La France déprime, l’Ecosse avance

Glasgow a accueilli cet été les Jeux du Commonwealth, un événement positif et réussi

Glasgow a accueilli cet été les Jeux du Commonwealth, un événement positif et réussi pour la première ville écossaise – photo P.C.

Pendant que la France n’arrive plus à se projeter dans l’avenir, un petit pays d’Europe s’apprête à prendre une décision historique pour son destin. J’en parlais déjà ici, l’Ecosse votera le 18 septembre par référendum sur son maintien ou non dans le Royaume-Uni. Et comme je le disais il y a deux mois, les positions se radicalisent alors que le scrutin se rapproche. D’après la plupart des commentateurs, Alex Salmond, le premier ministre écossais et fer de lance du oui à l’indépendance, a remporté le deuxième débat télévisé qui l’opposait cette semaine à Alistair Darling, député travailliste et porte-parole des partisans du non (chapeau au Monde qui suit de près le sujet depuis plusieurs semaines). Cela suffira-t-il à faire basculer les 13% d’indécis?

Pour en parler régulièrement avec mes amis écossais, la décision est tellement personnelle et lourde de conséquences (contrairement à la consultation en Catalogne, le vote écossais est contraignant pour le gouvernement britannique) qu’elle ne peut reposer seulement sur les arguments d’un professionnel de la politique. En l’occurrence, Alex Salmond est incontestablement sincère et passionné par sa patrie, mais c’est aussi un politicien roublard qui n’est pas exempt d’ambition personnelle. La société écossaise a suffisamment de maturité pour exprimer un choix réfléchi sans se laisser manipuler par de la propagande, d’où qu’elle vienne (on n’est pas en Crimée non plus).

C’est un véritable exercice démocratique grandeur nature qui a lieu sous nos yeux et encore une fois, face à une France en plein doute existentiel, cette petite nation de 5 millions d’habitants fait preuve d’une vitalité rafraîchissante. Il y aurait beaucoup à dire sur les petits pays qui mettent en oeuvre à leur niveau l’adage « Think global, act local » : le Danemark, censé être le pays le plus heureux du monde, la Norvège, qui fait fructifier la manne pétrolière au profit d’une société égalitaire, l’Islande, qui a refusé de rembourser sa dette étrangère. Ces exemples scandinaves qui font briller les yeux des indépendantistes écossais ont aussi leurs limites : n’y a-t-il pas de l’égoïsme à se replier sur son confort, à l’écart de l’Union européenne et de l’euro? n’y a-t-il pas une illusion à se croire protégé des tumultes du monde, comme l’a montré l’irruption de violence d’Anders Breivik? Après trois siècles au sein du Royaume-Uni, l’Ecosse devrait être immunisée contre cet aveuglement.

Parmi mes amis, je compte toute la diversité des opinions. Certains s’enthousiasment pour le oui en espérant l’avènement d’une société plus juste, qui investit dans l’éducation et la recherche (les études supérieures sont déjà gratuites en Ecosse) et laissera le Royaume-Uni se débrouiller avec les sous-marins nucléaires Trident actuellement basés sur la côte Ouest de l’Ecosse. D’autres s’inquiètent d’un nationalisme anti-anglais qui pourrait s’exprimer sans complexe en cas d’indépendance. Pour ce que j’en perçois, le oui est plutôt de gauche, porté par les déçus du libéralisme, le non plutôt de droite, soutenu par les milieux d’affaires qui auraient le plus à perdre des mois d’incertitude qui suivraient la victoire de l’indépendance. Les centristes, ceux qui se satisfont de la situation actuelle, soutiennent le statu quo, car comme me l’a dit une amie « Pourquoi réparer quelque chose qui n’est pas cassé? » (« If it’s not broken, why fix it? »). L’addition de tous ces points de vue fait pencher la balance vers le non, mais une surprise est toujours possible.

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