À propos de la #ligueduLOL

Depuis que l’affaire de la ligue du LOL a éclaté (particulièrement bien résumée par cet article de Numerama), je suis le feuilleton avec une curiosité malsaine. Je suis effarée par les témoignages de victimes de cyberharcèlement mais, au bout du compte, pas étonnée. J’ignorais l’existence de ce groupe et je ne connaissais les protagonistes que de nom mais je les avais identifiés comme des « grandes gueules » de Twitter, autoproclamées arbitres du cool, autant dire le genre de comptes que j’évite de suivre. Nous ne sommes pas de la même génération, je fuis les débats stériles sur les réseaux sociaux et si j’utilise Twitter dans le cadre professionnel je n’en ai pas besoin pour trouver du travail. La masculinité toxique mise en évidence par l’affaire n’est pas une découverte non plus. Je dirais même que j’ai choisi d’être indépendante pour me protéger de ces ambiances délétères, encore que j’ai vécu ma pire expérience professionnelle avec une femme. Je me garderais bien de généraliser sur un management au féminin qui serait forcément bienveillant.

Quant au fait que les journalistes concernés émanent de médias dits progressistes, ce n’est pas une surprise. La bonne conscience de gauche n’est pas plus immunisée contre l’hypocrisie que le conservatisme de droite. Et même si l’on peut admettre que certains aient changé avec les années, donner des leçons de morale à longueur d’articles quand on a été complice de canulars téléphoniques n’est pas tenable. Au vu de la souffrance infligée aux victimes, la moindre des choses aurait été de faire profil bas.

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Un an de dossiers dans Stratégies

Le clip This is America de Childish Gambino a été un grand moment de 2018

Au rythme d’environ un dossier par mois, j’ai l’occasion de traiter les sujets les plus divers dans Stratégies. Alors que 2018 tire à sa fin, le retour sur ces dizaines d’articles (et ces milliers de feuillets…) donne une image assez représentative des thèmes qui agitent la communication et les médias.

Influence et millennials. Après avoir suivi pendant des années le sujet des égéries, je m’intéresse maintenant à celui des influenceurs, ces célébrités issues de YouTube et Instagram qui peuvent vendre des palettes de produits avec un post. Exemple : Sananas, 2,4 millions d’abonnés sur YouTube, et sa collaboration avec l’opticien Krys. Pour toucher les millennials (18-35 ans) méfiants envers la publicité classique, et particulièrement dans le luxe, cette nouvelle forme de communication est d’une efficacité redoutable, mais elle a aussi ses dérives, quand elle n’est pas identifiée comme telle. Le sujet « Influenceurs, faut-il sévir? » a fait la une en mars avec Nabilla et McFly et Carlito.

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A propos de Her de Spike Jonze : la lettre, un luxe retrouvé

Her de Spike Jonze est un film extrêmement riche et pertinent sur notre époque, notre dépendance aux technologies, cette impression de fluidité de la machine qui s’oppose à la complexité des rapports humains, la difficulté de l’engagement quand de nouvelles rencontres sont à portée de clic, la solitude des villes où chacun parle à son portable plutôt qu’à son voisin.

Le film est à peine une science-fiction, combien sommes-nous à être amoureux de notre smartphone, à le trouver beau, à le choyer, à paniquer quand il est introuvable ou à vérifier plusieurs fois par jour s’il a un message pour nous? Et pourtant, certaines choses sont universelles, vouloir aimer et être aimé, se réjouir d’autant plus du soleil ou de la neige sur son visage qu’on peut partager ces sensations avec quelqu’un, le film exprime tout cela avec beaucoup de sensibilité.

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Il faudrait des heures pour développer tous ses aspects mais je retiens un élément qui apparaît dès le début du film : le personnage principal est un écrivain public de l’ère digitale, il écrit des lettres d’amour ou de félicitation pour ses clients qui n’ont pas le temps ou le talent de le faire eux-mêmes (évidemment, Theodore est plus doué pour traduire les sentiments des autres que pour exprimer les siens à d’autres êtres humains). A aucun moment on ne le voit écrire à la main, plus personne ne le fait dans ce futur proche, il dicte les lettres à un logiciel de reconnaissance vocale et les imprime ensuite dans une typographie manuscrite personnalisée.  Lire la suite