Une bonne idée par jour : des podcasts pour Sans A

Sans A est un média de solutions fondé il y a six ans par un tout jeune homme, Martin Besson, qui donne la parole à des personnes sans abris. Retranscrites jusqu’à présent par écrit, ces histoires de vies cabossées prennent la forme pour la première fois de podcasts, des programmes audio mis en ondes par l’agence spécialisée Sixième Son (c’est à elle que l’on doit l’identité sonore de la SNCF). Le premier épisode retrace le parcours de Christian, schizophrène sauvé par la foi, à travers la voix grave du comédien Pierre-Alain de Garrigues.

Martin Besson explique ainsi son projet : « Cela fait maintenant sept ans que nous rendons visibles les invisibles, que nous racontons ces histoires et que nous changeons des destins avec les communautés de Sans A. Cette nouvelle série d’histoires sonores, c’est à nouveau l’occasion de faire découvrir des vies méconnues et des parcours extraordinaires. »

« La crise que nous traversons actuellement nous a fait redoubler d’énergie pour lancer ces portraits sonores : plus que jamais, nous voulons mettre en lumière ceux qui ont l’habitude de rester dans l’ombre. Avec toujours le même objectif en vue : rendre le monde plus humain en changeant le regard du grand public sur les exclus. »

J’ai eu l’occasion d’écrire sur Sans A dans un dossier « Petits budgets grandes idées » de Stratégies. Pour financer les portraits de sans abris, la société se double d’une agence de communication qui crée du contenu pour des marques. Un exemple d’entreprise sociale et solidaire qui trouve tout son sens dans la période particulière que nous vivons.

Une bonne idée par jour : il faut soutenir Emmaüs

Emmaüs est un acteur essentiel de l’économie sociale et solidaire à même de construire un monde plus juste et plus durable. Ses boutiques fournissent une activité aux compagnons et une aide aux personnes démunies et donnent une seconde vie à des objets pour lutter contre le gaspillage. Mais avec la crise sanitaire, son réseau est fermé et l’association n’a plus de revenus. Pour la première fois de son histoire, elle fait appel aux dons afin de traverser le cap. Ce serait vraiment trop triste qu’elle ne tienne pas le coup. On peut faire un don sur ce site, ponctuel ou régulier, en bénéficiant d’une réduction fiscale. Et lorsque l’activité reprendra, on ira acheter des vêtements et des meubles d’occasion plutôt que d’entretenir le marché du neuf coûteux sur le plan social et environnemental.

Une bonne idée par jour : aider un restaurant

Chez Laïa le 27 février 2020. Quand retournerai-je dans ce chouette restaurant du boulevard Voltaire? (photo P.C.)

Avec la culture et le tourisme, les bars et les restaurants sont des activités durement touchées par le confinement. Et on ne sait pas quand ils pourront à nouveau ouvrir normalement. Beaucoup d’entre eux redémarrent sous la forme de vente à emporter ou de livraison (voir par exemple le site jaimemonresto), mais la sécurité sanitaire n’est pas optimale.

Une solution pour aider les établissements indépendants aux finances fragiles est d’acheter des repas à l’avance, à consommer lorsqu’ils rouvriront. C’est une façon de leur permettre de constituer une trésorerie pour payer leurs charges fixes, et d’anticiper les commandes à venir. La Fourchette recense par exemple les restaurants de quartier qui proposent des bons prépayés sous l’onglet Aidons nos restaurants. Autre initiative : Sauve ton resto avec Hemblem, Cityvent et Le Pot Commun. Parce qu’un bon repas au restaurant fait partie du sel de la vie, il est logique d’aider ces commerçants déjà pénalisés par les grèves et les (débordements en marge des) manifestations des gilets jaunes.

Confinés, les restaurateurs font aussi preuve de solidarité en fournissant des repas aux personnels soignants ou aux défavorisés, comme l’association Les Bistrots Pas Parisiens Solidaires ou Moma Group (La Gare, Le Boeuf sur le toit, Manko, Rural by Marc Veyrat…) au profit de la Pitié Salpétrière mais il y en a beaucoup d’autres. Sans oublier les chefs qui nous régalent de leurs recettes à reproduire chez soi.

Quelques articles qui parlent des initiatives des restaurateurs pendant la crise :

https://www.lefigaro.fr/gastronomie/aider-nos-restaurants-quelques-options-a-la-carte-20200417

https://www.01net.com/actualites/confinement-les-sites-pour-aider-vos-restaurants-et-bars-preferes-1893533.html

https://www.sortiraparis.com/actualites/coronavirus/articles/214666-solidarite-comment-aider-les-commerces-restaurateurs-et-producteurs

https://www.lci.fr/emploi/payez-maintenant-consommez-apres-le-confinement-ces-initiatives-pour-aider-restos-et-bars-2150446.html

Comment consomment les Français pendant la crise?

Les distributeurs comme Intermarché se sont engagés pour le pouvoir d’achat des consommateurs

L’institut Kantar organisait hier un webinar (conférence en ligne) sur la consommation des Français pendant la crise et les implications pour les marques. Il a diffusé les résultats d’une étude réalisée du 27 au 30 mars dans 60 pays auprès de 500 à 1000 personnes par pays dont la France. C’est la deuxième vague après une première menée du 14 au 19 mars. Kantar a également publié les chiffres de la consommation par catégories.

Voici quelques enseignements :

-79% des Français se disent très inquiets (+4 points par rapport à la 1ère vague). Ils sont pessimistes sur la reprise économique à long terme après la crise. Leurs inquiétudes portent surtout sur leurs revenus : 56% anticipent une baisse de pouvoir d’achat, ils étaient 16% à la 1ère vague.

-52% déclarent avoir réduit leurs achats en magasins physiques (+7 points par rapport à la vague 1), 37% en e-commerce (+4 points).

-Les biens et services qui ont été le moins achetés sont évidemment la mode et les transports en commun, le petit high tech, le matériel de bricolage et jardinage

-Les dépenses qui ont augmenté concernent l’alimentation, les travaux de la maison, les livres, les contenus sur internet, les produits d’entretien ménager, les livraisons de repas à domicile…

-Sur les attentes vis-à-vis des entreprises, les Français citent d’abord la santé des collaborateurs (organiser la désinfection des lieux de travail par exemple), la mise en place de solutions de travail flexible ou de télétravail (-8 points par rapport à la vague 1), les dons pour soutenir l’achat de masques et de désinfectants pour les hôpitaux (+9 points par rapport à la vague 1), ramener les productions et usines en France (+8 points), élaborer des plans pour protéger l’approvisionnement de services ou de produits. 

À noter que seulement 14% citent « arrêter la publicité ». Kantar alerte ses clients annonceurs sur le fait que l’investissement média est essentiel pour préserver ses parts de marché. Une étude menée lors de la crise financière de 2008 a montré que les marques qui ont réduit leur pression médiatique étaient beaucoup plus susceptibles de subir une perte de part de marché. On peut s’interroger sur l’après confinement qui pourrait confirmer la baisse de la consommation, au détriment de certaines marques ayant le moins d’utilité et d’authenticité. 

Le groupe Ferrero met les bouchées doubles en télévision (photo ferrero.fr)

Kantar relève que Ferrero et Nestlé ont augmenté leurs investissements publicitaires sur la période, en parallèle avec le besoin des confinés de réconfort et de grignotage. Par ailleurs certains annonceurs ont fait le choix d’investir en télévision et en radio pour soutenir les médias ou pour remercier les professions en première ligne. Par exemple, la start up Fizzer, application qui permet d’envoyer par courrier des cartes postales personnalisées, vient de lancer une campagne sur les principales chaînes hertziennes pour remercier les facteurs (et se faire connaître à une période de moindre pression publicitaire). Inversement, Coca-Cola a annoncé renoncer à son budget média pour l’investir dans le soutien aux associations. 

Un extrait du webinar de Kantar

Concernant la consommation dans le détail, sur les semaines du 24 février au 22 mars 2020, Kantar enregistre une hausse jamais vue de 20% des ventes de PGC et FLS (produits de grande consommation et frais et libre-service) par rapport à la même période de 2019. Ceci alors que le marché était à -1,2% sur cette période de 2019 par rapport à 2018.

L’institut note que la situation bénéficie aux commerces de proximité et au drive, au détriment des hypermarchés, un circuit déjà menacé avant la crise. Trop grands, trop éloignés, ces formats ne sont pas adaptés aux contraintes des sorties autorisées et ont perdu 2,3 points de part de marché sur la période. Le discount pâtit également de l’absence de drive et de son offre courte alors que les Français veulent remplir leur Caddie et font confiance aux marques. On verra si la tendance se confirme après la crise avec la perte de pouvoir d’achat. La situation bénéficie aux enseignes qui font du drive et aux formats de proximité comme Carrefour Market, Franprix, Auchan Supermarché. Intermarché gagne 0,8 point de part de marché, les magasins U 0,6 point.

S’agissant des catégories, les gagnants sont non seulement les produits de première nécessité et de fond de placard (+95% pour les pâtes sèches, +94% pour le savon) mais aussi les produits de grignotage comme les tablettes de chocolat, les biscuits, les chips pour les apéros visio (+23%) etc. Les produits ménagers sont à +24%, 32% des foyers déclarant faire plus souvent le ménage, que ce soit pour passer le temps ou pour faire la traque au virus. Les litières sont aussi à +23%. 

Alors comme ça on se laisse aller en confinement? (photo Le Slip Français)

Le rayon beauté est en berne avec une chute de 14% pour le maquillage. Selon l’étude, 20% des femmes déclarent ne plus se maquiller. 46% des Français passent leurs journées en tenue décontractée et 12% en pyjama. Ça n’incite pas à la coquetterie mais de là à se passer de déo (les produits parfumants sont à -2%)? En revanche la coloration est à +21%.

Concernant les produits frais, la situation est paradoxale car les ventes ont augmenté en volume comme en valeur alors que les prix sont en hausse du fait de l’origine française et des coûts de transport qui augmentent. Malgré les inquiétudes pour le pouvoir d’achat, le prix est passé en deuxième critère de choix en 2020 (derrière l’habitude et devant la santé) alors qu’il était le premier en 2019. 

Les produits frais sont aussi plus difficiles à stocker, pénalisés par la fermeture des marchés et posent des soucis d’hygiène. Kantar note qu’une tendance de fond de ces dernières années, le succès de l’application de décryptage des étiquettes Yuka, est en sommeil car les gens passent moins de temps en magasin, mais prédit que la quête du bio, du naturel, du local et de la qualité va perdurer. La question qui n’est pas encore tranchée est de savoir si l’agribashing et le distribashing (la critique de l’agriculture productiviste et de la grande distribution), en sourdine actuellement, renaîtront après la crise. Les professionnels doivent s’y préparer. Si seulement 29% des Français ont peur de ne pas pouvoir s’approvisionner en nourriture, c’est quand même beaucoup grâce à ces secteurs. 

Une bonne idée par jour : des sans-abris accueillis au lycée Guillaume Tirel

L’internat du lycée Guillaume Tirel (photo Equalis)

Le lycée hôtelier dans lequel étudie mon fils aîné, Guillaume Tirel dans le 14e arrondissement de Paris, a été réquisitionné pour accueillir des sans-abris dans son internat pendant l’épidémie de Covid-19. Une cinquantaine d’hommes sans possibilité de se protéger pendant le confinement sont hébergés sous la supervision de l’association Equalis. Tout a été fait pour que les affaires personnelles des internes soient étiquetées et rangées, les matelas seront changés à l’issue du confinement (les anciens matelas seront donnés à l’association) et les locaux seront nettoyés avant d’accueillir à nouveau les élèves.

Cette action de solidarité, coordonnée par la région Île-de-France et le préfet de Paris, me rend particulièrement fière de cet établissement reconnu pour la qualité de son enseignement, qui oeuvre déjà toute l’année pour soutenir les élèves quelle que soit leur situation. C’est une action qui a beaucoup de sens surtout quand on sait combien le secteur de la restauration est durement touché dans cette période.

Une bonne idée par jour : aider

Quand on est confiné à la maison, on fait ce qu’il y a de mieux à faire (rester chez soi) mais on peut se sentir inutile, impuissant, surtout quand d’autres s’épuisent à soigner ou à faire tourner l’activité. Il existe des solutions pour agir selon ses possibilités :

Le site de la réserve civique du gouvernement met en lien les besoins et les offres de service par municipalité. Ce peut être faire des courses pour les personnes isolées, ou apporter un soutien par téléphone. À chaque fois, il faut bien évaluer le risque : il faut prendre toutes les précautions requises lorsque l’on va dans les magasins afin de ne pas se mettre en danger. De même pour l’aide au téléphone, il faut avoir une vraie disponibilité et ne pas être angoissé soi-même. L’association Petits Frères des Pauvres a réalisé une fiche pratique pour ses bénévoles qui précise bien la démarche. C’est comme dans l’avion, quand on explique qu’il faut d’abord mettre son masque à oxygène avant d’aider les autres.

-Un site spécifique pour aider les soignants en première ligne, qui ont besoin d’aide pour leurs courses, la garde d’enfants… enpremiereligne.fr

L’Etablissement français du sang fait un appel aux dons pendant le confinement. En effet il y a toujours des patients qui ont besoin de transfusion. Là encore il faut bien se renseigner avant de se rendre dans un centre de collecte. Le site recommande de prendre rendez-vous, et un questionnaire permet de savoir si on est éligible ou pas.

Coller un petit mot ou un dessin sur les poubelles. Les éboueurs sont mobilisés pour assurer la continuité de l’activité (pas de télétravail pour eux, et les poubelles doivent quand même être vidées), les remercier à distance est un geste gratuit et solidaire. On en profite pour ne pas surcharger les poubelles de trucs inutiles et on respecte les recommandations d’attendre 24h avant de jeter ses mouchoirs car les éboueurs peuvent se contaminer avec un sac mal fermé. Cette vidéo de Brut explique bien les risques.

-Aider ses voisins : on demande aux personnes que l’on sait isolées si elles ont besoin de quelque chose, on imprime des attestations de sortie car tout le monde n’a pas d’imprimante. Sachant qu’il faut respecter les règles de distanciation et que les sorties sont dérogatoires, la norme est de rester chez soi.

-Une idée toute simple que l’on peut faire de chez soi : écrire à un.e résident.e e Ehpad. L’association 1 lettre 1 sourire propose d’écrire un petit mot de soutien à une personne âgée, qui sera relu puis distribué en fonction des besoins des établissements. Le site est archi simple et cet article de 20 minutes cite une responsable d’Ehpad qui certifie que cette initiative est vraiment importante. Il y a 600000 résident.e.s en Ehpad en France.

-Faire un don à une association, tout simplement : Secours Populaire, Croix Rouge, Petits Frères des Pauvres, Emmaüs, Restos du coeur… Toutes celles qui oeuvrent toute l’année pour les plus fragiles de la société. Et si on ne sait pas laquelle choisir, on peut donner à la Fondation de France qui concentre les dons à la fois pour la recherche, pour l’aide aux soignants et pour les personnes fragiles.

PS. Sinon Marie Darrieussecq a fini son journal de confinement dans Le Point car il n’y a plus rien à dire. C’est triste, c’est pathétique, c’est à la mesure de nos emballements dérisoires face à un événement qui nous dépasse. Chacun réagit comme il peut/veut, tant qu’il ne met pas en danger sa santé et celle des autres.

L’exemple des moines

En août 2018 j’étais dans le massif de Chartreuse en Isère pour un reportage sur la célèbre liqueur paru dans Le Journal du dimanche. La chartreuse est une liqueur verte à base de plantes aromatiques toujours fabriquée par des moines chartreux qui en gardent jalousement la recette. À cette occasion, j’ai eu un aperçu de leur mode de vie, même si leur monastère ne se visite pas. Leur expérience a des similitudes avec ce que vivent actuellement les personnes isolées en confinement.

Les moines parlent très peu. Ils ont un emploi du temps très codifié rythmé par les prières, des lectures et des tâches dédiées à la communauté comme le jardinage. Puisqu’ils sortent rarement et font peu d’efforts physiques, ils mangent léger. Leur lien avec le monde extérieur se résume aux visites de leur famille, avec qui ils font des promenades dans la forêt voisine. Seuls les moines chargés de la fabrication de la chartreuse sortent du monastère pour surveiller la distillation.

Retirés du monde, les moines sont en pause toute l’année, et nous pour la première fois de notre vie peut-être. Même les bars qui servent leur liqueur en cocktail ont fermé. Sans être croyant, on peut suivre leur exemple et rythmer nos journées de méditations apaisantes. D’autant que s’isoler par choix ne signifie pas « se laver les mains » du monde extérieur. Chartreuse Diffusion, la société qui produit la liqueur, fait partie des distillateurs qui ont offert de l’alcool pour la fabrication de gels hydroalcooliques.

Feed nourrit les soignants

Message du responsable communication de la Mutualité Française Comtoise paru le 20 mars sur Linkedin

Feed est une « start up » de la « food tech », autant dire une société agile et innovante du secteur de l’alimentaire. Elle vend des repas nourrissants et équilibrés en sachets ou en barres pour les sportifs, les personnes en mobilité et toutes celles qui n’ont pas le temps de s’attabler. À ce titre, l’entreprise a été décriée car elle représente une certaine classe d’entrepreneurs qui revendiquent de travailler sans relâche -la fameuse « start up nation ». Elle prônerait une culture de la performance qui s’oppose à l’art du bien manger à la française.

Trêve de polémique. Actuellement, il y a d’autres travailleurs qui n’ont pas le temps de prendre trois repas par jours, ce sont les personnels des hôpitaux qui traitent l’afflux de malades supplémentaires à cause de la pandémie de coronavirus. Le modèle de Feed est donc parfaitement adapté à leurs besoins et son fondateur Anthony Bourbon a décidé d’offrir des « centaines de milliers de repas à toutes les personnes sur le front : infirmières, brancardiers, médecins urgentistes, ambulanciers, SAMU, pompiers… »

Depuis le 15 mars, une adresse mail dédiée, soutien@feed.co, a été mise en place pour recueillir les demandes des hôpitaux. D’après un communiqué, plus de 112000 repas vont être distribués dans les prochains jours, de l’AP-HP au CHU de Lyon en passant par des Ehpad. A l’occasion, Feed prie ses clients habituels de s’abstenir de commander de gros volumes pour éviter les ruptures de stocks.

La chaîne Domino’s Pizza a aussi distribué des repas gratuitement auprès des personnels hospitaliers, pompiers, forces de l’ordre, sans communication officielle.

Derrière ces opérations de solidarité, il y a des personnes qui travaillent dans la fabrication, la logistique, la distribution, qui ne sont pas confinées et qui prennent des risques pour le bien de tous. Restons chez nous pour eux.


Une bonne idée par jour : les masques de 1083

Fabrication_masques_protection_1083J’ai visité l’entreprise 1083 en janvier dernier et raconté dans Le Journal du dimanche le parcours de son fondateur Thomas Huriez pour relocaliser la fabrication de jeans en France. Depuis mardi, la société a réorganisé son atelier de Romans-sur-Isère pour coudre des masques de protection à destination des personnels soignants de la ville. Une réaction rapide et citoyenne pour faire face au manque d’équipement des personnes en contact avec les patients. D’autres entreprises de textile françaises se sont mobilisées : Atelier Tuffery en Lozère, Tissages de Charlieu dans la Loire, Saint-James dans la Manche…

Pour la fabrication de gel hydroalcoolique, L’Oréal, LVMH, Eugène Perma et des distillateurs font aussi fait tourner leurs lignes de production. Les salariés qui participent à « l’effort de guerre » malgré les risques méritent nos pouces levés.

IMG_5273

Une bonne idée par jour : Le Journal d’Anne Frank

IMG_5277

Lorsque le confinement a commencé, j’ai tout de suite pensé au Journal d’Anne Frank. Parce que c’est un de mes livres de chevet que je relis régulièrement. Parce qu’il est une leçon de vie et de maturité de la part d’une si jeune fille. Parce que les réactions de panique m’ont semblé dérisoires par rapport à la réalité de la situation : on nous demande de rester chez nous pour soulager les services de santé, pas de fuir sous les bombes ou de se cacher dans une soupente. Que les personnes fragiles, isolées, précaires ou en première ligne pour assurer la continuité de l’activité soient inquiètes, c’est légitime et je leur adresse tout mon soutien. Mais quand on a un toit sur la tête, qu’on est en bonne santé et qu’on vit dans un pays développé, on n’a pas d’autre choix que de se retrancher patiemment en attendant la fin de la crise. Chacun réagit selon sa personnalité, son vécu, sa situation, et pointer du doigt les mauvais citoyens n’est pas plus constructif. Alors soyons solidaires, sachons raison garder et lavons-nous les mains.

Ci-dessous un extrait du Journal d’Anne Frank pour relativiser, alors que l’on peut encore respirer l’air à nos fenêtres :

« Mercredi 23 février 1944

Très chère Kitty,

Depuis hier le temps est superbe et je me sens toute requinquée. Mon écriture, ce que j’ai de plus précieux, avance bien. Je vais presque tous les matins au grenier pour expulser de mes poumons l’air confiné de ma chambre. Ce matin, quand je suis remontée au grenier, Peter était en train de faire du rangement. Il en a vite terminé et au moment où je m’asseyais par terre à ma place préférée, il est venu me rejoindre. Nous avons regardé tous les deux le bleu magnifique du ciel, le marronnier dénudé aux branches duquel scintillaient de petites gouttes, les mouettes et d’autres oiseaux, qui semblaient d’argent dans le soleil et tout cela nous émouvait et nous saisissait tous deux à tel point que nous ne pouvions plus parler. Debout, il s’appuyait de la tête contre une grosse poutre, j’étais assise, nous humions l’air, regardions dehors et sentions que c’était une chose à ne pas interrompre par des paroles. Nous avons regardé très longtemps dehors et quand il est parti couper du bois, j’avais compris que c’est un chic type. Il a grimpé l’escalier qui mène aux combles, je l’ai suivi et pendant le quart d’heure où il a coupé du bois, nous n’avons pas échangé une parole. De ma place, je le regardais, il faisait des efforts visibles pour bien couper et me montrer sa force. Mais je regardais aussi par la fenêtre ouverte, je découvrais une grande partie d’Amsterdam, tous les toits jusqu’à l’horizon qui était d’un bleu si clair que la ligne ne se distinguait pas nettement.

‘Aussi longtemps que cela dure, pensais-je, et que je puis en profiter, ces rayons de soleil, ce ciel sans aucun nuage, il m’est impossible d’être triste.’

Pour tous ceux qui ont peur, qui sont solitaires ou malheureux, le meilleur remède est à coup sûr de sortir, d’aller quelque part où l’on sera entièrement seul, seul avec le ciel, la nature et Dieu. Car alors seulement, et uniquement alors, on se sent que tout est comme il doit être et que Dieu veut voir les hommes heureux dans la nature simple, mais belle.

Aussi longtemps que ceci existera et c’est sans doute pour toujours, je sais que dans n’importe quelles circonstances il y aura aussi une consolation pour chaque chagrin. Et je crois fermement qu’au milieu de toute la détresse, la nature peut effacer bien des tourments. Oh, qui sait, peut-être ne me faudra-t-il pas attendre très longtemps pour partager ce sentiment d’être inondée de bonheur avec quelqu’un qui ressent les choses exactement comme moi. »