Moutai, l’eau de vie chinoise qui veut convertir les Français

Ce voyage de presse dans le Guizhou, à l’invitation de l’eau de vie Moutai en juin dernier, a été assurément le reportage le plus mémorable de 2018. C’était une occasion unique de découvrir une province peu fréquentée par les touristes (dans le Sud-Ouest du pays, capitale Guiyang), la première industrie d’alcool au monde (loin devant le whisky et le cognac) et une tradition du baiju (l’eau de vie chinoise) qui aurait assuré la longévité du président Mao.

 

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À propos de la #ligueduLOL

Depuis que l’affaire de la ligue du LOL a éclaté (particulièrement bien résumée par cet article de Numerama), je suis le feuilleton avec une curiosité malsaine. Je suis effarée par les témoignages de victimes de cyberharcèlement mais, au bout du compte, pas étonnée. J’ignorais l’existence de ce groupe et je ne connaissais les protagonistes que de nom mais je les avais identifiés comme des « grandes gueules » de Twitter, autoproclamées arbitres du cool, autant dire le genre de comptes que j’évite de suivre. Nous ne sommes pas de la même génération, je fuis les débats stériles sur les réseaux sociaux et si j’utilise Twitter dans le cadre professionnel je n’en ai pas besoin pour trouver du travail. La masculinité toxique mise en évidence par l’affaire n’est pas une découverte non plus. Je dirais même que j’ai choisi d’être indépendante pour me protéger de ces ambiances délétères, encore que j’ai vécu ma pire expérience professionnelle avec une femme. Je me garderais bien de généraliser sur un management au féminin qui serait forcément bienveillant.

Quant au fait que les journalistes concernés émanent de médias dits progressistes, ce n’est pas une surprise. La bonne conscience de gauche n’est pas plus immunisée contre l’hypocrisie que le conservatisme de droite. Et même si l’on peut admettre que certains aient changé avec les années, donner des leçons de morale à longueur d’articles quand on a été complice de canulars téléphoniques n’est pas tenable. Au vu de la souffrance infligée aux victimes, la moindre des choses aurait été de faire profil bas.

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Un an de dossiers dans Stratégies

Le clip This is America de Childish Gambino a été un grand moment de 2018

Au rythme d’environ un dossier par mois, j’ai l’occasion de traiter les sujets les plus divers dans Stratégies. Alors que 2018 tire à sa fin, le retour sur ces dizaines d’articles (et ces milliers de feuillets…) donne une image assez représentative des thèmes qui agitent la communication et les médias.

Influence et millennials. Après avoir suivi pendant des années le sujet des égéries, je m’intéresse maintenant à celui des influenceurs, ces célébrités issues de YouTube et Instagram qui peuvent vendre des palettes de produits avec un post. Exemple : Sananas, 2,4 millions d’abonnés sur YouTube, et sa collaboration avec l’opticien Krys. Pour toucher les millennials (18-35 ans) méfiants envers la publicité classique, et particulièrement dans le luxe, cette nouvelle forme de communication est d’une efficacité redoutable, mais elle a aussi ses dérives, quand elle n’est pas identifiée comme telle. Le sujet « Influenceurs, faut-il sévir? » a fait la une en mars avec Nabilla et McFly et Carlito.

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Les bonnes idées de la semaine #6

Plus de 600 000 entrées pour Demain le film

C’est le succès inattendu du moment. Accueilli de façon un peu condescendante par Le Monde à sa sortie (qui y voit un phénomène de société deux mois plus tard), le documentaire Demain a dépassé les 650 000 entrées en 11 semaines d’exploitation. Il est près d’atteindre les 740 000 spectateurs du film Une vérité qui dérange d’Al Gore il y a dix ans. Sauf que Demain va au-delà du constat alarmiste sur le climat pour passer à l’étape suivante : la proposition de solutions. C’est l’exemple type du succès construit sans battage médiatique mais à coup de projections-débats dans toute la France, dont les spectateurs sortent prêts à se retrousser les manches.

Comme je l’écrivais en décembre, si la forme abuse un peu des plans de coupe en voiture et dans les aéroports, le fond est enthousiasmant, qui montre des passionnés menant des actions concrètes et duplicables. Chacun peut agir à son niveau, y compris en ville en consommant local et de saison, en achetant du vrac plutôt que des produits sur-emballés, en utilisant les transports en commun, en encourageant les jardins partagés. Il paraît que l’on peut faire du compost à Paris. Moi je dis oui!

Demain le film est nommé aux Césars. Qu’il gagne ou pas, j’espère que cette exposition médiatique va lui apporter encore plus de spectateurs et diffuser son esprit positif, comme les colibris de Pierre Rabhi.

Heureux comme un Français en France

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Alors là, je bois du petit lait. Dans cet essai publié aux Presses de la Cité, le journaliste Yves Deloison démonte les clichés déclinistes qui font de la France un pays plus pessimiste que l’Irak et l’Afghanistan. Un parti pris qui l’amène par définition à survoler les problèmes réels du pays (chômage, précarité, inégalités) mais qui insiste sur les réussites : la natalité, des entreprises qui exportent, un système social qui tient le coup, une qualité de vie enviable, une créativité non démentie…

Par mes nombreux articles sur les entreprises made in France, y compris dans le secteur des cosmétiques, j’ai pu constater combien les Français peuvent être inventifs et enthousiastes, contre vents et marées. Je persiste à penser que les médias ont une énorme responsabilité dans le climat délétère national, non pas tant en diffusant des mauvaises nouvelles (c’est leur métier) qu’en négligeant de les contrebalancer par des bonnes ou par des propositions. Il est vrai que le Français, râleur par nature (parfois à bon escient), a du mal à voir le verre à moitié plein même si on lui présente un excellent nectar. On dit souvent que les Danois sont le peuple le plus optimiste du monde parce qu’il n’a pas trop d’attente. Il ne peut pas être déçu! Les Français, éternels insatisfaits, aspirent à avoir toujours mieux. Réflexe d’idéaliste, d’enfant gâté, d’adolescent attardé? En tout cas un comportement pas très mature pour un si vieux pays.

Alors, la prochaine fois que votre tonton grincheux déblatèrera sur le déclin de la France, citez-lui les chiffres énumérés par Yves Deloison en fin d’ouvrage, et envoyez-le voir Demain pour se remonter le moral!

Albert Londres, les pigeons et moi

Dorothée Drevon est pigiste, « comme pigeon, avec iste à la fin pour faire expert ». C’est aussi une comédienne-née avec un sacré abattage, capable de croquer en quelques scènes les grandeurs et servitudes du journalisme indépendant, entre rédacteur en chef tyrannique, conseillère Pôle Emploi dépassée et appels à témoins loufoques.

J’ai découvert son one-woman-show « Albert Londres, les pigeons et moi » dans un petit théâtre du 18e arrondissement grâce à une connaissance commune. Elle joue aujourd’hui tous les jeudis soirs au théâtre de Dix Heures en plein Pigalle. Impossible de ne pas s’y reconnaître quand on est freelance. Oui, le coup de fil qui débloque toute une enquête le vendredi à 18h, quand les enfants sont en train de se noyer dans le bain, c’est du vécu. L’interview en pyjama itou (dans le spectacle, c’est plus trash). Mais Dorothée Drevon sait aussi s’adresser à un public de non initiés, avec des témoins d’émissions de télé plus vrais que nature (magnifique Anne-Béa, à retrouver sur Youtube, avec d’autres galeries de portraits). C’est drôle, bien vu, bien joué et mine de rien, c’est un vrai hommage à un métier de vocation. Que dis-je, un sacerdoce.

La liberté de penser, la seule voie possible

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Il y a des jours où les pensées positives laissent la place à la tristesse et au recueillement. Où l’ambition de diffuser de bonnes idées pour rendre le monde un tout petit peu plus agréable à vivre se fracasse sur la réalité la plus brutale. Assassiner des dessinateurs, des artistes, des hommes libres, des pacifistes qui ne se battaient qu’avec leur plume… Mourir pour ses idées en France en 2015… Une rédaction placée sous protection policière, rien que cela c’était un scandale auquel on s’était habitué trop facilement. L’espoir reviendra, les petits plaisirs de la vie reprendront le dessus mais aujourd’hui, le noir du deuil recouvre tout.

Lors de l’assassinat de l’otage Hervé Gourdel, j’avais déjà ressenti ce sentiment d’abattement face à la mort d’un homme simple, un Français ordinaire qui partait marcher en Algérie. Un homme bon, ça se voyait sur sa photo. Cette fois, cela se passe chez nous, en France, et cela touche des plumes, des voix, des visages familiers. Nous étions en guerre et nous ne le savions pas.

Ce jour de cauchemar, ce « 11 septembre français » comme on le dit déjà, je l’ai passé de la meilleure des façons possibles : en faisant mon travail. Le journal écossais The National m’a contactée pour témoigner de l’émotion ressentie en France. Je suis allée sur place, près du siège de Charlie Hebdo. J’ai discuté avec les policiers, les journalistes, les riverains venus rendre hommage ou voir, tout simplement. Quand le plus grave attentat survient à Paris depuis cinquante ans, cela attire forcément des curieux. Mais surtout, c’était le respect et la tristesse qui dominaient. Comme le soir, lors des magnifiques rassemblements de la place de la République à Paris et ailleurs en France, dans le monde. Espérons que cet élan citoyen perdurera, que les divisions ne balayeront pas tout dans une France qui rime trop souvent avec rance ces derniers temps.

En écoutant les conversations, j’ai saisi le commentaire d’un journaliste d’à peu près mon âge : « Les dessins de Cabu ont baigné toute mon enfance. On le voyait dans les émissions de Dorothée. » Le souvenir m’est revenu de plein fouet. Voilà pourquoi j’étais si triste de la mort violente de Cabu, même si j’appréciais aussi beaucoup la bonhomie de Wolinski, l’élégance d’Honoré, le courage de Charb et la mauvaise foi réjouissante de Bernard Maris. Cabu, sa voix douce, ses yeux rieurs, son humour souvent féroce mais jamais méchant, c’est mon enfance, l’enfance de tous les quadras, l’enfance assassinée.

Que dire aujourd’hui à nos enfants? Comment leur expliquer que oui, parfois, les gentils meurent à la fin? Que la violence des jeux vidéo existe pour de vrai? Et pourtant, quelle autre solution que d’être fidèle à ses valeurs, à l’humanisme, à l’art, à la culture, à la beauté, qui sont des antidotes à la laideur, à la bêtise, à l’ignorance? Comment faire autrement qu’élever ses enfants dans la confiance dans la vie et dans le respect des autres? Nous faire peur, nous bâillonner, nous dresser les uns contre les autres, c’est l’objectif des extrémistes. C’est pourquoi ils s’en prennent aux non-violents, aux innocents, comme Hervé Gourdel, comme le journaliste James Foley, comme à Toulouse… Il ne faut pas céder à leurs intimidations.

Récemment, j’ai eu l’occasion d’expliquer mon métier à des élèves de 6ème, dans le cadre d’un atelier sur les médias. Parmi leurs questions, très pertinentes, il y en a une qui m’a frappée : « Est-ce que votre métier est dangereux? » Je leur ai expliqué que je n’étais pas reporter de guerre, mais que les intimidations, les menaces, les pressions existent. Ce n’est pas un métier confortable, même si l’on nous prend parfois pour des privilégiés. Mais mourir en France parce que l’on s’exprime dans un média, je ne pensais pas que c’était possible.

Alors plus que jamais, parce que c’est nous qui sommes dans le vrai et pas une bande d’illuminés hélas plus nombreux, plus déterminés et plus proches que l’on ne l’imaginait, il faut défendre la liberté d’expression, la liberté de penser et la liberté, même, de choquer.