À propos de la #ligueduLOL

Depuis que l’affaire de la ligue du LOL a éclaté (particulièrement bien résumée par cet article de Numerama), je suis le feuilleton avec une curiosité malsaine. Je suis effarée par les témoignages de victimes de cyberharcèlement mais, au bout du compte, pas étonnée. J’ignorais l’existence de ce groupe et je ne connaissais les protagonistes que de nom mais je les avais identifiés comme des « grandes gueules » de Twitter, autoproclamées arbitres du cool, autant dire le genre de comptes que j’évite de suivre. Nous ne sommes pas de la même génération, je fuis les débats stériles sur les réseaux sociaux et si j’utilise Twitter dans le cadre professionnel je n’en ai pas besoin pour trouver du travail. La masculinité toxique mise en évidence par l’affaire n’est pas une découverte non plus. Je dirais même que j’ai choisi d’être indépendante pour me protéger de ces ambiances délétères, encore que j’ai vécu ma pire expérience professionnelle avec une femme. Je me garderais bien de généraliser sur un management au féminin qui serait forcément bienveillant.

Quant au fait que les journalistes concernés émanent de médias dits progressistes, ce n’est pas une surprise. La bonne conscience de gauche n’est pas plus immunisée contre l’hypocrisie que le conservatisme de droite. Et même si l’on peut admettre que certains aient changé avec les années, donner des leçons de morale à longueur d’articles quand on a été complice de canulars téléphoniques n’est pas tenable. Au vu de la souffrance infligée aux victimes, la moindre des choses aurait été de faire profil bas.

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Le voile de la passion

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Une jeune femme soumise, Malala Yousafzai? Non, une militante courageuse du droit des filles à la scolarisation – photo DR

Il y a plus d’un mois, je consacrais un article à la mode musulmane. J’y faisais le constat sans jugement que le marché existe et que les marques occidentales s’engouffrent dans la brèche. C’était avant les propos hostiles de la ministre du Droit des femmes Laurence Rossignol et l’appel au boycott d’Elisabeth Badinter.

Ce doit être mon côté anglo-saxon mais j’ai du mal à comprendre les réactions scandalisées (François Bayrou aussi apparemment). A ce que je sache, le port du voile n’est ni interdit ni obligatoire en France, et s’il ne me viendrait pas à l’idée de me couvrir les cheveux ou de m’accoutrer comme Kim Kardashian, je me garderais bien d’appeler au boycott de l’une ou l’autre tenue vestimentaire. Ma conception du féminisme n’est pas d’imposer ma vision du monde aux autres, et si des femmes choisissent en connaissance de cause, par coutume ou par conviction, de porter un foulard islamique, c’est leur liberté.

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Latifa Ibn Ziaten, inlassable ambassadrice de la non-violence – photo DR

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Soria Zeroual n’était pas habillée par Dolce & Gabbana aux Césars – photo DR

Par ailleurs, quand on parle de femmes voilées, de qui parle-t-on? Lorsque je pense à Malala Yousafzai ou Latifa Ibn Ziaten, je vois des femmes courageuses et opiniâtres, pas des victimes soumises. Je rappelle que le César 2016 est allé à Fatima, le portrait d’une femme de ménage qui prend le contrôle de sa vie. L’actrice principale, Soria Zeroual, était nommée pour son rôle et a participé à la cérémonie couverte d’une abaya dorée. J’y ai vu un beau symbole de la diversité et de l’ouverture culturelle de la France. J’imagine qu’Elisabeth Badinter n’y a vu qu’une image d’aliénation.

Bien sûr, on peut critiquer le mercantilisme des Dolce & Gabbana ou des Marks & Spencer qui cherchent à capter un marché, mais elles ne font pas de prosélytisme. Leur clientèle est internationale et compte aussi des musulmanes adeptes du hijab. Pierre Bergé qui s’offusque au nom du respect de la femme défendu par Yves Saint Laurent me semble bien hypocrite : ne vend-il pas dans les pays du Golfe aussi? « Cachez ce voile que l’on ne saurait voir! » s’exclament les défenseurs d’une laïcité stricte. Il existe pourtant même si cela heurte nos convictions. Quant aux femmes qui le portent sous la contrainte, en Iran ou en Arabie Saoudite, elles mènent leur propre combat et elles n’ont pas besoin de  notre condescendance qu’elles doivent trouver bien dérisoire.

La polémique sur les hôtesses d’Air France qui refusent de se voiler à l’arrivée des vols Paris-Téhéran, qui reprennent le 17 avril, me semble tout aussi disproportionnée. Premièrement les vols ont été suspendus en 2008 : comment faisaient-elles avant? Deuxièmement il est notoire que le voile est obligatoire en Iran : pourquoi s’en étonner maintenant? Troisièmement, j’estime qu’il faut distinguer le régime iranien de la population et que celle-ci a tout à gagner à l’ouverture de son pays. L’Iran et l’Arabie Saoudite sont des marchés porteurs pour de nombreux secteurs économiques français, et je connais des femmes entrepreneures françaises qui s’y rendent depuis des années. L’une d’elles me disaient qu’un client saoudien l’avait prise pour la secrétaire du patron. Le patron, c’était elle! Les échanges économiques permettent aussi de faire tomber des préjugés.

J’ai vraiment l’impression que la question de l’islam a pris un tour passionné qui empêche de penser sereinement en France. Finalement on n’a pas beaucoup avancé depuis Les lettres persanes de Montesquieu et son « Comment peut-on être persan? » « Comment peut-on porter le voile? » s’offusquent les droits-de-l’hommistes outragés. On le porte, que ça nous plaise ou non, et ce n’est pas forcément un signe d’agression envers nos valeurs. Mais plus on le stigmatisera, et plus il risque de le devenir.

N’hésitez pas à réagir, sans invective, car mon propos est vraiment de promouvoir la tolérance et le respect mutuel.