Comment consomment les Français pendant la crise?

Les distributeurs comme Intermarché se sont engagés pour le pouvoir d’achat des consommateurs

L’institut Kantar organisait hier un webinar (conférence en ligne) sur la consommation des Français pendant la crise et les implications pour les marques. Il a diffusé les résultats d’une étude réalisée du 27 au 30 mars dans 60 pays auprès de 500 à 1000 personnes par pays dont la France. C’est la deuxième vague après une première menée du 14 au 19 mars. Kantar a également publié les chiffres de la consommation par catégories.

Voici quelques enseignements :

-79% des Français se disent très inquiets (+4 points par rapport à la 1ère vague). Ils sont pessimistes sur la reprise économique à long terme après la crise. Leurs inquiétudes portent surtout sur leurs revenus : 56% anticipent une baisse de pouvoir d’achat, ils étaient 16% à la 1ère vague.

-52% déclarent avoir réduit leurs achats en magasins physiques (+7 points par rapport à la vague 1), 37% en e-commerce (+4 points).

-Les biens et services qui ont été le moins achetés sont évidemment la mode et les transports en commun, le petit high tech, le matériel de bricolage et jardinage

-Les dépenses qui ont augmenté concernent l’alimentation, les travaux de la maison, les livres, les contenus sur internet, les produits d’entretien ménager, les livraisons de repas à domicile…

-Sur les attentes vis-à-vis des entreprises, les Français citent d’abord la santé des collaborateurs (organiser la désinfection des lieux de travail par exemple), la mise en place de solutions de travail flexible ou de télétravail (-8 points par rapport à la vague 1), les dons pour soutenir l’achat de masques et de désinfectants pour les hôpitaux (+9 points par rapport à la vague 1), ramener les productions et usines en France (+8 points), élaborer des plans pour protéger l’approvisionnement de services ou de produits. 

À noter que seulement 14% citent « arrêter la publicité ». Kantar alerte ses clients annonceurs sur le fait que l’investissement média est essentiel pour préserver ses parts de marché. Une étude menée lors de la crise financière de 2008 a montré que les marques qui ont réduit leur pression médiatique étaient beaucoup plus susceptibles de subir une perte de part de marché. On peut s’interroger sur l’après confinement qui pourrait confirmer la baisse de la consommation, au détriment de certaines marques ayant le moins d’utilité et d’authenticité. 

Le groupe Ferrero met les bouchées doubles en télévision (photo ferrero.fr)

Kantar relève que Ferrero et Nestlé ont augmenté leurs investissements publicitaires sur la période, en parallèle avec le besoin des confinés de réconfort et de grignotage. Par ailleurs certains annonceurs ont fait le choix d’investir en télévision et en radio pour soutenir les médias ou pour remercier les professions en première ligne. Par exemple, la start up Fizzer, application qui permet d’envoyer par courrier des cartes postales personnalisées, vient de lancer une campagne sur les principales chaînes hertziennes pour remercier les facteurs (et se faire connaître à une période de moindre pression publicitaire). Inversement, Coca-Cola a annoncé renoncer à son budget média pour l’investir dans le soutien aux associations. 

Un extrait du webinar de Kantar

Concernant la consommation dans le détail, sur les semaines du 24 février au 22 mars 2020, Kantar enregistre une hausse jamais vue de 20% des ventes de PGC et FLS (produits de grande consommation et frais et libre-service) par rapport à la même période de 2019. Ceci alors que le marché était à -1,2% sur cette période de 2019 par rapport à 2018.

L’institut note que la situation bénéficie aux commerces de proximité et au drive, au détriment des hypermarchés, un circuit déjà menacé avant la crise. Trop grands, trop éloignés, ces formats ne sont pas adaptés aux contraintes des sorties autorisées et ont perdu 2,3 points de part de marché sur la période. Le discount pâtit également de l’absence de drive et de son offre courte alors que les Français veulent remplir leur Caddie et font confiance aux marques. On verra si la tendance se confirme après la crise avec la perte de pouvoir d’achat. La situation bénéficie aux enseignes qui font du drive et aux formats de proximité comme Carrefour Market, Franprix, Auchan Supermarché. Intermarché gagne 0,8 point de part de marché, les magasins U 0,6 point.

S’agissant des catégories, les gagnants sont non seulement les produits de première nécessité et de fond de placard (+95% pour les pâtes sèches, +94% pour le savon) mais aussi les produits de grignotage comme les tablettes de chocolat, les biscuits, les chips pour les apéros visio (+23%) etc. Les produits ménagers sont à +24%, 32% des foyers déclarant faire plus souvent le ménage, que ce soit pour passer le temps ou pour faire la traque au virus. Les litières sont aussi à +23%. 

Alors comme ça on se laisse aller en confinement? (photo Le Slip Français)

Le rayon beauté est en berne avec une chute de 14% pour le maquillage. Selon l’étude, 20% des femmes déclarent ne plus se maquiller. 46% des Français passent leurs journées en tenue décontractée et 12% en pyjama. Ça n’incite pas à la coquetterie mais de là à se passer de déo (les produits parfumants sont à -2%)? En revanche la coloration est à +21%.

Concernant les produits frais, la situation est paradoxale car les ventes ont augmenté en volume comme en valeur alors que les prix sont en hausse du fait de l’origine française et des coûts de transport qui augmentent. Malgré les inquiétudes pour le pouvoir d’achat, le prix est passé en deuxième critère de choix en 2020 (derrière l’habitude et devant la santé) alors qu’il était le premier en 2019. 

Les produits frais sont aussi plus difficiles à stocker, pénalisés par la fermeture des marchés et posent des soucis d’hygiène. Kantar note qu’une tendance de fond de ces dernières années, le succès de l’application de décryptage des étiquettes Yuka, est en sommeil car les gens passent moins de temps en magasin, mais prédit que la quête du bio, du naturel, du local et de la qualité va perdurer. La question qui n’est pas encore tranchée est de savoir si l’agribashing et le distribashing (la critique de l’agriculture productiviste et de la grande distribution), en sourdine actuellement, renaîtront après la crise. Les professionnels doivent s’y préparer. Si seulement 29% des Français ont peur de ne pas pouvoir s’approvisionner en nourriture, c’est quand même beaucoup grâce à ces secteurs. 

Sauvons les abeilles !

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Il est facile d’aider les abeilles dans leur tâche en semant des plantes mellifères dans son jardin ou sur son balcon (photo libre de droits)

C’est en discutant avec une amie qui travaille avec un apiculteur que j’ai eu l’idée de proposer ce sujet sur les ruches en ville. Les abeilles passionnent car elles sont le symbole de la biodiversité menacée, leur organisation hiérarchisée est d’une efficacité redoutable et leur miel est un concentré de bienfaits. Ce que je retiens surtout de cette enquête et que nous pouvons tous aider les abeilles dans leur pollinisation, même et surtout en ville où l’on rencontre moins de pesticides, en semant des plantes mellifères sur son rebord de fenêtre (thym, lavande, tournesol, pas de rose ni de géranium).

Cet article est paru le 18 novembre dans Le Journal du dimanche.

 

L’actualité de la santé dans Pharmacien Manager

Pharmacien Manager est un mensuel destiné aux pharmaciens d’officine, considérés comme des entrepreneurs à part entière. Le magazine aborde des problématiques propres à tous les managers : droit du travail, digitalisation, ubérisation, agencement des points de vente, nouveautés produits… Ces derniers mois, j’ai traité pour Pharmacien Manager du sujet des plateformes de rendez-vous en ligne, les MonDocteur, Doctolib (qui vient de lever 35 millions d’euros) et autre Concilio qui vient de se lancer sur le créneau des recommandations de médecins. Qu’est-ce que cela change dans le parcours de soin des patients, quelles conséquences pour les pharmacies avec une plateforme comme Doctipharma qui n’a pas le droit de vendre des médicaments en ligne mais développe d’autres services comme l’envoi d’ordonnances?

Dans le numéro de novembre, je consacre un reportage au nouveau Printemps de la beauté, qui comprend un espace L’Officine dédié aux marques de dermo-cosmétique; aux cosmétiques vegan, une tendance liée à la cause animale sur laquelle les pharmaciens commencent à être sensibilisés; et aux cadeaux de Noël en pharmacies, un achat qui n’a rien d’anecdotique avec le développement de coffrets très qualitatifs par des marques comme Nuxe, Roger & Gallet ou Melvita.

Le succès certain de l’intestin

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Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders traduit chez Actes Sud est un succès de librairie mérité. Avec son style léger sans vulgarité et les illustrations pleines d’humour de sa soeur Jill, l’auteure allemande réussit à nous intéresser au fonctionnement de nos organes digestifs dont on apprend qu’ils ont un effet sur notre peau, nos émotions et même notre état mental en général. L’intestin, notre deuxième cerveau (du nom d’un autre bouquin paru chez Marabout)? L’expression est jolie et fait référence aux millions de neurones qui peuplent nos entrailles et induisent une intelligence du ventre cohabitant avec celle du cerveau.

Dans un pays aussi cérébral que la France, il n’est pas inutile de reprendre conscience que nous avons un corps et que notre mental est affecté par ce que nous ingérons. Avec Le charme discret de l’intestin, le mot microbiote est devenu familier et la mode du sans gluten a été validée par les démonstrations de Giulia Enders, qui explique que les protéines de blé endommagent les parois de l’intestin, le rendant poreux aux infections (je résume).

L’occasion était trop belle pour les acteurs du bien-être de surfer sur cette improbable tendance. Pour Pharmacien Manager, j’ai interviewé Estelle Odet, chef de groupe de la marque de compléments alimentaires Bion 3, dont la dernière campagne fait une référence implicite au best-seller allemand. Si l’on pense généralement que les troubles de l’humeur doivent être traités en agissant sur le cerveau, l’idée que tout part du ventre est la nouvelle norme. Désormais pour avoir de l’énergie, vivre ses passions, se donner à fond, il faut prendre soin de sa flore intestinale.

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Les thalassos se sont mises au diapason avec des cures ciblées tel le programme « mieux-être par le ventre » de Thalazur Ouistreham. Celui-ci comprend un yoga du ventre qui promet de soulager le mal-être grâce à des postures et des techniques de respiration (du yoga, quoi). Le spa Six Senses de Courchevel propose un bar à jus « destinés à nourrir les bonnes bactéries de l’intestin ». Quant au spa Cinq Mondes Paris Opéra, il a mis à son menu un soin-massage détox spécial ventre inspiré de la médecine indienne.

Un bon filon, le côlon? Peut-être, mais il n’y a pas de mal à se faire du bien et parfois la meilleure façon d’être mieux avec soi-même et avec les autres est de commencer par se regarder le nombril.