Une bonne idée par jour : Dans la forêt de Jean Hegland

Un grand roman sur la sororité dans l’adversité

Quand on pense littérature de fin du monde en écho avec les événements actuels, outre Ravage de Barjavel (1942) dont j’ai déjà parlé, La Route de Cormac McCarthy (2006) est évidemment un grand classique. Mais il parle d’une ère post-apocalyptique dans lequel se débattent quelques survivants. Le vrai roman de l’effondrement, la Bible des collapsologues, c’est surtout Dans la forêt de Jean Hegland. Cette dystopie est parue initialement en 1996 aux États-Unis et n’a été traduite qu’en 2017 en français, chez l’éditeur Gallmeister. Elle semble avoir été écrite tout récemment tant elle résonne avec le dérèglement climatique que nous vivons aujourd’hui.

L’histoire suit deux soeurs qui vivent seules dans une maison en bordure de forêt, en Californie. Sans que l’on sache exactement pourquoi, l’électricité vient à manquer, puis l’essence, et elles finissent par se trouver totalement isolées. Au départ, elles vivent sur les réserves qu’elles se sont constituées, faisant durer les provisions, triant les lentilles pour en ôter les mites alimentaires, infusant les dernières feuilles de thé jusqu’à ne plus boire qu’une eau chaude à peine parfumée. Elles s’occupent en dansant et en écrivant, comme nous actuellement. Puis elles commencent à cultiver un potager et à exploiter les ressources de la forêt. Sans vouloir déflorer la fin du livre, je dirais que Dans la forêt est un roman superbe sur l’apprivoisement de la catastrophe, le deuil du monde d’avant et l’acceptation de la nouvelle réalité jusqu’à faire corps avec la nature. Je pense souvent à ce livre quand on parle de survivalisme, je ne sais pas si c’est le futur qui nous attend mais il nous invite à la sagesse face à la fin d’une certaine civilisation.

Les Journalopes, des journalistes « badass »

J’étais le 11 mars à la master class du collectif de femmes journalistes Les Journalopes organisée par l’association des anciens du CFJ. Suite à l’affaire de la ligue du LOL, à la journée internationale des droits des femmes et à la libération de la parole sur le sexisme au quotidien (voir l’enquête sur le milieu de la publicité dans Stratégies de cette semaine), il est essentiel d’entendre ces journalistes indépendantes qui se qualifient elles-mêmes de « badass », qui n’hésitent pas à aller sur les lignes de front en Irak ou en Ukraine mais qui se sont créées un environnement de travail sécurisant. « Lorsque l’on part sur une interview qui peut être problématique, on se prévient entre nous, expliquent-elles. Nous avons été marquées par l’assassinat de la journaliste Kim Wall en Suède, un des pays les plus sûrs du monde. Le traitement médiatique de son décès, à la façon d’un fait divers, a été très peu respectueux de son travail. »

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