Inimitable Iris Apfel

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Lunettes rondes et lèvres rouges, la vieille dame que l’on aimerait toutes devenir (moi, en tout cas) – photo DS

L’ancienne décoratrice d’intérieur de la Maison Blanche a les honneurs d’une exposition au Bon Marché jusqu’au 16 avril. Elle est aussi l’égérie de la DS3, elle qui n’a jamais conduit de sa vie.

J’ai eu le privilège de la rencontrer à ces deux occasions. Le privilège oui, car elle a 94 ans et ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit des conseils de style d’une dame qui a connu Jackie Kennedy (qu’elle n’aimait guère d’ailleurs). Pleine de fantaisie avec ses enfilades de colliers et de bracelets, Iris Apfel a aussi un humour ravageur qu’elle délivre d’une voix rocailleuse. « Il n’y a pas beaucoup de cover girls de mon âge » admet-elle mais ce n’est pas seulement pour cela que les marques se l’arrachent (la liste de ses collaborations est sans fin, une façon pour elle de rester active depuis le décès de son compagnon de vie l’année dernière). Elle incarne une liberté d’esprit et une capacité à se réinventer qui font la joie des annonceurs. DS, qui vise les esthètes et les anticonformistes, a touché dans le mille, même si des internautes se sont étonnés de voir une vieille dame égérie publicitaire. « C’est la voiture du 4e âge? » ai-je pu lire sur Facebook. Une réflexion de rageux, comme disent les jeunes.

Même si l’on n’est pas adepte de la garde-robe excentrique d’Iris Apfel, dont Le Bon Marché offre un florilège, on peut retenir un conseil simple : accessoiriser une tenue sobre avec des bijoux. Quoi de plus chic qu’une chemise blanche ou une petite robe noire avec un sautoir coloré?

Mon portrait d’Iris Apfel est paru dans Le Journal du dimanche le 6 mars.

Cha Ling, nouvelle marque chez LVMH

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Cha Ling est lancé en avant-première au Bon Marché avant Hong Kong à la fin du mois – photo P.C.

Aujourd’hui dans Le Journal du dimanche, je relate la création de la marque de cosmétiques Cha Ling l’esprit du thé au sein du groupe LVMH. Il est rare qu’un grand groupe coté prenne le risque de lancer une marque de toute pièce, et c’est tout à l’honneur de Laurent Boillot, le président de Guerlain, d’avoir convaincu ses actionnaires, certes avec un risque limité puisque les équipes en interne ont piloté le projet. Lancé en avant-première au Bon Marché, Cha Ling est en ligne avec la clientèle du grand magasin, avec des crèmes à 150 euros et des masques à 250 euros, mais l’approche franco-chinoise et développement durable incarne de nouveaux codes du luxe sans ostentation. Une initiative à suivre.

Les bonnes idées de la semaine #5

Pas de date de parution attitrée pour cette chronique, je publie au gré de mes découvertes. Cette semaine j’ai aimé Ai Weiwei au Bon Marché, le blog A la recherche du pain perdu et le film L’odorat.

Ai Weiwei au Bon Marché

J’admire beaucoup l’oeuvre d’Ai Weiwei, artiste engagé, révolté, assigné à résidence. Je me souviens de sa caméra de surveillance en marbre à la Collection Lambert, dans le cadre carcéral de la prison Saint-Anne à Avignon. Le Bon Marché à Paris lui a commandé une série d’oeuvres exclusives, structures de bambou et de soie représentant des personnages de contes chinois. Les créatures sont suspendues au-dessus de l’espace beauté du grand magasin et c’est drôle de voir un buffle ou un cochon tendre leur museau ou leur postérieur sur les enseignes chics de Serge Lutens ou Carita. Un dragon géant, qui n’a pas la connotation négative des fables occidentales, se déploie en rez-de-chaussée.

Les touristes chinois ne seront pas offusqués par cette installation qui rend hommage à l’artisanat d’art chinois, même si Ai Weiwei a confié vouloir dénoncer la censure pratiquée par la Révolution culturelle contre les traditions ancestrales. A l’issue de l’exposition, les oeuvres rejoindront Berlin, où l’artiste réside désormais, à l’exception d’une seule qui restera la propriété du Bon Marché.

IMG_0489Lors du vernissage de l’exposition, le 18 janvier, Le Bon Marché avait organisé une soirée féérique baignée dans la brume au son de Chopin joué par une pianiste. Ai Weiwei était présent et se prêtait volontiers aux selfies avec les invités. Je me suis tenue à l’écart de l’exercice, chacun ayant à coeur de publier sur les réseaux sociaux sa photo avec l’artiste-people du moment. Je préfèrerais l’interviewer ou passer du temps dans son atelier plutôt que d’échanger trois mots dans une soirée mondaine, mais je reconnais avoir été émue de le voir « en vrai » comme j’aimerais approcher Anish Kapoor ou Christian Boltanski.

Un grand magasin de luxe qui pratique le mécénat d’art contemporain, faut-il s’en réjouir ou le regretter? Nul doute que l’opération attirera des touristes étrangers amateurs d’art, déjà dans la cible du Bon Marché, mais rien n’empêche les visiteurs d’admirer les oeuvres sans acheter, d’autant que les vitrines accueillent aussi l’artiste jusqu’au 20 février. Quand l’art est dans la rue, il n’y a pas d’excuse pour ne pas passer le voir!

Exposition Er Xi, Air de jeux, jusqu’au 20 février au Bon Marché Rive Gauche, 24 rue de Sèvres 75007 Paris.

Le blog A la recherche du pain perdu

C’est le meilleur nom de blog que je connaisse et il annonce bien la couleur : parler à la fois de cuisine et de voyages, deux de mes passions. Je l’ai découvert au hasard d’un fil de commentaires sur Instagram et je suis sous le charme de ses photos qui donnent l’eau à la bouche et l’envie de préparer sa valise illico. Fabienne, son auteur, est d’origine chinoise et connaît bien l’Asie. Comme moi, elle est freelance, vit à Paris, a vécu à Glasgow, ce qui explique peut-être pourquoi je suis sensible à son oeil et à sa plume. Ses bonnes adresses à Paris sont dignes de confiance et ses visites hors des sentiers battus comme dans le quartier musulman de Xi’An valent le détour. Un blog à déguster tout chaud!

Le documentaire L’Odorat

J’ai déjà parlé ici de la nouvelle revue Nez qui paraîtra en avril et à laquelle j’ai le plaisir de collaborer. Encore virtuelle, elle est déjà partenaire d’une sortie de film, le documentaire L’Odorat (Jupiter Films) qui sera sur les écrans le 10 février. J’ai pu assister à une avant-première et pour tout dire, j’en suis sortie avec des impressions mitigées. J’ai trouvé la narration assez décousue. Le réalisateur canadien Kim Nguyen (nommé aux Oscars pour son film de fiction Rebelle) dévie vers l’anecdotique lorsqu’il crée un faux suspense autour de l’ambre gris, ou lorsqu’il donne trop d’importance aux élucubrations du « parfumeur mystique » Guido Lenssen. Il ne manque pourtant pas d’interlocuteurs passionnants, le chef Olivier Roellinger (que l’on aimerait voir aux fourneaux plutôt qu’à son bureau), la spécialiste du thé Yu Hui Tseng ou le sommelier François Chartier. J’ai apprécié aussi le témoignage de la journaliste Molly Birnbaum sur son expérience d’anosmie. Mais comme s’il ne croyait pas suffisamment à son sujet (difficile en effet d’évoquer les odeurs sur un écran), le réalisateur se croit obligé de céder à certaines facilités racoleuses, jusqu’à la scène finale qui frôle le voyeurisme.

Bref, je n’ai pas été entièrement convaincue mais je salue tout de même l’initiative de faire connaître au grand public un sens négligé et des matières premières fascinantes (ambre gris, truffe blanche, safran…). Exactement l’ambition de Nez la revue!

Les parfums intimes de Martine Denisot

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Un rêve devenu réalité – photo DR

Tout le monde n’a pas la chance de faire de sa passion pour le parfum une véritable activité, en créant sa propre marque distribuée au Bon Marché. Tout le monde n’a pas la chance non plus d’avoir eu Jacques Polge, le « nez » de Chanel, comme maître d’apprentissage. Martine Denisot a eu ce privilège, et après une carrière à la communication de l’office de tourisme d’Irlande, elle lance une collection de six fragrances issues de ses souvenirs et des ingrédients qu’elle aime, sous l’intitulé Pour Toujours.

« J’ai toujours eu un goût pour les odeurs, je vis avec des souvenirs odorants, explique-t-elle dans le superbe salon d’angle de son appartement donnant sur les jardins de l’Observatoire. Mais pas de façon nostalgique. Pour moi le parfum est un monde à part, un cocon, un refuge. Je suis attirée par la nature, les choses simples. »

Sa parfumerie est figurative, dans le sens où elle évoque des souvenirs précis, mais elle est aussi très personnelle. Ainsi Graines, à base de graines de carotte, cardamome et orge, retranscrit parfaitement la sensation tactile et olfactive que l’on a lorsqu’on plonge sa main dans un sac de grain. Boule de gomme utilise la lavande Maillette et la fleur d’oranger pour leurs effluves d’enfance. Bootylicious, rond et gourmand, regorge de coing charnu, avec une touche liquoreuse de davana. Tudo Bem! est une caipirinha pour la peau, un cocktail énergisant d’agrumes, de menthe et de gingembre. « C’est un ‘shot’ rapide qui fait du bien le matin. Il n’est pas très tenace, sa macération est courte », précise Martine Denisot.

Pyrus ose le mariage poire-vétiver pour un effet à la fois granuleux et terreux. Khamsin reproduit le souffle chaud d’un vent qui souffle au Liban. On y retrouve l’incontournable oud, mais aussi du narcisse, une fleur rare et chère en parfumerie cultivée dans le Massif Central.

L’ensemble forme une belle déclaration d’intention nourrie des références littéraires de Martine Denisot, épaulée dans ses compositions par Amélie Bourgeois avec qui elle a créé la société Flair. Le flacon, imaginé avec le designer Philippe di Méo, lui-même concepteur des parfums Liquides imaginaires, est surmonté d’un bouchon en porcelaine de Limoges, clin d’oeil au métier de ses arrières-grands-parents. La boucle est bouclée, à l’image du logo, un anneau de Möbius, symbole de l’infini. La collection est appelée à s’enrichir, pourquoi pas d’un hommage à la terre mouillée d’Irlande?

L’humour est-il un art de vivre? Vous avez trois heures.

Passée la sidération de l’actualité traumatisante des dernières semaines, la vie reprend son cours, avec ses sujets légers, ses rendez-vous qui font penser à autre chose. Quoique… Comme une persistance rétinienne, le souvenir des événements s’imprime partout, resurgit aux moments les plus inattendus. La semaine dernière, j’assistais à la conférence « L’homme avenir du luxe », organisée par la régie publicitaire de M le magazine du Monde (ma Bible du vendredi, moi qui n’ai d’autres liturgies que les beaux reportages).

Le 20 janvier, on a parlé des hommes, de luxe et de bien d'autres choses à l'invitation de M Publicité-Régie Obs. Béline Dolat, rédactrice en chef adjointe de M le magazine du Monde, animait le débat.

Le 20 janvier, on a parlé des hommes, de luxe et de bien d’autres choses à l’invitation de M Publicité-Régie Obs. Béline Dolat, rédactrice en chef adjointe de M le magazine du Monde, animait le débat- photo P.C.

Les intervenants devisaient aimablement sur les habitudes de consommation de la gent masculine, qui « a besoin d’être prise par la main » selon Maud Tarena, directrice du département homme du Bon Marché Rive Gauche. Confirmation de Marc Menasé, le fondateur du site Menlook, qui a rappelé que « les sous-vêtements pour hommes sont achetés à 40% par les femmes ». Il est vrai que les hommes achètent aussi de la lingerie pour leur compagne, mais on n’est pas dans le même registre. Faire la chasse aux slips kangourous, c’est une question de dignité!

Bref, on était loin de l’enfance fracassée des frères Kouachi, et quand Thierry Richard, fondateur du « club privé pour hédonistes modernes » Les Grands Ducs (700 membres à Paris) a parlé de « logique de partage et de vivre ensemble une expérience », je me suis demandé si c’était cela l’avenir de la société française : le vivre ensemble, mais entre soi. Chacun dans son club, sa chapelle, ses références, Saint-Germain des prés ou la cité Curial dans le 19ème, sans velléités de lancer des ponts entre eux.

Marc Beaugé, le chroniqueur style de M, a détendu l’atmosphère en avançant que l’humour pouvait être une façon de toucher une cible masculine moderne (je ne disais pas autre chose dans un récent article pour Le Journal du dimanche). « Pour être élégant dans la vie et dans le vêtement il faut une touche d’humour. C’est une forme d’intelligence, un art de vivre. » On en revenait à la satire et au second degré des dessinateurs de Charlie Hebdo, si mal compris quand on ne connait pas leur parcours et leurs intentions. Le sens de l’humour, l’ironie, la pirouette, c’est non seulement une façon de désamorcer l’absurdité de l’existence, mais c’est une façon de se parler. Rire ensemble, c’est se comprendre (note pour plus tard : relire Le Rire de Bergson).

Mais ne pas comprendre l’humour de l’autre ou pire, ne pas avoir du tout le sens de l’humour, c’est la certitude d’une incompréhension totale et hélas, parfois fatale. Faut-il s’interdire un bon mot pour ne pas risquer de blesser quelqu’un? La satire et la caricature ne vont-elles être réservées à quelques cercles avertis, dans des publications que l’on va s’échanger sous le manteau pour échapper à la caisse de résonance des réseaux sociaux? Comme on dit, « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Quand ce « n’importe qui » devient Facebook et ses millions d’utilisateurs, cela devient difficile de choisir ses interlocuteurs. On pourrait dire aussi « Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres ».

Là encore, Marc Menasé de Menlook a fait redescendre tout le monde sur terre en témoignant que « l’humour européen était tout à fait incompréhensible pour les clients chinois. Pour eux, on s’en tient à un discours très premier degré. » Est-ce à dire que les Chinois n’ont pas le sens de l’humour? Bien sûr que non, mais ils n’ont pas le même humour que nous, surtout en ce qui concerne leur style. Après des années de col Mao, on peut envisager qu’ils n’aient pas envie de rigoler avec ça. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas se comprendre par ailleurs. Pour revenir à la Bible, c’est un peu la métaphore de la tour de Babel : on peut la lire comme une malédiction (les hommes condamnés par Dieu à ne pas se comprendre) ou une chance (l’altérité comme condition pour apprendre à vivre ensemble). Par exemple, on peut ne pas comprendre le boxer de Justin Bieber, mais on peut apprendre à vivre avec!