Le dimanche de Kenzo Takada

Article paru le 8 mars dans le JDD (photo Florence Brochoire)

J’ai eu la chance de rencontrer Kenzo Takada pour la rubrique « Le dimanche de » du Journal du dimanche. Le créateur de la maison Kenzo, vendue à LVMH il y a vingt ans, lance sa propre marque de décoration, K3. Il m’a fait l’effet d’un homme très humble, souriant, avec un accent japonais prononcé mais parisien dans l’âme avec ses habitudes : le Lutetia juste à côté, les brocanteurs, le musée Maillol… Une légende de la mode, au même titre que Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent.

Les questions de Notre-Dame

Le Sunday National m’a demandé d’expliquer à ses lecteurs les réactions à l’incendie de Notre-Dame, le 15 avril dernier. J’ai décrit l’émotion sincère face aux dommages subis par un monument cher au coeur des Français mais aussi le malaise face au déferlement de millions débloqués comme par miracle. Je reproduis ci-dessous l’article publié ici.

Pascale Caussat: Notre-Dame fire raises important questions

PEOPLE of Glasgow know what it is to cry over a national treasure. When the Glasgow School of Art, Charles Rennie Mackintosh’s masterpiece, was destroyed by the flames not only once but twice, you felt a sense of loss similar to mourning for a loved one.

You didn’t only lose the intricate carvings of wood and stone, the delicate pieces of furniture and interior design, the amount of skills that came into the conceiving and manufacturing of the space.

You also recalled the moments you spent there, the people who studied between those walls, the time and passion that were put into the renovation.

On top of that, you felt anger for the recklessness that could let that tragedy occur.

All the emotions felt towards a 19th century building are multiplied when applied to a cathedral that was erected 850 years ago. Last Monday, the images of the fire engulfing the roof of Notre-Dame and raging dangerously close to the two bell towers were a heartbreak.

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Sauvons les abeilles !

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Il est facile d’aider les abeilles dans leur tâche en semant des plantes mellifères dans son jardin ou sur son balcon (photo libre de droits)

C’est en discutant avec une amie qui travaille avec un apiculteur que j’ai eu l’idée de proposer ce sujet sur les ruches en ville. Les abeilles passionnent car elles sont le symbole de la biodiversité menacée, leur organisation hiérarchisée est d’une efficacité redoutable et leur miel est un concentré de bienfaits. Ce que je retiens surtout de cette enquête et que nous pouvons tous aider les abeilles dans leur pollinisation, même et surtout en ville où l’on rencontre moins de pesticides, en semant des plantes mellifères sur son rebord de fenêtre (thym, lavande, tournesol, pas de rose ni de géranium).

Cet article est paru le 18 novembre dans Le Journal du dimanche.

 

James Heeley, an Englishman in Paris

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Un jeune homme du Yorkshire – photo DR

James Heeley est un dandy anglais, élégant et bien élevé. Mais la « stiff upper lip » de façade cache un tempérament passionné qui l’a fait passer d’une carrière toute tracée d’avocat à une vocation d’artiste. Design, parfum, ce touche-à-tout autodidacte a débuté en dessinant des vases pour le fleuriste Christian Tortu qui lui a fait rencontrer Annick Goutal et l’a mené aux compositions odorantes. Si ses études de droit lui ont appris la rationalité nécessaire à la création d’entreprise, « j’avais envie de faire quelque chose de créatif » confie le jeune homme dans son bureau du passage du Désir, près de la gare de l’Est à Paris.

Distribuée d’abord chez Colette, sa marque est présente en Allemagne, en Italie et dans des parfumeries indépendantes françaises comme Jovoy et Nose… mais pas encore à Londres, où l’accès aux grands magasins est difficile. Cela devrait changer grâce à un distributeur local.

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Chypre 21, un hommage à un Paris nostalgique – photo P.C.

Son nouveau parfum, après une vingtaine de créations en dix ans, est un chypre, hommage aux premiers parfums modernes signés Coty et Guerlain. Chypre 21, comme XXIe siècle, reprend les ingrédients emblématiques de cette famille olfactive, bergamote, rose, patchouli, mousse de chêne, dans un traitement frais et transparent. Le safran, dénué d’allergènes comme la mousse de chêne pour répondre à la réglementation actuelle, apporte une touche orientale.

« Pour moi, le chypre évoque le chic parisien du 16e arrondissement. J’ai pensé à un glamour rétro, incarné par Grace Kelly ou Elizabeth Taylor. Le chic, ce sont les bonnes manières, le respect des autres, ce qui rend la vie plus agréable. Je suis un peu nostalgique et romantique », reconnaît-il. Dans son quartier hipster du 10e arrondissement, son hommage à Paris résonne joliment comme une passerelle entre les cultures et les générations.

« Parisians’ lifestyle cannot be a shield against an AK-47 »

Déjà cinq articles sur les attentats en France pour le Sunday Herald de Glasgow depuis janvier. Et moi qui voulais leur proposer des sujets sur la COP21… Je publie ici le lien vers l’article paru hier.

Après Charlie Hebdo j’avais écrit sur la liberté d’expression à défendre, sur le Paris que j’aime profané. Ce sont les mêmes endroits, les mêmes êtres humains ouverts et joyeux qui ont été touchés. Aussi incroyable que cela paraisse, à quelques mètres du Carillon et de La Belle Equipe, les gens sont en terrasse, les commerces fonctionnent. La vie a repris très vite, parce que c’est la seule chose à faire quand on se sent impuissant. Alors je reprends mes articles, un peu plus lentement qu’avant.

« Mamie Danielle » et le storytelling des jours d’après

Depuis les attentats du 13 novembre, l’actualité s’emballe et le cerveau a du mal à intégrer tout ce qu’il reçoit. En tant qu’utilisatrice active de Facebook et Twitter, en tant que journaliste qui écrit aussi sur ces sujets, je suis à la fois actrice et spectatrice de cette accélération. Je lis, je retweete, je commente parfois. Et je constate la volonté forcenée des médias traditionnels et sociaux sans distinction de faire émerger des figures positives au milieu du tumulte.

Il y a le petit garçon mignon qui constate que « les méchants c’est pas très gentil ». Il y a « Mamie Danielle » qui prononce un message de fraternité et d’unité (la vidéo est à retrouver ici précédée de 20 secondes de pub réglementaire). Il y a le jeune homme « mort en héros » en protégeant une amie.

Il y a la lettre d’un père endeuillé aux terroristes, jurant qu’il ne leur fera pas le plaisir de les haïr.

Autant de mots, d’images, qui tournent en boucle, commentés, relayés des milliers de fois, comme la preuve que l’humanité subsiste dans ce désastre.

Difficile de ne pas y voir la tentative de raconter de belles histoires pour mettre à distance la brutalité du réel.

Prenons l’exemple de « Mamie Danielle », cette grand-mère idéale qui nous touche tant. Il s’agit de Danielle Mérian, une avocate qui a lutté toute sa vie pour les droits de l’homme. Pourquoi la réduire à un personnage de Mamie Nova quand sa personnalité mérite tellement mieux? Les médias n’ont-ils vraiment d’autres choix que de céder aux simplifications?

Prenons le jeune homme « mort en héros ». J’ai été touché par les mots de son frère, qui aurait préféré « qu’il soit un lâche mais qu’il soit toujours vivant ». Quelle meilleure expression du sentiment de perte irrémédiable? Quelle différence pour sa famille qu’il ait été courageux?

Les réactions au texte d’Antoine Leiris, publié sur Facebook, reprise en une du Monde et relayée à la télévision, m’ont mise particulièrement mal à l’aise. Bien sûr, on ne peut qu’admirer la dignité de cet homme, à la hauteur d’un Martin Luther King. Mais pourquoi le désigner en icône de la résilience, en porte-parole de la grandeur d’âme cachée en tout être humain, en thérapeute de toute une nation comme l’ont fait certains commentaires? Comment se sentir réconforté par de tels mots, écrits avec le coeur brisé?

Je ressens le même malaise qu’avec la photo du petit Aylan échoué sur une plage reprise et détournée des millions de fois. J’avais écrit là-dessus en septembre. Deux mois plus tard, Libération titrait « Deux Aylan par jour ». La une n’a pas fait le tour du web.

Je ne voudrais pas gâcher l’ambiance, mais quand Antoine Leiris affirme qu’il ne ressent pas de haine, que sa douleur sera de courte durée, je me permets d’en douter. Le deuil dure longtemps, la colère en fait partie, elle est même souhaitable pour se reconstruire. Après la sidération, ce jeune veuf se réveillera avec la prise de conscience du manque irrémédiable, et il aura mille fois le droit de ressentir de la haine.

La bonne nouvelle, s’il y en a une à ce stade, c’est que la joie de vivre reviendra, pour son fils, parce que la vie est plus forte que tout. Mais pas tout de suite… Les médias et les internautes vont si vite, qui voudraient déjà que le processus soit achevé.

Quant aux mots du petit garçon apeuré, qui pense qu’il va devoir changer de maison, j’y vois l’image de l’innocence confrontée trop tôt aux horreurs du monde. Parmi les messages et les bougies aux abords des lieux des fusillades (transformés en cimetière), j’ai été particulièrement touchée par les dessins d’enfants, certains sans doute qui ont vécu la nuit du 13 novembre de très près tant leur trait est précis. Sommes-nous nous aussi des enfants qui ont besoin d’être rassurés par des doudous symboliques?

Notre monde d’images mêle sans distance l’actualité la plus crue sur les chaînes d’infos en continu et une sentimentalité de film hollywoodien parce qu’il faudrait rester positif coûte que coûte. Quand j’apprends qu’un survivant du Bataclan est capable de poster sur Instagram son brunch du dimanche matin, parce que la vie continue… J’ai du mal avec cette époque.

Je retiens l’image de la serveuse de la pizzeria Casa Nostra qui s’est réfugiée avec une cliente derrière le bar pendant la fusillade. Son récit sur Facebook est insoutenable.

Elle s’appelle Jasmine, elle a 20 ans, elle va vivre avec ces instants toute sa vie, quand les internautes qui cliquent à tout va et les médias en mal d’audience seront déjà passés à autre chose. Ce n’est pas une belle histoire, mais elle est vraie.

J’ai testé… l’Oculus Rift avec The View from The Shard

Même si je n’ai rien d’une geek, tous les joujoux électroniques m’intéressent. J’étais à la récente Paris Games Weekj’ai testé les Google Glass avec Yves Saint Laurent Beauté, et j’ai sauté sur l’occasion d’essayer l’Oculus Rift à l’invitation de l’agence de relations presse Interface Tourism.

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Rendez-vous était donné dans un bus à impériale devant l’Opéra Garnier – photo P.C.

Celle-ci travaille pour The View from The Shard, l’attraction située dans la pointe de l’immeuble The Shard à Londres, qui offre une vue à 360° sur la capitale britannique. Inauguré en février 2013, il doit encore se faire connaître face à d’autres lieux touristiques comme le London Eye (qui est génial car il bouge, mais est bien moins haut) et propose pour les vacances de février deux billets enfants gratuits pour un billet adulte acheté.

Pour relayer cette opération, l’agence avait réuni quelques journalistes et des « blogueuses mamans » par un beau dimanche ensoleillé dans un bus à plateforme. L’occasion de jouer les touristes à Paris et de découvrir une animation multimédia sur un Oculus Rift Samsung. Marie, d’Interface Tourism, nous a mis en garde sur les risques de vertige mais bien assis sur son siège et même dans un bus en mouvement on ne ressentait aucune gêne. En tournant la tête à droite, on démarrait la session, en regardant en bas, le signe Exit s’affichait comme sur une piste d’atterrissage d’hélicoptère. Dans l’intervalle, on pouvait admirer « la vue depuis le Shard » sous tous les angles, y compris derrière soi. L’immersion est totale, la perte d’équilibre certaine si l’on se tient debout, l’usage prolongé déconseillé pour les enfants.

Verdict : l’expérience d’être à la fois aveugle et plongé dans l’image est saisissante. Mais c’est clair, on n’a pas l’air très intelligent avec ce casque sur la tête!

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