Les bonnes idées de la semaine #8 : spécial Noël

Parfums de créateurs

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Close up d’Olfactive Studio et Ella d’Arquiste, deux coups de coeur parfumés de l’année – photos P.C.

« Quand il n’y a plus rien, il n’y a que le superflu qui compte ». Je pique cette phrase à une interview de Jane Birkin parue dans Grazia la semaine dernière. Elle-même la tenait de sa mère qui, lors des bombardements sur Londres pendant la Seconde guerre mondiale, a emporté avec elle son parfum plutôt que des produits de première nécessité. Je suis persuadée de la justesse de cette phrase, et je pense aussi à mon amie Charlotte, auteure de On ne meurt pas comme ça sur son combat contre le cancer, qui choisissait avec soin son vernis à ongles pour ses séances de chimio. « Ces parures sont mon armure », écrit-elle.

Alors que Noël est la période du consumérisme et des excès en tout genre, je m’appuie sur cette philosophie pour mettre en avant des parfumeurs indépendants, créateurs passionnés hors des circuits traditionnels, qui racontent des histoires sans dépenser des millions d’euros en publicité. Big up à Céline Verleure, une ancienne de L’Oréal qui a lancé sa marque Olfactive Studio par crowdsourcing et qui vient de sortir un nouveau flacon exclusif pour éviter la contrefaçon. Son dernier opus Close up est un boisé fruité (patchouli-griotte) sur fond ambré. Un vrai parfum mixte créé par Annick Menardo (le « nez » de Lolita Lempicka) à partir d’une photo de Suren Manvelyan, selon le concept d’Olfactive Studio qui se retrouve dans le design du flacon évoquant une lentille d’appareil photo.

Gros coup de coeur aussi pour El et Ella d’Arquiste, deux cocktails évoquant des soirées endiablées à Acapulco. Le féminin est sexy avec un coeur de rose turque mais le masculin est presque plus sensuel avec ses herbes aromatiques sur fond de civette et castoréum qui le fait tenir sur la peau comme une chaleur moite. Les deux sont portables indifféremment par les hommes et par les femmes. Arquiste est un projet porté par Carlos Huber, un architecte mexicain qui s’entoure de parfumeurs chevronnés pour recréer des ambiances olfactives -ici, la fin des années 70 avec Rodrigo Flores Roux.

J’ai déjà parlé ici de Pour Toujours, la collection de Martine Denisot basée sur des souvenirs d’enfance. Boule de gomme, Graines, Tudo Bem! ou Bootylicious, chacun trouvera le parfum qui lui convient dans cette série qui revisite aussi les différents registres de la parfumerie, sucré, végétal, fruité ou frais…

Je reviendrai bientôt sur le lancement de la marque de Jean-Michel Duriez, ancien parfumeur de Rochas mais les Parisiens peuvent déjà lui rendre visite dans sa boutique éphémère de la Galerie Vivienne. Il y est jusqu’au 3 janvier pour présenter sa nouvelle création L’étoile et le papillon avant d’arriver en parfumeries en février 2017. Une jolie idée de cadeau en avant-première.

Nez, la revue olfactive

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La couverture de Nez n°2 est assortie à ma déco!

J’en ai tellement parlé que ça devient lassant mais ce bel objet vendu en librairies et en parfumeries indépendantes est un cadeau universel tant le sens olfactif nous concerne tous. C’est la garantie de ravir les yeux et l’esprit avec des articles érudits richement illustrés. Le deuxième numéro au prix modique de 19,90 euros explore les mauvaises odeurs et surtout leur relativité, avec notamment une interview des historiens Alain Corbin et Georges Vigarello. Sentir, c’est intello!

 

Passion céramiques

Rien à voir, mais il n’y a pas que le parfum dans la vie. Mon voyage au Japon l’été dernier m’a donné le goût de la céramique artisanale, comme ces petits gobelets dans lesquels on boit le thé vert brûlant à petites gorgées. Mon amie Laetitia Perrin alias Pinpin Céramiques Paris en conçoit de très belles dans son atelier du 11e arrondissement. On peut la retrouver régulièrement dans des ventes privées en suivant son compte Instagram. Dans un autre style, Laurette Broll, découverte au dernier salon Paris Design Week, crée des vases très délicats aux couleurs pastel. Elle expose actuellement aux Ateliers de Paris parmi d’autres artisans de la capitale. Pour ne pas consommer idiot ce Noël, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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Couleurs et formes délicates des céramiques de Laurette Broll, à « shopper » aux Ateliers de Paris

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J’ai adopté les gobelets de Pinpin Céramiques Paris pour mon thé japonais

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Bilan de Milan

FullSizeRender-3Le 31 mars dernier, Nez la revue olfactive, le projet éditorial auquel j’ai le plaisir de participer, m’a emmenée dans ses bagages au salon de la parfumerie Esxence à Milan. Le 1er avril, j’animais une table ronde sur le thème de l’avenir de la parfumerie de niche en France, en complément de l’article que je consacre au même sujet dans le premier numéro de Nez.

Pour ma première visite à Milan, et a fortiori au salon Esxence, je suis revenue avec une flopée de contacts et d’expériences qui nourrissent ma connaissance du monde du parfum. Olfactivement, Esxence n’a pas totalement tenu ses promesses. Nous sommes nombreux à constater que sur les quelque 200 exposants, il y a eu peu de découvertes majeures. Beaucoup de concepts, de collections autour d’un thème, qui se contentent de décliner les grandes familles olfactives -hespéridé, boisé, ambré, fleuri, chypre…

J’ai rencontré Marjorie Olibère, fondatrice de la marque Olibere, conçue autour de sa passion pour le cinéma. Les parfums, créés par Bertrand Duchaufour et Flair, revisitent les thèmes classiques du grand écran (le voyage, l’amour, le mystère), les flacons sont en forme de caméra super 8, la phrase « To be continued » est inscrite dans les boîtes et Marjorie sponsorise le festival de cinéma de Milan avec un concours de court-métrage. La jeune femme a de l’ambition et l’envie d’aller loin. C’est tout ce que je lui souhaite.

Dans une inspiration proche, Audrey Courbier, une ancienne d’Estée Lauder, a créé cinq parfums sur le thème des coulisses (de tournage, de séance photo, de défilé…). La collection Making Of Cannes fait escale à Paris, New York, la Côte d’Azur. Un concept qui plaît à l’étranger mais qui reste très cliché et pas renversant sur le plan olfactif.

J’ai aussi noté une marque de parfum Gustave Eiffel, mais je n’ai pas cherché à aller au-delà des flacons pseudo-industriels et des jus colorés exposés sur le stand. Je doute d’être passée à côté d’une grande innovation créative, un comble quand on se réclame d’un tel visionnaire.

Finalement, les plus jolies créations sont venues de marques déjà connues, comme Adjatay de The Different Company, l’évocation d’une tubéreuse persistante dans une sacoche en cuir. J’ai du mal avec l’odeur de tubéreuse, souvent trop écoeurante à mon goût, mais celle-ci est chaude, sensuelle, relevée d’ylang ylang (création d’Alexandra Monet de Drom). Chez Etat libre d’orange, Hermann à mes côtés me paraissait une ombre cite un vers des Contemplations de Victor Hugo avec des notes de terre et de bois vert (Quentin Bisch, Givaudan). Still Life in Rio d’Olfactive Studio retranscrit l’odeur du sable chaud du Brésil avec une pointe d’eau de coco (Dora Baghriche, Firmenich). La créatrice de la marque, Céline Verleure, va lancer une campagne de financement participatif pour développer un nouveau flacon exclusif, le standard utilisé actuellement étant trop facile à copier.

Sur le salon, j’ai aussi rencontré Alexandra Cubizolles d’Une nuit à Bali, marque née autour de produits pour le corps qui ajoute de nouveaux parfums à sa collection, en attendant de développer de nouvelles destinations. Sur le stand d’à côté, le pharmacien/musicien Michael Partouche de Room 1015 présentait sa dernière création avec le studio Flair, Power Ballad, référence aux slows ravageurs des groupes de hard rock de son adolescence (photos ci-dessus, dans le sens des aiguilles d’une montre).

IMG_0717Mais la niche se niche aussi là où on ne l’attend pas. Une des marques les plus vendues dans les parfumeries spécialisées, Alexandre J, allie sans retenue les couleurs vives et le doré, avec des jus de bonne facture (signés Flair encore) et des packagings clinquants qui plaisent autant à une clientèle française qu’étrangère. On n’en parlera certainement pas dans Nez. Mais aux côtés des nombreuses marques du Moyen-Orient consacrées au oud dans les travées d’Esxence, c’est aussi une réalité de la niche.

 

NB. Depuis son lancement en librairies et en parfumeries indépendantes le 14 avril, Nez fait un carton! La revue a été réimprimée et les retombées presse sont impressionnantes. Elle, Stylist, Le journal du dimanche, Les Inrocks, L’Obs, Stratégies, Les Echos, BFM, TF1, Télématin, ils ont tous parlé de nous. Quant à France Inter, ils nous adorent : la journaliste Dorothée Barba a consacré une chronique à mon article le 20 avril, Patrick Cohen a salué cette « formidable revue » dans la matinale la plus écoutée de France le 21 et l’émission scientifique La tête au carré a invité la rédactrice en chef Jeanne Doré et le chimiste Olivier Pierre David le 22. Fière je suis de faire partie de cette aventure!

 

Le rêve d’Iran des PME françaises

Une parfumerie classique à Téhéran crédit M.O.

Une parfumerie typique à Téhéran – photo M.O.

Le Medef emmène actuellement une délégation de 150 chefs d’entreprise en Iran, dont la PME toulousaine Graine de Pastel, qui fabrique des cosmétiques à base de plantes. « L’Iran est le septième marché mondial pour les cosmétiques. Il y a 38 millions de femmes très soucieuses de leur beauté », a expliqué sa présidente Carole Garcia à L’Usine Nouvelle.

Ce n’est pas la première fois que j’entends parler des charmes de la Perse pour les marques de parfumerie françaises. Céline Verleure, la fondatrice des parfums Olfactive Studio, y est déjà présente malgré l’embargo via un distributeur de Dubaï. Et le propriétaire du Galion, que j’ai rencontré récemment, m’en a parlé comme l’un des pays les plus porteurs, avec la Grande-Bretagne.

« Chaque femme iranienne utilise un flacon entier de parfum par mois, témoigne Céline Verleure. Les Perses aiment les parfums occidentaux, leurs goûts sont très proches des nôtres à la différence des pays arabes. » Au-delà de nos relations diplomatiques avec le régime des mollahs, il est rassurant de penser que les citoyens iraniens nous sont si proches, comme tous les touristes qui ont fait le voyage en témoignent.