin-Kamel, la directrice générale des marques de Beauté Prestige International, le designer Martin Szekely, qui a créé le flacon noir surmonté d’une bobine de fil d’or…

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On soupçonne que le processus n’a pas été de tout repos entre les équipes marketing et le rythme du couturier indifférent aux contraintes de temps et de marché. Mais je trouve que le résultat est à la hauteur de sa vision -l’évocation des murs de chaux rafraîchis à grand coup de seaux d’eau froide dans sa Tunisie natale- tout en étant agréable à porter avec son envol de poivre rose en tête et son coeur minéral sans être trop iodé grâce à un juste dosage avec des fleurs (freesia, pivoine).

C’est la Cascalone, une molécule brevetée par Firmenich, qui apporte cette odeur marine que l’on retrouve en filigrane de La Fille de l’air de Courrèges, associée cette fois à la fleur d’oranger par le parfumeur Fabrice Pellegrin. Son odeur un peu vinyle, écho à la mode Courrèges, est moins séduisante à mes narines, mais elle constitue une jolie contribution à la saga de la renaissance de la marque, dont j’ai déjà parlé dans le JDD et sur ce blog. Le lancement en avant-première sur les ventes à bord d’Air France et sur le site ecommerce de la compagnie est une autre manière de mettre la petite maison indépendante dans l’actualité en l’associant à une image d’élégance à la française et de légèreté dont on a bien besoin actuellement.

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Un sujet sur les senteurs vivifiantes de l’été ne pouvait pas passer sous silence Chance Eau Vive de Chanel, un cocktail pamplemousse-orange sanguine signé Olivier Polge, soutenu par une campagne joyeuse de Jean-Paul Goude. Dans les trois cas, la tenue sur peau est assurée par des muscs, ce qui me permet d’écrire que les parfumeurs ont trouvé leur Graal : des parfums frais comme des Colognes mais avec du sillage, une attente des consommatrices lassées des fragrances trop lourdes, mais frustrées par la volatilité des hespéridés.

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Dans ma salle de bain – photo P.C.

Pour ma part, par ces fortes chaleurs, je reviens à mes eaux d’été préférées, l’Eau d’orange verte d’Hermès et Eau de Rochas, mais leur effet est fugace. Pour sa bonne odeur de vacances, même si je ne retournerai pas sur l’île cet été, je reste fidèle à Corsica Furiosa de Parfum d’Empire, une composition autour du lentisque justement récompensée du prix de la Fragrance Foundation. Je recommande aussi les parfums sans prétention vendus à 30 euros en pharmacies de la marque landaise Ixxi : Balade acidulée, Tonnelle gourmande et surtout Or des Sables aux effluves de crème solaire. Vite, une plage!

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Chanel saisit sa chance avec Jean-Paul Goude

La maison de luxe a lancé hier la publicité de son nouveau parfum Chance Eau Vive, l’occasion de remettre en avant les autres versions, Chance original sorti en 2003, suivi d’Eau Fraîche et d’Eau Tendre.

La campagne a été confiée à Jean-Paul Goude, responsable de certains des plus beaux chapitres de la saga Chanel, et de l’histoire de la publicité : Coco avec Vanessa Paradis, petit oiseau en cage en 1992, et Egoïste en 1990. On se souvient du ballet des fenêtres sur la façade du Carlton cannois, scandé par la musique de Prokofiev. Une réalisation si spectaculaire qu’elle a fait de l’ombre au parfum selon une indiscrétion, comme si la communication se suffisait à elle-même au détriment du jus, pourtant loin d’être anodin.

Ci-dessous pour mémoire ces deux classiques:

Chanel évoque invariablement N°5 pour le grand public mais on ignore souvent que la maison est le premier vendeur de parfums au monde et que son best seller absolu, celui qui transcende les frontières, est Coco Mademoiselle, incarné depuis 2007 par Keira Knightley. Chance est lui aussi un vrai succès, particulièrement prisé aux Etats-Unis. Comme le souligne la communication de la marque, « ce n’est pas un parfum pour jeunes mais c’est le plus jeune des parfums Chanel ».

Je fais le pari que le film écrit et réalisé par Jean-Paul Goude sera revu lui aussi avec plaisir dans les années à venir. Il est charmant, pimpant, en lien avec la collection haute couture printemps-été 2015 (ah, ces jupettes taille basse!). Voir un groupe de copines qui rient et s’amusent ensemble au lieu d’attendre passivement le galant n’est pas si fréquent dans une publicité de parfum. Le décor du bowling est cohérent avec le thème de la chance et sera repris pendant l’événement Cinéma Paradiso au Grand Palais du 16 au 26 juin, pour permettre aux chanceux qui auront des places de tenter eux aussi le strike. Décidément, l’humour et la bonne humeur sont compatibles avec le luxe, c’est rafraîchissant.

Et le parfum alors? Il est lui aussi très frais, pour plusieurs raisons. Chance Eau Vive est une création d’Olivier Polge, le directeur de création des parfums Chanel (voir l’article que je lui ai consacré dans le Journal du dimanche ici), qui a succédé à son père Jacques, auteur des précédentes versions. La composition pétille comme un jus de pamplemousse pressé en tête, structure son coeur floral autour de muscs blancs, et se termine sur une touche d’iris, l’ingrédient fétiche d’Olivier Polge, qui ne peut se retenir d’en mettre partout. Cette belle histoire de transmission est une très convaincante contribution à l’actualité des parfums féminin au deuxième semestre et prend la concurrence de vitesse en arrivant en parfumeries dès le 12 juin.