Une bonne idée par jour : le féminisme

L’affiche du spectacle tiré de King Kong Théorie de Virginie Despentes, par le graphiste Michel Bouvet

L’égalité hommes-femmes n’est pas une idée, c’est un idéal. Ce devrait être une évidence, mais force est de constater qu’on n’y est pas encore, et la lutte contre le Covid-19 nous le prouve tous les jours.

Il y a d’abord les professions les plus exposées, souvent exercées par des femmes sous payées, qui habitent loin de leur travail et qui se mettent en danger pour aider les autres, les caissières, les infirmières, les aides-soignantes, les aides à domicile, les femmes de ménage… Il y a aussi des hommes en première ligne, mais les métiers du « care » sont surtout l’apanage des femmes.

+30% de signalements de violences conjugales en une semaine pendant le confinement

Il y a l’aspect le plus dramatique du confinement, les violences domestiques qui continuent dans le huis clos des foyers. Le gouvernement a mis en place des mesures pour que les femmes et les enfants maltraités puissent appeler à l’aide mais on imagine combien il doit être difficile de se mettre à l’abri actuellement. Il est étrange de constater que le mot consentement, omniprésent encore il y a quelques semaines, a totalement disparu des conversations. Combien de viols conjugaux se déroulent au sein de couples contraints de cohabiter? Et le nombre de femmes qui témoignent se faire draguer lourdement, insulter voire tousser dessus lors de leurs sorties prouve que le harcèlement de rue a toujours droit de cité.

Un tweet de l’auteure Lola Lafon qui exprime tellement bien ce que je ressens

Il y a ensuite le sexisme « soft », celui qui enjoint aux femmes de télétravailler, surveiller les devoirs de leurs enfants, faire le ménage, mais aussi rester séduisantes, se maquiller, s’épiler, faire des gâteaux, faire du yoga, le tout sans céder à la charge mentale. Quelle Wonderwoman serait capable d’un tel don de soi? Je suis mal à l’aise face aux messages qui s’extasient de toutes ces femmes qui sortent la machine à coudre pour fabriquer des masques en tissu. Encore une fois c’est aux femmes qu’incombent ces tâches traditionnelles et le regard attendri qu’on leur porte a un côté paternaliste déplaisant. Je préfère mille fois la leçon de masque sans couture de Lucille Léorat, la fondatrice de la marque L/overs que j’ai eu l’occasion d’interviewer lors d’une table ronde sur le développement durable.

Qu’on ne s’y trompe pas : on peut aimer faire la cuisine, la couture ou même le ménage, on peut avoir envie de se maquiller pendant le confinement sans mériter un carton rouge de mauvaise féministe, mais on n’en demande pas autant aux hommes. Pendant que monsieur télétravaille parce que son job est important et que son salaire est plus élevé, madame télétravaille aussi (mais c’est moins essentiel) et fait tout le reste, comme toute l’année. Soixante-dix ans après Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, on en est toujours là? Ça donne envie de tout péter. La récente une du Parisien, qui a créé un tollé légitime, résume tout en une image : les hommes pensent en regardant l’horizon, les femmes écopent dans la soute ⬇️

Les femmes triment en coulisses, les hommes pensent à la une

Difficile de remettre en question des équilibres familiaux bien établis en quelques semaines de confinement. Au contraire, la situation risque d’exacerber les inégalités. Mais le temps qui passe peut être l’occasion d’une prise de conscience. D’un lâcher prise sur les injonctions impossibles que l’on assène aux femmes (et aux hommes dans le même temps). D’une lecture des grands classiques du féminisme, Simone de Beauvoir bien sûr, mais aussi King Kong Théorie de Virginie Despentes (qui déconstruit les rôles sociaux assignés aux femmes, pour les encourager à trouver leur propre voie) ou le récent Sorcières de Mona Chollet (qui rappelle le sort infligé de tous temps aux femmes qui n’étaient pas dans la norme). Depuis Une chambre à soi de Virginia Woolf, les femmes ont toujours besoin de se retrouver seules, sans pression, sans responsabilité, avec du temps pour lire, écrire, réfléchir. Comme les hommes finalement. Plus facile à faire quand on est une confinée de l’arrière qu’une caissière. Mais espérons que celles-ci pourront trouver du répit, et une revalorisation de leur statut, lorsque la crise sera passée.

On laisse tomber le repassage et on attaque Sorcières de Mona Chollet (La Découverte)

Les Journalopes, des journalistes « badass »

J’étais le 11 mars à la master class du collectif de femmes journalistes Les Journalopes organisée par l’association des anciens du CFJ. Suite à l’affaire de la ligue du LOL, à la journée internationale des droits des femmes et à la libération de la parole sur le sexisme au quotidien (voir l’enquête sur le milieu de la publicité dans Stratégies de cette semaine), il est essentiel d’entendre ces journalistes indépendantes qui se qualifient elles-mêmes de « badass », qui n’hésitent pas à aller sur les lignes de front en Irak ou en Ukraine mais qui se sont créées un environnement de travail sécurisant. « Lorsque l’on part sur une interview qui peut être problématique, on se prévient entre nous, expliquent-elles. Nous avons été marquées par l’assassinat de la journaliste Kim Wall en Suède, un des pays les plus sûrs du monde. Le traitement médiatique de son décès, à la façon d’un fait divers, a été très peu respectueux de son travail. »

Lire la suite