Pour une viralité positive!

Pas facile de garder le cap des bonnes idées quotidiennes en ce lendemain d’élections. Ce ne sont pas les idées qui manquent, la France et le monde sont pleins d’initiatives enthousiasmantes, d’entrepreneurs talentueux, d’artistes visionnaires. Mais la noirceur et la violence s’imposent par la force et recouvrent tout si on les laisse faire. Pourtant, la beauté et la bienveillance, par définition plus humbles, existent aussi pour qui veut les voir.

En tant que journaliste, je suis bien placée pour savoir que les mauvaises nouvelles font de meilleurs sujets que les bonnes. Il est plus gratifiant de révéler des scandales que de célébrer les pratiques vertueuses. Et pourtant… N’est-ce pas un cliché journalistique? Face à la profusion d’émetteurs, quand chacun peut s’improviser média sur sa page Facebook ou relayer des propos racistes sur son compte Twitter, y compris pour les dénoncer, les journalistes de métier ont une responsabilité accrue.

Il ne s’agit pas d’appeler à l’autocensure, mais de résister à la cacophonie ambiante qui donne l’avantage à ceux qui parlent le plus fort. C’est comme si, une fois les vannes ouvertes sur les réseaux sociaux, on ne pouvait plus fermer le robinet. Puisqu’un média ne peut pas se passer de Facebook pour exister, qu’il s’en serve au moins pour diffuser des informations constructives. Qu’il évite de relayer le moindre fait divers anxiogène par exemple. Car l’état électoral de la France vient aussi de là.

Le dossier consacré cette semaine par L’Obs aux néo-électeurs FN est à ce titre éloquent. On s’attend à des citoyens déclassés, au chômage. Ils ont tous un emploi qualifié (enseignant, graphiste, comptable). Leur vote relève largement du fantasme : perte de repères, incompréhension d’un monde qui change, incapacité à se situer dans une société multiculturelle. On est proche du constat du livre La France périphérique de Christophe Guilluy, qui traite de l’abandon des classes moyennes françaises par les élites parisiennes. Sans être confortées directement au terrorisme, à la délinquance ou à la précarité, elles votent FN, « parce qu’on n’a pas encore essayé », « parce que ça ne peut pas être pire », parce que les médias et les politiques alimentent leurs peurs. A noter que le 11e arrondissement, touché au coeur par les attentats du 13 novembre, a donné un score de 7,5% au Front National, contre 36% pour l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine par exemple. On est donc bien davantage dans l’irrationnel que dans la réalité vécue de près.

Naïvement, je crois à une viralité positive. A des débats numériques mesurés où chacun prend le temps de développer ses arguments et d’écouter ceux des autres, avec l’envie de poursuivre la conversation « dans la vraie vie ». Se parler tout simplement, c’est sans doute ce qui manque le plus aux électeurs apeurés qui tremblent devant BFM TV et filent voter pour les extrêmes quand une élection se présente. Utiliser les médias sociaux et traditionnels pour s’informer et échanger, c’est bien, mais pas au détriment de sortir, voyager, développer son esprit critique, vivre enfin, loin des écrans.

Du côté politique, j’espère aussi l’émergence d’un mouvement tourné vers l’avenir, qui ne serait basé ni sur l’invective ni sur la stigmatisation, conscient des problèmes mais porteur de solutions, ouvert sur le monde actuel et capable d’en valoriser les opportunités. Une alternance synonyme non pas de repli sur soi mais de vitalité démocratique comme en Espagne, en Grèce ou  en Ecosse, à même de susciter l’adhésion pour contrer l’abstention qui gonfle artificiellement les scores de l’extrême droite.

Pour ma part, sur ce blog, sur les réseaux sociaux et dans mon travail de journaliste, je vais continuer de faire ce que j’aime le plus, écrire sur les start up dynamiques et le made in France créateur d’emplois (voir ici et ). Y compris dans le secteur des cosmétiques si futile, donc indispensable.

Cyril Lignac, un chef et une marque

Icône télévisuelle, moulin à paroles et vrai chef talentueux, Cyril Lignac est aussi une tête de gondole. Comme d’autres confrères, il a créé une véritable entreprise autour de son nom qui tourne à plein régime. Dernier développement en date, une gamme d’accessoires de cuisine en exclusivité chez Carrefour.

Cyril Lignac et son fidèle bras droit Aude Rambour en pleine démonstration de savoir-faire - photo P.C.

Cyril Lignac et son fidèle bras droit Aude Rambour en pleine démonstration de savoir-faire – photo P.C.

La gamme a été développée avec Promeco, spécialiste des licences pour la maison (Christian Lacroix, Azzaro…). Fabriquée en Chine, elle a les courbes d’un équipement professionnel, non sans rappeler la marque Mauviel 1830 qui est elle, made in France. « Karim (Redjal, le directeur marketing de Promeco) n’arrêtait pas de me dire : ‘Il faut que ce soit design’« , explique Cyril Lignac, qui s’est surtout attaché aux détails pratiques : graduation, bec verseur, angles arrondis pour récupérer les sauces… Deux modèles sont proposés : professionnel ou grand public avec manches amovibles. L’association a aussi été l’occasion d’un concours sur les réseaux sociaux, Le défi de Cyril. Mais où trouve-t-il le temps de faire tout ça?

Pour Carrefour, qui mène souvent ce type de partenariats exclusifs, c’est une création de trafic de premier ordre, d’autant que le lancement est assorti d’une opération promotionnelle (une vignette collectée tous les 10 euros d’achat, 70% de réduction sur la gamme avec 10 vignettes, soit après un plein de courses). L’occasion de fidéliser les clients et d’en attirer de nouveaux, jusqu’au 9 janvier 2016.

Y a-t-il un « made-in-France-washing »?

A force d’écrire sur les cosmétiques, le luxe et l’art de vivre, j’ai développé une petite expertise autour du « made in France ». Car si ces domaines peuvent sembler frivoles, ce sont avant tout des industries qui représentent des emplois français. En mars dernier, j’avais d’ailleurs participé au dossier du Journal du dimanche sur ce sujet, où je traitais des secteurs pas forcément glamour des détecteurs de fumées et des casseroles. J’ai remis le couvert dans le numéro spécial paru hier, qui m’a donné l’occasion de visiter l’usine principale de Longchamp à Segré dans le Maine-et-Loire.

L'édition limitée de Noël du sac Pliage Héritage arrive dans les boutiques. Elle est fabriquée à Segré - photo P.C.

L’édition limitée de Noël du sac Longchamp Pliage Héritage arrive dans les boutiques. Elle est fabriquée à Segré près d’Angers – photo P.C.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la marque de maroquinerie à l’occasion de la réouverture de son flagship sur les Champs Elysées, mais il s’agissait cette fois d’aborder sa dimension de fabricant. Longchamp a six usines propres en France et deux à l’étranger (île Maurice et Tunisie), ainsi que des sous-traitants en Chine, en Roumanie et au Maroc. La marque haut de gamme n’est donc que partiellement « made in France », et son directeur général Jean Cassegrain s’en explique en toute transparence.

D’une part, si elle était restée arc-boutée sur le made in France, elle n’aurait pas eu le développement mondial qu’elle connaît aujourd’hui. D’autre part, la qualité de ses produits est garantie quel que soit le lieu de production, avec une centralisation de l’expertise à Segré : c’est ici que transitent tous les matériaux utilisés par les ateliers, que sont formés les techniciens venus de tous les sites, que sont réalisés les tests d’usure etc. Enfin, cette organisation permet de lisser les prix sur toute la production, que le sac soit étiqueté « made in France » ou « made in Maurice », et garantit donc une qualité à des tarifs raisonnables.

J’ajouterais que certaines marques ne se gênent pas pour afficher « made in France » sur un produit assemblé dans l’Hexagone, alors que l’essentiel du façonnage a été fait ailleurs. C’est aussi ce que m’a confié le PDG de Michel Herbelin, une des dernières manufactures de montres française, dont certains concurrents revendiquent le « Swiss made » tout en assemblant des composants sous-traités en Chine.

La fameuse Une du Parisien Magazine - photo DR

La fameuse Une du Parisien Magazine en 2012 – photo DR

Le « made in France » est avant tout un slogan politique lancé par le ministre Yves Jégo et rattrapé au vol par Arnaud Montbourg qui en appelle au patriotisme des consommateurs pour préserver les emplois français. Mais il est devenu un argument publicitaire au point que l’on n’est pas loin du « made-in-France-washing » comme on a pu connaître le « greenwashing » dans le domaine de l’écologie. A mon niveau, je reçois plusieurs communiqués par jour dans ma boîte mail avec cet intitulé magique, et pas seulement à l’occasion du salon éponyme. La transparence d’un patron de l’envergure de Jean Cassegrain est louable pour arrêter de se gargariser sur une production nationale et valoriser avant tout une expertise qui se diffuse dans le monde entier. Oui il faut garder une industrie française mais il est plus important encore d’avoir des entreprises qui existent dans la mondialisation. Et la France empêtrée dans le « self-bashing » a tous les atouts pour y arriver.

Fragonard, un modèle économique made in France

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Article paru le 6 septembre dans Le Journal du dimanche

Ce sujet sur l’ouverture du musée Fragonard, paru aujourd’hui dans Le Journal du dimanche, je le prépare depuis des mois. Depuis le 10 février exactement, quand l’entreprise familiale a invité plusieurs journalistes à visiter le chantier. L’occasion d’un dîner magique dans un bâtiment historique -ancien théâtre, vélodrome et magasin de meubles. J’étais assise à côté d’une des collaboratrices de l’agence de scénographie Arter, qui a conçu le parcours de visite, et du responsable du magasin Maple, quasiment au bord des larmes en évoquant la fermeture de son établissement mais satisfait de le voir continuer sous la forme d’un projet respectueux de l’esprit des lieux.

Prévue pour la fin juin, l’ouverture a finalement été décalée au 12 septembre, après une soirée d’inauguration le 10. J’ai donc eu largement le temps de rassembler les informations et de boucler l’article à temps pour paraître en avant-première.

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Dans celui-ci, j’explique le modèle économique de Fragonard, qui lie visite de musée gratuite et sortie par la boutique de souvenirs où les touristes se délestent bien volontiers de 20 euros en savons ou bougies parfumées. J’interviewe aussi Agnès Costa, une des dirigeantes de la maison avec ses soeurs Anne et Françoise, qui poursuivent l’entreprise de leur père. Encore une histoire de passion made in France comme je les aime.

Cire Trudon fait long feu

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Le plus ancien fabricant de bougies encore en activité – photo DR

De Patou à Mauviel 1830 ou Mellerio dits Mellers, j’adore écrire sur ces marques anciennes qui ont su traverser les années pour garder toute leur actualité, préservant un savoir-faire et une exigence de qualité. La France regorge de ces PME souvent ancrées dans un terroir qui font le bonheur des acheteurs étrangers.

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Peu de maisons ont une histoire aussi longue et prestigieuse que Cire Trudon, ancien fabricant de cierge et fournisseur de rois qui a su évoluer dans les bougies parfumées pour intérieurs chics. Je racontais son histoire dans le dernier Journal du dimanche, à l’occasion de la rénovation de sa boutique de la rue de Seine et d’une future ouverture à New York.

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Article paru le 23 août dans Le Journal du dimanche

Le made in France, ça marche

Dossier spécial made in France dans Le Journal du dimanche ce week-end, avec un focus sur les attentes des consommateurs. Sont-ils vraiment prêts à acheter un produit sur son critère d’origine? Et à payer plus cher pour soutenir la production française?

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Article paru le 22 mars dans Le Journal du dimanche

Après un peu de recherche (merci à Denis Gancel le président de W & Cie de m’avoir aiguillée), j’ai trouvé l’étude du Credoc qui fait autorité sur la question. « L’attachement des Français au made in France » s’appuie sur une enquête en face à face réalisée auprès de 2003 personnes entre décembre 2013 et janvier 2014. Les ressentis ont peut-être évolué depuis mais si l’on tient compte du délai de traitement et d’analyse, il s’agit de l’étude la plus complète et la plus récente sur le sujet. Il en ressort que, oui, les Français pensent que le made in France est synonyme de qualité, oui ils privilégient à 50% la production hexagonale. Cependant le critère d’origine vient bien après le rapport qualité-prix dans leurs achats et surtout il ne faut pas que le différentiel de prix soit trop important : entre 5 et 10% de plus que la concurrence, au-delà la solidarité nationale a des limites.

Pour cet article, j’avais besoin d’exemples d’industriels qui puissent témoigner que fabrication française était compatible avec succès commercial. J’ai pensé sans hésiter à Valérie Le Guern Gilbert, que j’avais rencontrée l’année dernière à l’occasion de la visite de son usine à Villedieu-les-Poêles en Normandie (photos ci-dessous). Valérie Le Guern Gilbert dirige Mauviel1830, un fabricant, je vous le donne en mille, de poêles et autres ustensiles de cuisine en cuivre et en inox fabriqués selon un savoir-faire ancestral. A 160 euros la gamelle, c’est un investissement, sauf que les poignées rivetées à la main sont garanties à vie et que les matériaux de qualité assurent une cuisson homogène. A comparer avec les poêles branlantes qui attachent, pas besoin de faire de dessin. Mauviel 1830 équipe les grands restaurants, collabore avec Yannick Alléno et était partenaire du dîner Goût de France organisé par le ministère des Affaires étrangères le 19 mars, mais séduit aussi le grand public féru de belles casseroles. Avis aux agences de relations presse, les rendez-vous donnent parfois des résultats des mois plus tard, c’est pourquoi je tiens à rester informée des budgets dans les domaines de l’art de vivre, car on ne sait jamais quand un sujet va aboutir.

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