Rencontre avec Jean-Michel Duriez, parfumeur en solo

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La forme de demi-lune du flacon rappelle les arcades de la galerie marchande… Tout est pensé dans ce projet très personnel – photos P.C.

Il reste quelques jours pour rendre visite à Jean-Michel Duriez dans sa boutique éphémère de la Galerie Vivienne à Paris, près des jardins du Palais Royal. L’ancien « nez » de Rochas chez Procter & Gamble a réalisé son rêve d’indépendance à la faveur des ventes de licences de parfumerie du géant américain. Associé à Guillaume Auffret, un ancien de Dolce & Gabbana (parti chez Shiseido, tandis que Rochas a été repris par Interparfums), il a développé une collection de sept parfums dont le premier, L’étoile et le papillon, est présenté dans ce « pop up store » jusqu’au 3 janvier. Ce lancement en avant-première est accompagné d’un partenariat avec l’artiste Noe Two qui a créé une oeuvre exclusive découpée en 168 coffrets (390 euros l’ensemble). A partir de février, la marque doit arriver en parfumeries indépendantes et en grands magasins, à 190 euros cette fois, avant un développement à l’international en 2018.

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Jean-Michel Duriez devant le panneau créé par Noe Two, découpé en habillages de coffrets pour les 168 premiers exemplaires de son parfum L’étoile et le papillon.

L’étoile et le papillon fait partie d’une série consacrée à Paris dont Jean-Michel Duriez a imaginé tout l’univers, mis en images par le photographe Gérard Uféras et en mots par l’écrivaine Julie Gouazé. Paris la nuit, promenade sur les quais de Seine, rencontre amoureuse, draps froissés, on est dans les clichés assumés qui permettent au parfumeur de décliner les belles matières (composées avec Robertet) : rose, santal, ylang, iris, cuir, vétiver, jasmin… « J’adore Paris, c’est là que je travaille, justifie-t-il. Je continue mon métier avec une liberté totale. Mes matières de prédilection sont les baumes, styrax, tolu, opoponax, toutes les odeurs résinées de sève. » Le « nez » a pensé à tous les détails, la forme du flacon en demi-lune, soulignée de godrons en verre dépoli, le capot en zamac doré à l’or fin 24 carats, le filet orange, sa couleur préférée, le coffret aimanté et même le logo d’inspiration art déco. Soutenu par le pâtissier Pierre Hermé, avec qui il a signé le livre Au coeur du goût, Jean-Michel Duriez assume de se lancer sur fonds propres, ce qui lui permet d’avancer à son rythme, avec l’ouverture d’une boutique permanente en ligne de mire.

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Question de génération, de timing, d’envie tout simplement, de nombreux parfumeurs se lancent en solo actuellement. Michel Almairac, de Robertet, a ouvert la boutique Parle-moi de parfum rue de Sévigné à Paris. Sylvaine Delacourte, créatrice des parfums sur mesure de Guerlain, a créé une collection autour des muscs. Et j’ai déjà parlé ici du projet Mizensir d’Alberto Morillas qui vient d’inaugurer un point de vente à Megève.

 

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Les bonnes idées de la semaine #8 : spécial Noël

Parfums de créateurs

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Close up d’Olfactive Studio et Ella d’Arquiste, deux coups de coeur parfumés de l’année – photos P.C.

« Quand il n’y a plus rien, il n’y a que le superflu qui compte ». Je pique cette phrase à une interview de Jane Birkin parue dans Grazia la semaine dernière. Elle-même la tenait de sa mère qui, lors des bombardements sur Londres pendant la Seconde guerre mondiale, a emporté avec elle son parfum plutôt que des produits de première nécessité. Je suis persuadée de la justesse de cette phrase, et je pense aussi à mon amie Charlotte, auteure de On ne meurt pas comme ça sur son combat contre le cancer, qui choisissait avec soin son vernis à ongles pour ses séances de chimio. « Ces parures sont mon armure », écrit-elle.

Alors que Noël est la période du consumérisme et des excès en tout genre, je m’appuie sur cette philosophie pour mettre en avant des parfumeurs indépendants, créateurs passionnés hors des circuits traditionnels, qui racontent des histoires sans dépenser des millions d’euros en publicité. Big up à Céline Verleure, une ancienne de L’Oréal qui a lancé sa marque Olfactive Studio par crowdsourcing et qui vient de sortir un nouveau flacon exclusif pour éviter la contrefaçon. Son dernier opus Close up est un boisé fruité (patchouli-griotte) sur fond ambré. Un vrai parfum mixte créé par Annick Menardo (le « nez » de Lolita Lempicka) à partir d’une photo de Suren Manvelyan, selon le concept d’Olfactive Studio qui se retrouve dans le design du flacon évoquant une lentille d’appareil photo.

Gros coup de coeur aussi pour El et Ella d’Arquiste, deux cocktails évoquant des soirées endiablées à Acapulco. Le féminin est sexy avec un coeur de rose turque mais le masculin est presque plus sensuel avec ses herbes aromatiques sur fond de civette et castoréum qui le fait tenir sur la peau comme une chaleur moite. Les deux sont portables indifféremment par les hommes et par les femmes. Arquiste est un projet porté par Carlos Huber, un architecte mexicain qui s’entoure de parfumeurs chevronnés pour recréer des ambiances olfactives -ici, la fin des années 70 avec Rodrigo Flores Roux.

J’ai déjà parlé ici de Pour Toujours, la collection de Martine Denisot basée sur des souvenirs d’enfance. Boule de gomme, Graines, Tudo Bem! ou Bootylicious, chacun trouvera le parfum qui lui convient dans cette série qui revisite aussi les différents registres de la parfumerie, sucré, végétal, fruité ou frais…

Je reviendrai bientôt sur le lancement de la marque de Jean-Michel Duriez, ancien parfumeur de Rochas mais les Parisiens peuvent déjà lui rendre visite dans sa boutique éphémère de la Galerie Vivienne. Il y est jusqu’au 3 janvier pour présenter sa nouvelle création L’étoile et le papillon avant d’arriver en parfumeries en février 2017. Une jolie idée de cadeau en avant-première.

Nez, la revue olfactive

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La couverture de Nez n°2 est assortie à ma déco!

J’en ai tellement parlé que ça devient lassant mais ce bel objet vendu en librairies et en parfumeries indépendantes est un cadeau universel tant le sens olfactif nous concerne tous. C’est la garantie de ravir les yeux et l’esprit avec des articles érudits richement illustrés. Le deuxième numéro au prix modique de 19,90 euros explore les mauvaises odeurs et surtout leur relativité, avec notamment une interview des historiens Alain Corbin et Georges Vigarello. Sentir, c’est intello!

 

Passion céramiques

Rien à voir, mais il n’y a pas que le parfum dans la vie. Mon voyage au Japon l’été dernier m’a donné le goût de la céramique artisanale, comme ces petits gobelets dans lesquels on boit le thé vert brûlant à petites gorgées. Mon amie Laetitia Perrin alias Pinpin Céramiques Paris en conçoit de très belles dans son atelier du 11e arrondissement. On peut la retrouver régulièrement dans des ventes privées en suivant son compte Instagram. Dans un autre style, Laurette Broll, découverte au dernier salon Paris Design Week, crée des vases très délicats aux couleurs pastel. Elle expose actuellement aux Ateliers de Paris parmi d’autres artisans de la capitale. Pour ne pas consommer idiot ce Noël, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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Couleurs et formes délicates des céramiques de Laurette Broll, à « shopper » aux Ateliers de Paris

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J’ai adopté les gobelets de Pinpin Céramiques Paris pour mon thé japonais

Bilan de Milan

FullSizeRender-3Le 31 mars dernier, Nez la revue olfactive, le projet éditorial auquel j’ai le plaisir de participer, m’a emmenée dans ses bagages au salon de la parfumerie Esxence à Milan. Le 1er avril, j’animais une table ronde sur le thème de l’avenir de la parfumerie de niche en France, en complément de l’article que je consacre au même sujet dans le premier numéro de Nez.

Pour ma première visite à Milan, et a fortiori au salon Esxence, je suis revenue avec une flopée de contacts et d’expériences qui nourrissent ma connaissance du monde du parfum. Olfactivement, Esxence n’a pas totalement tenu ses promesses. Nous sommes nombreux à constater que sur les quelque 200 exposants, il y a eu peu de découvertes majeures. Beaucoup de concepts, de collections autour d’un thème, qui se contentent de décliner les grandes familles olfactives -hespéridé, boisé, ambré, fleuri, chypre…

J’ai rencontré Marjorie Olibère, fondatrice de la marque Olibere, conçue autour de sa passion pour le cinéma. Les parfums, créés par Bertrand Duchaufour et Flair, revisitent les thèmes classiques du grand écran (le voyage, l’amour, le mystère), les flacons sont en forme de caméra super 8, la phrase « To be continued » est inscrite dans les boîtes et Marjorie sponsorise le festival de cinéma de Milan avec un concours de court-métrage. La jeune femme a de l’ambition et l’envie d’aller loin. C’est tout ce que je lui souhaite.

Dans une inspiration proche, Audrey Courbier, une ancienne d’Estée Lauder, a créé cinq parfums sur le thème des coulisses (de tournage, de séance photo, de défilé…). La collection Making Of Cannes fait escale à Paris, New York, la Côte d’Azur. Un concept qui plaît à l’étranger mais qui reste très cliché et pas renversant sur le plan olfactif.

J’ai aussi noté une marque de parfum Gustave Eiffel, mais je n’ai pas cherché à aller au-delà des flacons pseudo-industriels et des jus colorés exposés sur le stand. Je doute d’être passée à côté d’une grande innovation créative, un comble quand on se réclame d’un tel visionnaire.

Finalement, les plus jolies créations sont venues de marques déjà connues, comme Adjatay de The Different Company, l’évocation d’une tubéreuse persistante dans une sacoche en cuir. J’ai du mal avec l’odeur de tubéreuse, souvent trop écoeurante à mon goût, mais celle-ci est chaude, sensuelle, relevée d’ylang ylang (création d’Alexandra Monet de Drom). Chez Etat libre d’orange, Hermann à mes côtés me paraissait une ombre cite un vers des Contemplations de Victor Hugo avec des notes de terre et de bois vert (Quentin Bisch, Givaudan). Still Life in Rio d’Olfactive Studio retranscrit l’odeur du sable chaud du Brésil avec une pointe d’eau de coco (Dora Baghriche, Firmenich). La créatrice de la marque, Céline Verleure, va lancer une campagne de financement participatif pour développer un nouveau flacon exclusif, le standard utilisé actuellement étant trop facile à copier.

Sur le salon, j’ai aussi rencontré Alexandra Cubizolles d’Une nuit à Bali, marque née autour de produits pour le corps qui ajoute de nouveaux parfums à sa collection, en attendant de développer de nouvelles destinations. Sur le stand d’à côté, le pharmacien/musicien Michael Partouche de Room 1015 présentait sa dernière création avec le studio Flair, Power Ballad, référence aux slows ravageurs des groupes de hard rock de son adolescence (photos ci-dessus, dans le sens des aiguilles d’une montre).

IMG_0717Mais la niche se niche aussi là où on ne l’attend pas. Une des marques les plus vendues dans les parfumeries spécialisées, Alexandre J, allie sans retenue les couleurs vives et le doré, avec des jus de bonne facture (signés Flair encore) et des packagings clinquants qui plaisent autant à une clientèle française qu’étrangère. On n’en parlera certainement pas dans Nez. Mais aux côtés des nombreuses marques du Moyen-Orient consacrées au oud dans les travées d’Esxence, c’est aussi une réalité de la niche.

 

NB. Depuis son lancement en librairies et en parfumeries indépendantes le 14 avril, Nez fait un carton! La revue a été réimprimée et les retombées presse sont impressionnantes. Elle, Stylist, Le journal du dimanche, Les Inrocks, L’Obs, Stratégies, Les Echos, BFM, TF1, Télématin, ils ont tous parlé de nous. Quant à France Inter, ils nous adorent : la journaliste Dorothée Barba a consacré une chronique à mon article le 20 avril, Patrick Cohen a salué cette « formidable revue » dans la matinale la plus écoutée de France le 21 et l’émission scientifique La tête au carré a invité la rédactrice en chef Jeanne Doré et le chimiste Olivier Pierre David le 22. Fière je suis de faire partie de cette aventure!

 

Nez prend forme, mon portrait parfumé, bientôt Milan

Nez la revue olfactive, la nouvelle revue à laquelle je participe, prend forme… Elle est déjà en vente à cette adresse, avant son arrivée en librairies le 14 avril. La une est toute en typo et découpage, une image intrigante comme le projet, celui de faire un bel objet dédié au sens de l’odorat où la vue, le toucher, l’intellect sont aussi sollicités. Le goût restera abstrait, bien que l’on retrouvera une interview d’Alain Passard. Quant à l’ouïe, peut-être le glissement du papier sous les doigts…?

 

Pour accompagner le lancement, Sarah Bouasse, la rédaction en chef adjointe, a tiré le portrait de certains collaborateurs sur son blog Flair Flair. Après Delphine de Swardt, spécialiste en mots du parfum, Olivier David, chimiste, elle m’a demandé de lui confier mon rapport aux odeurs. Un exercice amusant pour moi qui ai plutôt l’habitude de faire parler les autres. Elle a retranscrit fidèlement mes propos dans ce qui ressemble à un portrait chinois : si j’étais un parfum, je serais sans doute Eau de Rochas, avec un fond de savon de Marseille et d’herbe sèche. Les senteurs d’enfance sont celles qui restent.

J’ai le plaisir de filer à Milan en fin de semaine pour animer une table ronde sur le thème de l’article que je signe dans Nez : quel avenir pour la parfumerie de niche en France? Ce sera dans le cadre du salon Esxence consacré à la parfumerie artistique.

Rencontre avec le gentleman parfumeur Alberto Morillas

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Mon cahier est prêt, je suis toute ouïe… et nez – photos P.C.

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L’homme aux chaussettes mauves

Quel meilleur moyen de commencer une journée que de prendre le petit-déjeuner avec Alberto Morillas? Le maître parfumeur du géant des parfums et arômes genevois Firmenich a composé quelques grands classiques de la parfumerie tels Must de Cartier, Flower by Kenzo, CK One ou encore Pleasures d’Estée Lauder. Sa patte est reconnaissable en toutes, par son utilisation des muscs, une matière passionnante à travailler, « qui s’étire ou se densifie ».

En parallèle à ses travaux de commande, il a créé sa propre marque, Mizensir, un projet qu’il mène en famille, sans pression, pour se faire plaisir. Et l’on sent qu’il a aussi plaisir à partager sur les ingrédients qui lui tiennent à coeur, mêlant les anecdotes personnelles, les formules pleines d’humour et les informations factuelles.

Pour Mizensir, par exemple, il parle de « quelque chose de spontané, comme des amis qui sortent une guitare pour un concert improvisé, à la différence d’une rock star en tournée. » Pour évoquer Little Bianca, la Cologne qu’il vient de créer pour sa petite-fille, ce natif de Séville rappelle qu' »en Espagne, on lave les enfants au parfum ». Lorsqu’il aborde le oud, fil rouge de sa dernière collection, il dit : « C’est comme la licorne, tout le monde en parle mais personne ne l’a vu » ou encore « Comme la paella, tout le monde le fait à sa façon! » Il est aussi passionnant lorsqu’il décrit la Paradisone, « une molécule Firmenich qui rappelle le magnolia » ou le safranol, « une note cuir qui amène une respiration sur le oud ».

Parmi ses dernières créations, j’ai adopté Little Bianca, une merveille de parfum frais et réconfortant à base d’essence de bergamote, d’essence de rose bulgare et d’une touche de vétiver. La terre et le ciel, l’amertume et la légèreté, un équilibre subtil qui évite le cliché enfantin de la fleur d’oranger (100 ml, 190 euros).

Les parfums Mizensir sont distribués à Paris chez Colette, à Cannes chez Taizo. Tous les points de vente sont sur le site internet.

 

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Un indéniable plaisir à partager

Aether, apologie de la chimie

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Un univers envoûtant, garanti sans ingrédients naturels – photo P.C.

J’ai déjà parlé du Galion, la marque de parfums remise à flots par Nicolas Chabot, un ancien de Givenchy. Parce que ce passionné de belle parfumerie n’est pas dans une démarche nostalgique, il lance un projet complémentaire, une nouvelle marque créée ex nihilo autour d’un parti-pris : n’utiliser que des molécules de synthèse.

Aether est un exercice de style autour de l’éther, une matière qui fascine Nicolas Chabot. « C’est le cinquième élément d’Aristote, celui qui tient les planètes entre elles dans l’espace, un symbole de l’âme, un produit médicinal. Comme la cuisine moléculaire, Aether veut montrer que la chimie peut être poétique. »

Apologie revendiquée de la synthèse, la gamme propose cinq compositions abstraites et en même temps riches d’évocations créées avec le studio Flair d’Amélie Bourgeois et Anne-Sophie Behaghel. Muskethanol est l’évocation d’un « sable métallique venu de l’espace » selon cette dernière, avec son assemblage de rose damascena, d’immortelle et d’ambre gris. Carboneum est une nouvelle façon d’exprimer le cuir, avec un effet néoprène amené par le benzoate de méthyle. Rose Alcane est un oxyde de rose sans connotation sucrée. Ether Oxyde démarre par une forte note d’éther presque narcotique adoucie par l’ambroxan. Enfin, Citrus Ester est une explosion d’agrumes censée reproduire l’odeur du Big Bang.

Cinq parfums du futur mis en scène par les superbes photos de Roberto Greco et des textes du journaliste Lionel Paillès, qui démontent les préjugés sur la chimie. Dans le même temps, Le Galion lance deux nouvelles Cologne signées Rodrigo Flores-Roux, l’une de jour, lumineuse et aérienne à base d’orange amère, de chèvrefeuille et de galbanum, l’autre nocturne avec une dominante de lavande et de thym qui rappelle un jardin provençal exsudant ses parfums à la tombée de la nuit. « Le Galion n’est pas vintage, il est intemporel et classique », assure Nicolas Chabot. Aether, lui, est résolument avant-gardiste.

James Heeley, an Englishman in Paris

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Un jeune homme du Yorkshire – photo DR

James Heeley est un dandy anglais, élégant et bien élevé. Mais la « stiff upper lip » de façade cache un tempérament passionné qui l’a fait passer d’une carrière toute tracée d’avocat à une vocation d’artiste. Design, parfum, ce touche-à-tout autodidacte a débuté en dessinant des vases pour le fleuriste Christian Tortu qui lui a fait rencontrer Annick Goutal et l’a mené aux compositions odorantes. Si ses études de droit lui ont appris la rationalité nécessaire à la création d’entreprise, « j’avais envie de faire quelque chose de créatif » confie le jeune homme dans son bureau du passage du Désir, près de la gare de l’Est à Paris.

Distribuée d’abord chez Colette, sa marque est présente en Allemagne, en Italie et dans des parfumeries indépendantes françaises comme Jovoy et Nose… mais pas encore à Londres, où l’accès aux grands magasins est difficile. Cela devrait changer grâce à un distributeur local.

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Chypre 21, un hommage à un Paris nostalgique – photo P.C.

Son nouveau parfum, après une vingtaine de créations en dix ans, est un chypre, hommage aux premiers parfums modernes signés Coty et Guerlain. Chypre 21, comme XXIe siècle, reprend les ingrédients emblématiques de cette famille olfactive, bergamote, rose, patchouli, mousse de chêne, dans un traitement frais et transparent. Le safran, dénué d’allergènes comme la mousse de chêne pour répondre à la réglementation actuelle, apporte une touche orientale.

« Pour moi, le chypre évoque le chic parisien du 16e arrondissement. J’ai pensé à un glamour rétro, incarné par Grace Kelly ou Elizabeth Taylor. Le chic, ce sont les bonnes manières, le respect des autres, ce qui rend la vie plus agréable. Je suis un peu nostalgique et romantique », reconnaît-il. Dans son quartier hipster du 10e arrondissement, son hommage à Paris résonne joliment comme une passerelle entre les cultures et les générations.