Plus que jamais, luttons contre le tabou des règles

Depuis que j’ai écrit un article sur la fin du tabou des règles dans Le Journal du dimanche, j’aurais de quoi recommencer l’enquête tant l’actualité s’emballe sur ce sujet -et c’est tant mieux. Il y a le documentaire sur Netflix « Period. End of sentence » sur l’arrivée d’une machine à fabriquer des serviettes hygiéniques dans des villages indiens où les jeunes filles sont frappées de honte et obligées de se cacher lorsqu’elles ont leurs règles. Voir leurs sourires lorsqu’elles tiennent entre leurs mains ces protections bon marché n’a pas de prix.

 

Il y a eu la campagne puissante de Care sur le même thème, qui dénonce la déscolarisation des filles lorsqu’elles sont pubères, parfois simplement à cause de l’absence de toilettes séparées ou de l’accès à des protections hygiéniques (agence CLM BBDO).

 

Chez nous, il y a une floraison de start ups autour des nouvelles protections comme les box sur abonnement (Jho, MyHoly, Gina, Fava…), les coupes menstruelles (Luneale, Meluna, Be’Cup, Lamazuna…), des culottes absorbantes (Blooming, Smoon, Fempo…). J’ai même vu un communiqué sur des protections hygiéniques en soie bio chez PliM. Une nouveauté qui correspond aussi à la tendance du zéro déchet, un peu comme les couches lavables mais de façon moins contraignante (quelques jours par mois vs tous les jours!).

On parle de plus en plus des règles, des maladies comme l’endométriose, peut-être même qu’un jour la ménopause ne sera plus synonyme de mise au ban de la féminité. On parle moins des femmes précaires ou sans abri qui doivent se battre pour se nourrir et se loger chaque jour -mais comment font-elles lorsqu’elles ont leurs règles? J’étais récemment aux Grands Voisins à la soirée de l’association Règles Élémentaires qui collecte des serviettes et tampons. Il faut soutenir cette initiative qui met en évidence une précarité dont on n’a pas forcément conscience et qui s’engage aussi « à briser le tabou des menstruations ». Girl power!

 

Les règles ont changé

Les articles sur les règles se multiplient ces temps-ci, portés par des revendications féminines d’arrêter d’avoir honte de ce phénomène naturel. Deux livres récents, Ceci est mon sang d’Élise Thiébaut (La Découverte) et Sang tabou de Camille Emmanuelle (La Musardine) abordent ce sujet en mêlant anecdotes personnelles et perspective historique sur la soumission des femmes à travers le prétexte de leur impureté supposée. Je préfère le ton du second mais les deux ouvrages m’ont inspirée pour cet article paru le 30 décembre dernier dans Le journal du dimanche. J’ai choisi l’angle des start ups qui se créent autour de protections féminines plus écologiques car en plus de nous compliquer la vie quelques jours par mois les règles nous empoisonnent à petit feu avec des traces de glyphosate retrouvées dans les tampons industriels! Je salue en particulier Jho créée par Coline Mazeyrat et l’ancienne journaliste Dorothée Drevon-Barth, auteure de l’hilarant spectacle « Albert Londres, les pigeons et moi » dont j’ai parlé ici. Les deux entrepreneuses basées à Nantes ont gagné la finale du Fundtruck 2018 et ont levé 1 million d’euros pour développer leur offre de tampons en coton bio sur abonnement.