50 nuances de clichés

Nina Ricci surfe sur le phénomène 50 Shades avec une Extase incarnée par Laetitia Casta. Comme on dit dans Quand Harry rencontre Sally : "Donnez-moi la même chose qu'elle"

Nina Ricci surfe sur le phénomène 50 Shades avec un parfum Extase incarné par Laetitia Casta. Comme on dit dans Quand Harry rencontre Sally : « Donnez-moi la même chose qu’elle »

Un siècle après Freud qui parlait du « continent noir », le plaisir féminin reste un grand mystère de notre époque et résiste aux représentations. Difficile de sortir des clichés, lèvres mordues et nuques renversées. Alors que l’adaptation du best seller 50 nuances de Grey sort sur les écrans, ce n’est pas la parfumerie grand public qui va renouveler le genre. Plusieurs créations récentes s’essayent à l’odeur de souffre… mais s’éventent bien vite.

Dernière proposition en date, L’Extase de Nina Ricci, qui sort en mars, entend rompre avec les jus sucrés pour jeunes filles. Incarnée par une Laetitia Casta en pâmoison, elle se veut une ode au désir féminin. Je laisse la parole au dossier de presse :

« Avec cette nouvelle création, Nina Ricci embrasse le rêve d’une femme au diapason de ses envies les plus secrètes. En accord avec son temps, elle revendique un plaisir de tous les sens. Celui d’être surprise, troublée, puis bouleversée. Une féminité habitée d’érotisme. Etre soi, même nue. Surtout nue. Incandescente, libre, déterminée. Un  rêve érotique féminin, un voyage imaginaire et charnel, au plus près d’elle, jusqu’à L’Extâââse.  » (le triple â est de moi)

Sans vouloir dénigrer le travail de l’excellent Francis Kurkdjian qui a signé de jolis projets de commande pour Elie Saab ou Carven, on peine à atteindre le nirvana avec ce jus à base de rose et de benjoin qui semble, comme beaucoup de parfums « masstige », étrangement dilué, sous-dosé. Il est toujours délicat d’annoncer aussi clairement la couleur quand la réalité s’avère au final si sage et policée. Il est vrai que la parfumerie de masse ne peut pas se permettre la qualité ni la quantité de matières premières de la niche, mais dans ce cas autant casser sa tirelire et s’offrir une vraie dose de sensualité, Féminité du bois de Serge Lutens par exemple.

Dans le genre « je veux mon shoot de sensation forte », il faut citer le carton du moment, Black Opium d’Yves Saint Laurent, 4ème des ventes fin 2014 après quatre mois seulement de commercialisation. L’idée de miser sur une note café est originale, mais l’impression qui ressort est encore celle d’un érotisme en plastique, aseptisé. Le film de publicité, montrant la mignonne Edie Campbell en état de dépendance olfactivo-amoureuse, peut faire sourire, mais plaît apparemment à la cible des jeunes filles, ravies de s’offrir leur « premier Saint Laurent ».

Pour la Saint Valentin, Lancôme, qui a réussi un coup de maître (commercial s’entend) avec La vie est belle, met le paquet sur son autre pilier Trésor avec une version La Nuit Trésor qui se veut elle aussi plein de promesses. Elle se revendique comme un « aphrodisiaque gourmand » qui ne lésine pas sur les ingrédients soi disant émoustillants : rose, cuir, vanille, praline. Comme Opium en son temps, mais de façon bien moins transgressive, elle entend « dévergonder la bourgeoise », en l’occurrence l’image romantique de Trésor, et la publicité montrant Penélope Cruz toute de noir vêtue (mais toujours avec une alliance, les bonnes moeurs sont respectées) se charge d’enfoncer le clou.

Je ne résiste pas à poster le lien vers la critique du site de passionnés Auparfum. Pas très charitable mais pour le coup, vraiment jouissif!

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Sus au sucre, Finley réhabilite l’amer

J’en parlais ici, la vague sucrée régressive envahit l’alimentaire, les parfums ou l’hygiène-beauté. Et ça se confirme avec l’arrivée prochaine d’un parfum Angel Eau Sucrée chez Thierry Mugler en partenariat avec Fauchon. Pour une marque qui a créé la famille gourmande en parfumerie, cela promet une double ration de glucose.

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Comme en miroir à cette tendance collante et légèrement écoeurante, Coca-Cola lance en avril, en avant-première mondiale en France, la boisson pétillante Finley. Le dossier de presse est un modèle de cogitation marketing. Il démontre que les consommateurs adultes ont acquis une maturité gustative qui leur permet d’apprécier des propositions plus subtiles, avec des pointes d’amertume. D’où les saveurs contrastées, douces-acides, qui composent la gamme : pamplemousse-orange sanguine, citrons-fleurs de sureau, orange-cranberry, et un tonic à la quinine.

Le lancement se veut le plus important pour la firme depuis Coca Cola Zero en 2007. Le groupe américain s’est appuyé sur plusieurs études réalisées pendant deux ans auprès de 2500 consommateurs entre 25 et 55 ans pour affiner le positionnement de la marque qui s’invite avec force sur le marché des sodas pour adultes dominé par Schweppes. Lequel dévoilera le 3 avril la nouvelle égérie qui succèdera à Uma Thurman pour sa campagne « What did you expect? ».

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