« Parisians’ lifestyle cannot be a shield against an AK-47 »

Déjà cinq articles sur les attentats en France pour le Sunday Herald de Glasgow depuis janvier. Et moi qui voulais leur proposer des sujets sur la COP21… Je publie ici le lien vers l’article paru hier.

Après Charlie Hebdo j’avais écrit sur la liberté d’expression à défendre, sur le Paris que j’aime profané. Ce sont les mêmes endroits, les mêmes êtres humains ouverts et joyeux qui ont été touchés. Aussi incroyable que cela paraisse, à quelques mètres du Carillon et de La Belle Equipe, les gens sont en terrasse, les commerces fonctionnent. La vie a repris très vite, parce que c’est la seule chose à faire quand on se sent impuissant. Alors je reprends mes articles, un peu plus lentement qu’avant.

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Mille mots pour expliquer le terrorisme

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Article paru le 28 juin dans The Sunday Herald

La vie de pigiste est faite de périodes d’attente et d’accélérations soudaines. Le 26 juin dernier, je me préparais à me mettre tranquillement en mode été en anticipant la rentrée quand le Sunday Herald, l’hebdomadaire écossais avec lequel je collabore, m’appelait pour me commander un article sur le nouvel attentat sur le sol français. Alors que j’essayais moi-même de comprendre les événements dramatiques de Saint-Quentin-Fallavier en écoutant France Info, le rédacteur en chef me demandait d’expliquer l’état d’esprit en France et les différents points de vue des leaders d’opinion pour combattre Daesh. Le tout en 1000 mots, en anglais et pour le lendemain, thank you very much.

Autant dire que mes vingt ans d’expérience comme journaliste, ma maîtrise de l’anglais et le sens de la synthèse appris à Sciences Po trouvent leur raison d’être en ces circonstances. Je ne suis pas spécialiste du terrorisme, je n’avais pas d’expert sous la main, mais j’ai convoqué toutes mes réflexions et mes lectures depuis les attentats de janvier, que j’avais déjà traités pour le Sunday Herald. J’ai évoqué Emmanuel Todd, l’illusion de l’esprit du 11 janvier, les tensions chez Charlie Hebdo, la remise en cause du mot d’ordre « pas d’amalgame » par certains éditorialistes, sur fond de progression lente mais sûre du Front National. Bref, la suite de ce que j’expliquais en janvier, à savoir que les démocrates modérés ont bien du mal à garder le cap face aux provocations des fous furieux de Daesh, la mise en scène d’une décapitation au coeur de la France moyenne et non pas dans un Etat en déliquescence à des milliers de kilomètres de chez nous marquant un palier supplémentaire.

Dans un télescopage absurde et vertigineux dont notre époque a le secret, paraissait le même jour dans Le Journal du dimanche mon article sur les parfums de l’été, parmi lesquels le premier parfum d’Azzedine Alaïa. Un hommage personnel et affectueux à sa Tunisie natale, qui prend une coloration particulière dans ce pays qui veut vivre et avancer.

Mon Paris blessé

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Place de la Nation, le soir du 11 janvier – photo P.C.

« Journaliste lifestyle, art de vivre, air du temps », pour moi ce n’est pas seulement tester des vernis à ongles et fréquenter de beaux hôtels. Depuis que je travaille en indépendante, c’est la volonté de célébrer les créateurs et les entrepreneurs, ceux qui font de la France un pays reconnu dans le domaine du luxe. C’est le choix revendiqué de parler de ce qui marche et de lutter contre l’idéologie décliniste qui mine l’état d’esprit du pays et le pousse vers les extrêmes. C’est interviewer le chef Guy Martin, le pâtissier Pierre Hermé, la sommelière Caroline Furstoss qui font honneur à la gastronomie française. C’est rencontrer Jean-Claude Ellena, Michel Almairac et Thierry Wasser, des artistes du parfum. C’est s’ouvrir l’esprit à la Fondation Vuitton et la Fondation Cartier. C’est décrypter les logiques de communication de Chanel et de Dior, des symboles de l’excellence française. Pour moi, ce n’est pas futile. C’est la France qui innove, qui exporte et qui crée des emplois.

Aujourd’hui c’est difficile de penser à autre chose que les victimes de Charlie Hebdo, de Montrouge et de la porte de Vincennes. Ces tragédies sont trop proches de moi. Sentimentalement d’abord, parce que je lisais Charlie Hebdo lorsque j’étais étudiante, parce que Cabu était le complice moqueur de Dorothée dans les Récré A2 de mon enfance, parce que je me délecte des rébus littéraires d’Honoré. Géographiquement aussi, parce que sur ce boulevard Richard Lenoir où un policier en VTT à terre a été abattu, j’emmenais mes enfants faire du toboggan dans le jardin juste en face. Parce que la porte de Vincennes, c’est chez moi à quelques mètres près, le symbole du retour à la maison quand je rentre de l’aéroport. Parce que la place de la Nation, c’est le quartier où je vis, un lieu chargé d’histoire habitué à l’effervescence des manifs mais aussi un carrefour quotidien, commerçant, que l’on traverse en toute insouciance.

Parce que j’ai trop d’amis de toutes confessions pour me dire que cela doit être brandi comme un étendard. Pour moi c’est une évidence, la France est multiculturelle, la mixité sociale une condition pour élever les enfants dans l’ouverture aux autres, la laïcité un socle pour vivre ensemble dans le respect mutuel. Que des dessinateurs pacifiques dans un pays démocratique deviennent des martyrs de la liberté d’expression, que des rues familières se transforment en décors de scènes de guerre, que les valeurs de mon pays doivent être réaffirmées face aux agressions de fanatiques, 70 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, je n’arrive pas à le réaliser. Il me faudra du temps avant de pouvoir regarder le Paris que j’aime, les rues où je vis, sans penser à ces vies brisées.

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Des fleurs, des bougies et des stylos. Place de la République – photo P.C.

Paris a souffert maintes fois dans le passé. Le Journal d’Hélène Berr, qui a donné son nom à la médiathèque locale, Dora Bruder de Patrick Modiono, notre Prix Nobel de littérature dont nous sommes si fiers, ont décrit ce quartier du 12e arrondissement où des enfants juifs ont été arrêtés. 70 ans plus tard, on meurt encore parce qu’on est juif en France. Il y a eu Toulouse, maintenant Paris. Comme me l’a souligné une amie : « La démocratie n’est pas un acquis, c’est un combat qui ne s’arrête jamais ». Nous l’avions oublié. Il va falloir recommencer à se battre.

Parmi la foule qui affluait sur la place de la Nation ce dimanche qualifié d’historique où près de 4 millions de personnes sont descendues dans la rue, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir dans un film de science-fiction. Bien sûr c’était indispensable que l’on soit le plus nombreux possible, mais pour moi c’était un cauchemar éveillé. Le pire est déjà arrivé, le prix à payer est trop élevé pour se réjouir de cette démonstration d’unité. Quand la réalité se met à ressembler à un roman de Michel Houellebecq, auteur génial mais au nihilisme épuisant, les temps sont durs pour les humanistes. 

Pendant cette marche, j’ai vu beaucoup de drapeaux tricolores, entendu quelques Marseillaises. Ce n’est pas l’esprit Charlie, mais il était plus que temps que les démocrates se réapproprient les symboles de la République annexés par des extrêmes dont je n’ai même pas envie de citer le nom. Il n’y a qu’en France qu’on a honte d’afficher son drapeau. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, ce sont des signes cool que l’on arbore en T-shirt sans connotation ambiguë. Les paroles de la Marseillaise sont belliqueuses, mais c’est le fruit de notre histoire, qui ne doit pas être réservé qu’aux matchs de foot. C’est le moment d’exprimer notre respect pour nos institutions, écoles, éducateurs, policiers, juges, qui sont bien démunis pour endiguer l’endoctrinement qui sape certains quartiers. Bien loin, et en même temps tout près, de la place de la Nation.

Enfin, si cette tragédie m’affecte en tant que citoyenne, elle me touche aussi en tant que journaliste. Non seulement une rédaction a été décimée en faisant son travail (vertige) mais j’ai couvert les événements pour les journaux écossais -indépendantistes, je précise- The National et The Sunday Herald. Expliquer à des lecteurs non français ce qu’est Charlie Hebdo, faire ressentir la folie de ces journées irréelles, tout en les vivant intimement au pied de chez soi, c’est une expérience que je n’oublierai jamais. Je mets ici le lien vers l’article du Sunday Herald où le professionnel se mêle au personnel.

Alors ce dimanche, quand les notes d’une cornemuse jouant Amazing Grace se sont mises à résonner sur la place de la Nation au crépuscule, la Franco-Ecossaise que je suis n’a pas pu s’empêcher d’y voir un signe. L’internationale des gens de bonne volonté.

Référendum sur l’indépendance : l’Ecosse vote pour son avenir

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En visite à Glasgow pour la présentation des travaux de fin d’année des étudiants de l’école des Beaux-Art (j’en parlais ici), j’en ai profité pour prendre le pouls de l’opinion dans la perspective du référendum sur l’indépendance écossaise qui entre dans sa dernière ligne droite. Le scrutin aura lieu le 18 septembre et à mesure que l’échéance se rapproche, les écarts se resserrent, les arguments se mettent en place et les esprits s’échauffent.

Le non est donné généralement gagnant à 60% dans les sondages mais on peut tout faire dire aux chiffres. Une récente étude plaçait le oui à 48% en excluant les indécis. Pour ma part, j’ai pu observer une évolution de l’opinion dans mon entourage. Des amis enclins au statu quo en janvier penchent aujourd’hui pour le oui. Les partisans du non se positionnent sur des bases avant tout rationnelles, tout en convenant que leur coeur les porterait plutôt vers le oui. J’ai entendu des arguments très proches de ce que l’on entend aujourd’hui en France : « Les partis politiques nous ont déçu, gauche ou droite c’est la même impuissance, alors autant essayer ». Sauf que ce discours est utilisé en France pour justifier le vote Front National, choix du désespoir et du repli sur soi. En Ecosse, le oui est un vote de confiance en l’avenir, en ses propres forces, certes porteur d’incertitudes mais comme me l’a souligné le rédacteur en chef du Sunday Herald, seul média à s’être prononcé officiellement pour l’indépendance, « l’incertitude fait partie du monde dans lequel nous vivons. Personne n’avait prévu l’effondrement du système bancaire. En quoi notre monde deviendrait-il plus instable si le oui l’emporte? »

La une du Sunday Herald du 4 mai en faveur du oui. L'exemplaire s'est arraché en quelques heures et s'est retrouvé en vente sur Ebay.

La une du Sunday Herald du 4 mai en faveur du oui. L’exemplaire s’est arraché en quelques heures et s’est retrouvé en vente sur Ebay.

C’est difficile à percevoir en France où l’on a tendance à ranger tous les Britanniques sous le terme d' »Anglais » ou de « rosbifs », mais il y a de grandes différences entre l’Ecosse et l’Angleterre en terme d’histoire, de culture, de mentalité. Et plus encore depuis la Devolution de 1999 qui a accordé à l’Ecosse son propre Parlement et une plus grande autonomie en matière de santé et d’éducation. L’Ecosse ne compte qu’un seul député conservateur au Parlement de Westminster, et pourtant le gouvernement britannique est conservateur ! Ukip a créé un raz-de-marée aux dernières élections européennes dans tout le royaume, sauf en Ecosse. Comment le peuple écossais ne se sentirait pas étranger aux diatribes anti-européennes de leurs voisins du sud de la frontière (« south of the border » comme on dit là-haut), d’autant qu’ils peuvent compter sur les ressources en gaz et en pétrole de la mer du Nord?

Better Together joue à se faire peur

Il faut reconnaître que les derniers jours ont été pénibles pour les modérés, pris entre le « scaremongering » de Better Together, le collectif pro-non qui joue à se faire peur en anticipant les pires avanies si le oui l’emporte, et la surenchère des Yessers qui vilipendent leurs opposants. JK Rowling, l’auteur d’Harry Potter, qui a publié une tribune très raisonnée sur son blog en faveur du non, s’est fait traîner dans la boue sur Twitter. Il est vrai qu’elle a annoncé un don d’1 million de livres en soutien de Better Together. Les militants indépendantistes n’aiment guère les milliardaires qui donnent des leçons au peuple… Lire la suite